Confinements intimes #31

Cyrille Royer

2 décembre.

Le virus est toujours là. On le voit bien, notre femme de ménage est malade. C'est un peu paradoxal : l'épidémie recule et on voit de plus en plus de cas autour de nous. C'est un peu comme la météo entre la température réelle et la température ressentie, on ne sait plus à quel saint se vouer. On politise les chiffres.

Peut-être que jusqu'à maintenant, l'épidémie était passée à côté de chez nous, comme le nuage de Tchernobyl. À mon avis, le virus a profité des vacances où nous folâtrions aux quatre coins de France pour se terrer dans nos maisons et nous attendre, le sournois.

Le virus a envahi nos villes par hordes microscopiques. Tiens ! J'en entends un qui gratte à la porte. Il a la voie toute douce, il a dû manger de la craie. Mais je sais bien que c'est pas ma maman, elle est confinée à 100 km d'ici. Faut pas me prendre pour un con, quand même.

Est-ce qu'on en viendra à bout, de ce truc ? Comment il dit, déjà, l'autre ? Ah oui ! « Tester - Alerter - Protéger ». Mon ami imaginaire me propose « Tester - Alerter - Fusiller » pour être plus efficace. Pas sûr que ça donne envie de se faire tester, ce truc. Il me dit que les personnels hospitaliers ne seront plus obligés de travailler s'ils ont des symptômes, puisqu'ils seront morts. C'est beaucoup plus éthique.

Ce mec est bizarre. S'il n'était pas imaginaire, je ne suis pas certain que ce serait mon ami. Mais vu mon niveau de solitude, je ne fais pas trop le difficile. Je lui dis quand même d'arrêter ses conneries, j'y tiens, moi, à ma femme de ménage.

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