Crime de Guerre

Guillaume Creton

Il faut donc que je pleure pour écrire des poèmes ?
Il faut donc que je meurs pour que tu dises « je t’aime » ?
Il faut donc que je fume pour que je t’intéresse ?
Il faut donc un costume pour avoir tes caresses ?

Mais merde je parle à qui, tu n’existes même pas.
C’est mon imaginaire qui suit en vain tes pas.
C’est mon œil blessé qui devine tes formes.
C’est mon cœur déchiré qui enfile l’uniforme.

Peut être que sur le front je te retrouverais.
Cette fille aux boucles brunes qui hantait mes pensées.
Celle que j’ai vue debout, éplorée sur le quai.
A qui dit-elle adieu, jamais je ne le saurais.

Refrain : 
Vite je pars au combat, pour oublier cette fille.
Vite rejoins moi là bas, prépare les aiguilles.
Il faudra que tu couses tout ces morceaux de chair.
Que j’ai perdu pendant cette satanée guerre.

Je les ai prises pour moi ces trois larmes de soie,
Peut être par manque d’amour ou de confiance en soi.
Les sourcils froncés et ma main sur mon sac.
Les paupières fermés direction le cloaque.

On m’a rasé la tête, mes cheveux à mes pieds.
Où est donc le prophète et ses rêves dorés ?
On m’aurait donc menti, ce ne sont que des conn’ries ?
Seul jusqu’au bout d’ma vie, viens on tient les paris.

Mais que s’est-il passé, où suis-je donc tombé ?
Pourquoi tant de sang versé, tant d’amis allongé ?
Ces gamins juste en face, ne sont-ils pas des hommes ?
Ce gamin à mes pieds ne fait-il donc qu’un somme ?

Refrain : 
Vite je pars au combat, pour oublier cette fille.
Vite rejoins moi là bas, prépare les aiguilles.
Il faudra que tu couses tout ces morceaux de chair.
Que j’ai perdu pendant cette satanée guerre.

J’ai posé mon fusil, j’ai écarté les bras,
Tuez-moi s’il vous plaît, pourquoi vivre ici bas ?
C’est donc mon propre frère qui précipite ma chute.
Aveuglé par les ordres il brûla mes minutes.

C’est fou comme en un geste, on dérobe une vie.
C’est fou comme cette veste n’assure pas ma survie.
C’est ce que je voulais, une sorte de suicide.
Je ne verrais jamais mes toutes premières rides.


Le temps ralenti, mon esprit s’évade.
Fini les cris et la vie et les œillades. 
Mon crâne dans la boue et je prends conscience.
Je n’reverrais plus, mon amour d’enfance.

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