Côté Ouest

Candice Caillaud

J'étais debout à l'aube, ouais je voulais anticiper ce nouveau jour. J'ai pris mon vélo et la route. Je me suis arrêtée au premier banc que j'ai vu. C'était dans un parc, devant une aire de jeu pour gamins. Et là je me suis assise. Face Nord. Côté Ouest je pouvais voir les teintes rosées de la nuit qui se retire et coté Est le jaunâtre du soleil qui se lève. J'alternais mon regard. Droite, gauche. Ce matin j'avais mon vélo, un gilet à capuche et mon sac. J'étais prête à partir. Deux choix s'opposaient à moi. Celui de la nostalgie de la nuit passé ou bien l'espoir du jour levant. Encore que je dis l'espoir mais c'est qu'une illusion. J'aurais dû dire l'espoir d'un jour mourant un peu plus. Je sais que si je prends cette route va falloir que je sois bonne actrice parce que là-bas les chimères prolifèrent. Je vais devoir feindre des sentiments, des sourires. Je vais devoir prétendre m'intéresser à des choses stériles. Et surtout, je vais devoir monter sur le tapis roulant formateur d'esprit. À la queu-leu-leu avec des gens qui auront choisi côté Est comme moi. Je vais devoir survivre ouais. Mais si je prends côté Ouest le chemin sera différent. Suivre cette route c'est retourner dans la nuit. La nuit divine , la nuit intrépide, la nuit mère… La nuit de tous les possibles. Au creux de son sein aucun jugement ne naît, seulement des vérités. Au début, les couleurs chatoyantes m'envelopperont dans leurs bras de velours mais je devrais me battre contre les reflets du côté Est avec son soleil levant. Il m'appellera, me tannera que j'ai fait une erreur, que je dois retourner en arrière. Que je suis à contresens. Je verrais les automates se diriger contre moi, me bousculer, je me cognerais, je tomberais sûrement mais... Je jette mon sac, les cours appartiennent au côté Est. J'enfourche mon vélo et je prends la route. Côté Ouest. Parce que quoiqu'il arrive : côté ouest, le soleil, je l'aurais couchant.

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