De l'autre côté du miroir

ysabelle

L’une est l’autre, l’autre est lune. Je suis aile. Elle émoi. Enveloppée du temps qui passe et des émotions qui s’enlacent. Le tic tac de l’horloge et les limites que délimite l’aiguille. Quel que soit l’angle, qu’il nous étrangle ou nous écartèle, toute en nuance, sans défense. En résilience. De la douleur à la ferveur. De la sérénité à la lucidité. Belle, réelle. Iridescente, solaire, en paire. Unique.

Petite histoire. Déboires d’un soir. Détours d’un jour. Et nous voilà. Née !

Immobile. Une fine pluie de cendres la couvre peu à peu. Elle sent le sable lui filer entre les doigts, les grains se mêlent à ses longs cheveux de feu. Ses paupières baissées dissimulent de grands yeux bleus, à étincelles. Elle est gracile, souffle, lovée dans la poussière. Prisonnière du sablier.

Sueur. Friction de corps qui se déchaînent. Effluves. Ton parfum accroché à ma peau. Le rythme qui tord le ventre. Je bouge. Je brûle. Le sang dans les tempes. Chaos. Emergence.
Les voitures, la foule. Tu me bouscules et j’ondule. Je te cherche, te perds, te retrouve et m’ouvre. Klaxon, frisson, mille sons, abandon. Je me retourne et te détourne. Entrelacs de cordes, guirlandes sur nos têtes. De balcon en balcon, des vêtements, couleurs, drapeaux de soie, étendards de coton, pavillons de lin. De fil à fil en file. Images, clichés, tu déboules, me chamboules et je roule. Moteur. Taxi.

Elle, c’est comme un pas léger, une brise, un mouvement de l’air dans l’espace. Le soleil lui éclaire le front. Elle le porte haut et fier. De la blancheur du mur, on ne retient que la réverbération qu’elle capte. Tout est silence. Des morceaux d’astres accrochés à ses cils et la lumière. De la douce empreinte laissée sur la dune, elle est le reflet de la lune. Pas froide, fraîche. Pure et limpide. Elle est sereine.

Le jour se lève. Les rochers abrupts. La mer s’y déchire par ressacs successifs. La rougeur de l’aurore orne mon regard. C’est avec la violence de la nuit que je renais. Poings serrés, gorge nouée, tendue, tel un arc, prête à bondir, aux abois, instinct de survie. Tu as le goût du sel. Je suis avide, tu es vide. Je m’en moque, me déploie et t’envoie au tapis. Venimeuse, charmeuse, te mets ko. Sans mots. Sans repos. Fiasco.

C’est un lieu de lignes et de courbes. Les maisons d’argile se confondent au paysage. Quelques unes, chaulées, petite mosaïque de miroirs éveillée par les lueurs du matin. Un village perdu où les étoiles passent de la terre au ciel avec l’aube et le crépuscule. Pareille, drapée. Ocre, outremer, blanc. Elle se promène, nous emmène, nous révèle. En équilibre. Funambule.

L’orage gronde. Les nuages, noirs, envahissent l’espace, étouffent l’atmosphère. Je marche, ta démarche, rumba, salsa, en cadence, en transe, l’indécence, dans l’absence. Tu me claques, je dérape, te rattrape et je frappe. Lèvre mordue, ingénue, tu me tues, plus de vue. Ecarlate, j’éclate et me fissure. A l’usure. Tu m’auras. Balai de l’or et du rat. Enchevêtrement de toi et de moi. La pluie.

Elle avance, sur la ligne, droite, digne, en âme. Seule, en écho, calme. Elle désarme. Charme. Fée.

Inondée, enveloppée, lavée. Je glisse, tu me quittes. Dans l’abysse. A l’égout, dégoût, pas nous. Coma.

Communiqué
Ce vendredi, une jeune femme a été retrouvée, inerte, le long de la voie ferrée à quelques kilomètres de la gare Sants de Barcelone. La trentaine, de race blanche, longue chevelure rousse, yeux bleus, 175 cm, 58 kg. Petit tatouage au creux des reins. Elle portait une robe dos nu bariolée. Tout semble indiquer une tentative de suicide. Elle est actuellement hospitalisée à l’Hospital Clinic i Provincial mais son état ne permet aucune visite. Toute personne susceptible de nous fournir des informations concernant cette femme est priée de contacter la rédaction du journal ou le poste de police le plus proche.

Ce matin, un train a rencontré Alice. Elle a été percutée de plein fouet. Elle n’est pas morte. En ce moment, elle est sous respirateur. Son cœur bat artificiellement. Elle s’est jetée. C’était sa dernière nuit avec toi, sa dernière folie. La rencontre avec elle-même. Elle n’a pas supporté, elle n’a pas compris. Je vois, à ses traits paisibles, à sa pâleur, qu’elle a absorbé le choc. Porte close, son regard a renversé son éclat.
Ca fait un bon moment que je l’observe. Sa course effrénée pour s’offrir la Vie. Son ardeur, son impulsivité, sa générosité aussi. Hier soir, je la regardais se mouvoir au milieu des gens. La musique était trop bruyante, les néons criards, les hommes… Toi aussi. Elle avait sans doute la faiblesse d’être grande. Fine certes mais pas vraiment l’apparence d’une personne fragile. Elle avait une telle force dans sa manière d’être. Comment pouvais-tu penser qu’elle était déjà brisée ? Quand bien même l’aurais-tu vu, était-ce réellement ton problème ? Peut-être pas. Elle portait sur elle l’aura des survivants, des invincibles. Tu le croyais aussi.

Je vis dans un endroit retiré de la fureur des hommes. Quelque part au milieu du désert. J’y vis recluse, en bordure du monde. En paix. Il est facile d’être ouverte aux autres quand ils sont absents. Facile de supporter la solitude lorsqu’elle n’est confrontée à rien. Je me fourvoyais. L’arrivée du train m’a emportée.

Erreur, grossière, croyance, manque d’assurance, l’apparence, sans clémence. D’un extrême à l’autre, sans les autres, en les autres. En fuite, sans logique, en chasse, se dépasse. Mélange subtil d’un corps et d’une âme. Alchimie propice à être. Chair parmi la chair, instinct au sein d’instincts, double battement. Mon image, de page en page. Petite braise qui couve et embrase. De phrase en phrase. Et revenir, ébranlable, entière, enfin !

« Il faut porter en soi un chaos pour mettre au monde une étoile dansante » Nietzsche

Compte à rebours.

Rire
Ensorcelée et
Vivante.
Ombre de la
Lune.
Unisson des
Tempêtes d’
Intuition et ton
Odeur,
Nue, en
Sidération.

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