de l'amour et du sang

magadit

Je t’aime. Je sais je ne te le dis pas assez. Je t’aime et parfois tu oublies que c’est vrai. Tu oublies que cet amour est inconditionnel. C’est de ma faute, je ne suis pas toujours tendre avec toi. Et puis il n’est pas nécessaire d’être un homme pour avoir du mal à s’épancher, à laisser couler ses larmes. La pudeur n’est pas l’apanage des mâles. Ma pudeur à moi touche les choses les plus simples et épargne étrangement les excès.

Trop facile de s’emballer pour les autres, de laisser couler les mots pour eux, de les aimer à visage découvert, de les détester aussi, avec cette même liberté. Ces sentiments là sont en libre accès. Ces « je t’aime » là fleurissent sans douleur et en toute sincérité. Parfois ces déluges de mots tendres arrivent presque à combler tous ceux qui n’ont pas été dits jadis. Pas besoin de s’allonger en thérapie pour avoir les yeux ouverts sur ses dénis et ses envies. L’envie de changer, l’envie de briser la chaine des pudeurs familiales, de ce travers ancestral. C’est finalement tellement facile de redresser la barre et de s’ouvrir un peu. Ces épanchements là ne me vident pas de mon sang. Au contraire c’est une perfusion d’amour en prévision des jours ou j’ai envie de hurler « au secours ».

Toi et moi c’est une autre affaire. Cet amour là est le plus dur, le plus vache, le plus excessif. On ne sera jamais un vieux couple, bercé par la tiédeur de sentiments fanés. Nous resterons toujours dans cette passion dévorante qui frôle parfois la haine. Trop lucides sur nos défauts, trop rompues au maniement des armes. On s’égratignent comme deux furies, on se crache nos faiblesses au visage. Pas de consensus, pas de vernis mais la vérité crue déversée sans un regard pour nos sentiments blessés.

Mais là, quand le monde d’en bas s’écroule, quand les émotions manquent de nous étouffer, bloquées au bord des lèvres, quand nos ongles s’enfoncent dans le vide et que nous tombons sous les coups d’un destin que nous ne maitrisons pas, j’ai besoin de toi. J’ai besoin de t’aimer un peu plus, j’ai besoin de te ménager, de prendre soin de toi, de te cajoler, de regarder pour une fois avec tendresse tout tes défauts. Laisse-moi-t’aimer comme une grande sœur qui fait barrage contre les coups et qui prend ta défense. Laisse-moi t’aimer comme pourrait le faire cette mère qui elle aussi griffe le vent dans cette tempête qui nous frappe, et te promettre que le soleil se lèvera encore demain. Laisse-moi être ta meilleure amie qui te prévient des dangers quand tu es trop fragile pour regarder le monde sous une lumière crue.

Je nous regarde dans le miroir, ces ombres dans les yeux, impuissante mais déterminée à être ton ancre. Laisse-moi te dire mon ombre que je t’aime, sans rougir sans faiblir, et pour une fois crois moi. Si tu peux à juste titre douter de tout le reste, n’oublie jamais cela. Relève le menton fillette, respire un grand coup, la guerre dehors n’est pas finie mais nous ne serons plus jamais ennemies.

Signaler ce texte