Pour t'échapper

dreamcatcher

Souvenirs d'enfance - Photographie: David Olkarny

Mes yeux se ferment à l'idée de t'entendre encore crier. 

Il est des jours où je ne quitte pas cette pièce qui peut m'empêcher de pleurer. La porte fermée à clé, lumière éteinte, seule, j'essaye de penser à autre chose que ta voix qui brise les vitres familiales de notre nouveau foyer. Ce n'est pas aujourd'hui que tout ça va changer. Ma sœur sur l'escalier et toi au rez-de-chaussée, tu pointes encore ton index vers son visage mouillé, criant toujours les mêmes choses sordides, ces mots que je ne comprends pas, enfermée dans mon innocence. J'entends malgré l'isolation plutôt bonne les aigus de ses pleurs et son souffle qu'elle reprend tous les deux mots. Elle bafouille, bégaye. Elle pense peut-être qu'aujourd'hui tu sauras l'écouter. Tu ne sais pas. Chaque jour, elle se trouve là, comme pour t'être supérieure, mais ça ne fonctionne pas, et elle pleure. 

Et moi, dans le garage, je ne retiens pas mes larmes. Je ne vous vois plus mais je vous imagine vous déchirer comme toujours, hurler dans cette maison, que l'autre a tort de toute façon, crier pour crier, parce que jamais vous ne discutez vraiment. Et chaque matin j'espère que ce jour se passera autrement, que peut-être ce serait mieux de ne pas se parler, même pas se regarder. Je te vois lui donner des ordres comme s'il s'agissait d'une vulgaire employée. A lui dire quoi faire et à la contraindre de rester. La traiter comme une moins que rien. C'est ta fille. Ta chair et ton sang. Mais tu t'obstines à la détruire chaque jour un peu plus, et à me détruire indirectement, à me faire m'enfermer et me recroqueviller dans ce garage qui était censé m'empêcher de pleurer. 

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