Confinements intimes #25

Cyrille Royer

26 novembre.

J'ai l'esprit vaporeux, j'ai le cerveau rempli de brouillard. Par rapport à la météo, j'ai un jour de retard.

Je ne sais plus où j'habite. Je travaille chez moi ou je dors au bureau ? Si je tombe, c'est un accident du travail ou un accident domestique ? Si j'imprime le cours de math de ma fille depuis l'ordinateur du boulot, est-ce que c'est un usage abusif des biens de l'entreprise ? Est-ce qu'on me remboursera mes frais de savates usagées ?

Je suis en pause dans mon canapé. Je rumine mon café devant l'écran noir de la télé éteinte. Mais est-ce que j'ai le droit de regarder la télé pendant les heures de travail ? Et puis, j'en ai marre des écrans de veille Windows qui nous gavent de somptueux paysages inaccessibles. Je regarde par la fenêtre, je vois le mur de la maison d'en face. Il est gris.

Le maître mot, c'est l'ennui. Une journée sans parler, c'est long, frère. J'ai bien un ami imaginaire, mais j'ai du mal à le convaincre que j'existe vraiment. Du coup, la conversation est compliquée.

Enfin. Comme on dit dans un film aujourd'hui banni des écrans, demain est un autre jour. Sauf que, en fait, non. On nous ment.

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