Confinements intimes #5

Cyrille Royer

6 novembre.

Un moment donné, il faudra se poser la question de la motivation. Ou de l'efficacité, pour être plus soft. Je ne sais pas si c'est l'approche du week-end, mais aujourd'hui, j'ai l'impression que c'est l'écran de l'ordi qui me regarde. Lassitude, lassitude... Télétravailler, c'est travailler plus pour en faire moins. Je fais un ticket à l'équipe réseau pour dire que ça marche pas, si j'attends qu'ils me répondent, ça me fait trois jours de repos (ouvrés, hein).

En plus, il fait beau.

Ça se fait pas, de se plaindre, hein ? Par rapport aux premières et aux deuxièmes lignes qui sont sur le front ? On est où, nous ? En troisième ? Quatrième ligne ? Nous, les planqués, les cols blancs, tapis à l'arrière dans leur bicoque chauffée au gaz (paraît que ça augmente), des privilégiés, quoi.

On a un chat. Oui, je sais, je saute du coq à l'âne et on a un chat. On ne sait pas d'où il vient. Après enquête, il semblerait qu'il appartenait à des gens qui sont morts, on dirait du Victor Hugo. J'ai acheté des croquettes pour le chat, j'ai acheté du produit contre les puces pour le chat, et lui, il nous griffe.

Les filles l'ont appelé Miaouss. Comme le chat de la Team Rocket, ceux qui se font catapulter dans le ciel à la fin de chaque épisode des Pokémon. J'imagine le chat voler à travers le ciel et ça m'apaise. Le chien non plus n'est pas fan. Dès qu'il a le dos tourné, le chien bouffe toutes les croquettes du chat, en mode capitaliste, pour montrer qui est le patron. La vie est une jungle.

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