DANSE LASCIVE

milenagorski

[Une pièce contribuée au Bordel Poétique] Evocation du corps qui parle quand on a perdu la tête.

Les abîmes viscérales du bas-fonds m'appellent. Elles hurlent mon enlèvement conscient, assumé et somme toute libératoire. Je vais, le cœur léger, m'allonger dans les égouts. J'écarte les cuisses, un monstre dégoulinant de lubricité s'en vient, il va me rentrer en dedans et je sais déjà que je vais aimer ça. Le monstre c'est moi, touchée par la faim insatiable, irritée de l'intérieur par cette soif inétanchable. C'est le début du moi honnête, je viens de naître.


Est-ce moi, est-ce bien moi ? Le vitrail ne trompe pas, il décompose les traits avec véracité, je perce à travers les faisceaux de lumière qui réfléchissent des portions du Je, pour n'en distinguer que des incomplétudes, des formes binaires qui ne se répondent pas, la correspondance manque à l'écho. Mais ça vibre, profondément, intensément, et je sais que l'onde va se muer en un cri. Que je ne saurais maîtriser. Que l'esprit qui le maintenait enfermé depuis bien trop longtemps laisse exulter. Danse, danse, danse, le temps ne volera guère cette parenthèse où tu deviens toi-même. La vie fait trop de simagrées pour nous enfiler de force des masques amples glissant à moitié de nos visages déformés par la peur de vivre, la honte de nos tourments et l'amplitude de nos aspirations.


Ne dis rien, je le savais.

J'aurais du y croire.

Prise à quelle hésitation, renfermée dans quel piège, mais, où, où, où étais-je avant d'arriver ici ?


Tout est mis en place pour que le rideau tombe. Il n'y a pas un détail dont nous n'ayons discuté. Tu restes le cœur ouvert à mon déversement d'existence qui hurle à être. Pour vrai.


Mon corps va se mouvoir pour toi maintenant. Nous ne serons que transactions, services rendus pour la recherche commune qui nous étrangle peu à peu. J'irai chausser ma nouvelle paire de bottes et j'attendrai le signal pour faire le pas, le pas à franchir, le fossé à traverser. Gare à ne pas tomber.


Il y a eu de nombreuses naissances la nuit passée. Mais je ne saurais dire si j'en étais.

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