Confinements intimes #4

Cyrille Royer

5 novembre.

La nature reprend vraiment ses droits, ce matin, j'ai vu un chien errant dans la rue.

D'ailleurs, moi aussi, j'ai un chien. C'est même la seule présence dans cette maison pendant les heures ouvrées. Enfin, c'est vraiment du temps partiel, sachant que ce chien dort 90 % de son temps. Par rapport au premier confinement, mes filles-en-pyjama-toute-la-journée me manquent.

Je m'allonge sur le carrelage devant mon chien. Ça fait un bien fou de s'allonger sur le carrelage, vous devriez essayer. Sur un parquet ou une moquette, ça marche aussi, mais sur le carrelage, l'effet est plus saisissant. Je cherche de l'humanité dans le regard de mon chien, mais je n'y vois que de l'humidité.

Ça fait combien de temps que je suis allongé là ? Mon chien s'appelle Cannelle parce que c'est une chienne. Je relis ma dernière phrase pour comprendre la relation de causalité. Parce que mon chien est une chienne, il devrait forcément s'appeler Cannelle ? C'est complètement con. Je reformule : mon chien s'appelle Médor parce que c'est une chienne. Ou Brutus, je ne sais plus.

Je rampe jusqu'à la fenêtre, faut que j'aère pour le protocole. Dehors, il y a des gens. Je ricane comme un démon. J'ai envie qu'ils se fassent tous contrôler. Tiens, il y a même mon copain de l'hôpital de jour qui déambule en mode Walking Dead. Lui, avant ou après le confinement, il a pas vu la différence. Je veux lui crier : « Eh ! T'as ton attestation ? T'en fais combien par jour ? ». Je dis ça, mais je le fais pas, parce qu'en vrai, je respecte.

Dans le temps, à l'époque où je sortais dans la rue, ce gars-là, c'était difficile de ne pas le croiser. Un jour que je sortais les poubelles, il est venu direct sur moi et il m'a dit : « Ça fait dix ans que j'ai pas vu ma mère. » Il a pleuré et il est parti. Mais bon, la plupart du temps, il arrive de biais avec sa bouche sans dents pour me demander : « T'as pas un euro ? ». Je regarde dans mon porte-monnaie, des fois j'ai une pièce, des fois j'en ai pas. Mais toujours, je suis désolé. On m'a dit que ces gens-là, il faut leur parler, les prendre en considération. La pire des choses à leur faire, c'est les ignorer. Et moi je comprends tellement, tellement ça.

Report this text