Confinements intimes #7

Cyrille Royer

8 novembre.

Ce matin, j'ai fait un truc incroyable. J'ai sorti mon survêtement tout neuf et je suis allé courir.

Il faut dire que je n'ai pas couru depuis le lycée. D'ailleurs, ce ne sont pas que de bons souvenirs. Mais bon, comme c'est le seul loisir qui nous est proposé en ce moment, pourquoi ne pas essayer ? Peut-être que je vais aimer, c'est vrai, les goûts changent avec l'âge. En y réfléchissant bien, à cette époque, j'avais pas trop kiffé ma première bière.

J'habite dans une ville, avec des rues extraordinairement droites et perpendiculaires, ce qui fait que si je cours à un kilomètre de rayon, je vais courir en rond dans un carré comme un cochon d'Inde dans sa cage (pour ceux qui ont déjà eu la chance de voir un cochon d'Inde piquer un sprint). Je commence à comprendre la bronca contre les cirques avec des animaux sauvages.

Les premières foulées sont hyper faciles. Je ne comprends pas les collègues qui se gargarisent avec leurs semi-marathons, après le confinement, je les éblouirai avec mon allure d'antilope.

Seulement, voilà, j'habite près de la rivière, et dès qu'on s'éloigne, ça monte. En haut de la première côte, je suis au bout de ma vie. Je fais une pause. Ce ne sera pas la dernière. Je réfléchis. On ne peut pas être en survêtement dehors sans courir, alors je me fais violence et je repars, les poumons en feu et les cheveux collés par la pluie. Ça y est, je me rappelle pourquoi je n'aimais pas courir au lycée.

Au bout d'un effort surhumain, je parviens à boucler le tour du quartier. En rentrant chez moi, je me rends compte qu'il me reste cinquante minutes d'autorisation de sortie, mais je décide de ne pas en profiter. Je tousse comme un damné, vous allez voir que je vais tomber malade, ce qui serait quand même ballot en temps de pandémie.

Je finis la journée épuisé, à marcher comme un grand-père.

Je ne sais pas si je retournerai courir. Si jamais l'envie m'en reprenait, il faudrait que j'évite les parcours accidentés. Ce qui me laisse, vu la configuration autour de chez moi, les quais et la traversée des ponts, la taille d'une cage de hamster.

Report this text