Depraved Citizen 2ème chapitre

juecrivain

22 septembre 3455, Antenne de la FPJ, Armstrong City, 7H12.

Le trajet fut assez long, mais quoi de plus normal quand on se coltine les premiers embouteillages d'un lundi matin. Ghetty savait garder son calme pendant ces moments là et elle espérait que Lorn, assis sur la banquette arrière de la Mercedes, en ferait de même.

Elle ne pouvait pas regarder comment se comportait le renégat durant le trajet, du fait que l'habitacle arrière était aménagé tel un coffre fort : l'espace entre la banquette arrière et les sièges avant comprenait un panneau en titane antiphonique d'une épaisseur de 1.5 pouces, et aucune vitre n'était installées. Le prisonnier était cloîtré comme dans une boite, dans le noir et sans un bruit. Rien de tel pour commencer à s'habituer à son futur habitat. Ghetty avait casqué sévère pour aménager son bahut, elle n'avait pas le choix : les normes de sécurité devaient être respectées sinon elle pouvait dire adieu à son badge.

Elle trouva sans trop de difficultés une place pour se garer devant l'antenne de la FPJ, située non loin de l’artère principale de la ville, la Citizen Road. Peuplée de boutiques de vêtements pour ados à la pointe de la mode, et de restaurants qui proposent des menus pour fins gourmets à des prix à en faire tomber les bras. Le maire d'Armstrong City, Dylan Beschey, avait investi près d'un million de dollars dans cette rue pour que cette première colonie se dote d'un faire valoir, comme un atout dans sa manche pour attirer plus de résidents. En fait c'était plus la municipalité qui avait contribué financièrement parlant, et les taxes qui s'en suivirent furent lourdes de vérité. On pouvait dire qu'elle respirait la classe cette route; des petits chênes truffés à leurs troncs de petites lampes à UV placés tout les 10 pieds, des décorations luminaires qui consommaient des tonnes d’électricité, sans compter les présentoirs publicitaires géants, et les éternels excréments de chiens qui pullulaient sur la chaussée de temps en temps. Rien ne manquait, elle ressemblait parfaitement aux rues des mégapoles qui jonchaient la Terre. Pour une New-yorkaise comme Ghetty, il lui manquait les vendeur de hot dogs à chaque coin de rue pour parfaire le tableau. Pour des raisons sanitaires, on n'importait pas de viandes transformées sur la Lune, et pour installer une ferme sur cette caillasse quand il n'y a pas de champs cultivables, on peut dire que c'est la mission impossible.

Néanmoins elle avait appris à s'habituer à la bouffe lyophilisée digne des astronautes d'antan. Elle se demandait bien qu'est ce qu'ils pouvaient mixer comme saloperies à l’intérieur de ces sachets, sûrement que des abats et bouffe périmés étaient de la partie. Tout ça ne vaut quand même pas un bon hamburger digne d'Amérique, cela lui manquait assez pour tenter un aller retour sur Terre et se résigner ensuite.

Avant de descendre de sa voiture, Ghetty se pencha sur sa boite à gants et sortit tous les effets personnels de la Corne qu'elle avait substituée ; une Wipi, son sac de voyage et un peu d'argent liquide. Elle rangeât le tout dans le sac et sorti de la voiture. Elle activa la poignée de la portière arrière, Farday se tenait assis, on aurait dit qu'il n'avait pas bouger d'un pouce durant le trajet.

Elle se mit à l'empoigner par la nuque et à le sortir du véhicule. La portière papillon se referma automatiquement.

- Allez, fais pas de manières, lança t'elle.

Le duo pénétra dans le hall d'entrée de la FPJ, qui était vraiment bercé dans le sobre ; aucune plante verte venait agrémenter de la couleur dans cette pièce d'un blanchâtre écarlate, seulement un bureau d’accueil accompagné de son agent, et une porte blindée munie d'un judas. Les bruits des pas sur le sol carrelé raisonnait comme dans une église millénaire. Ghetty et Farday se trouvaient nez à nez maintenant avec l'agent, habillé de la tenue réglementaire de la FPJ ; uniforme bleu nuit en coton naturel affublé du logo FPJ sur le torse, casquette assortie vissée sur le crâne et chaussures de ville noires parfaitement cirées. Ce dernier tirait un sourire en coin quand il aperçut la traqueuse.

- Salut Ghetty, je vois que tu ne perd pas de temps en ce moment.

- Salut Joss, je t’amène la Corne, alias Lorn Farday.

- Voyons voir ça...

Joss pianotait sur son écran tactile et trouva très vite son bonheur. Il compara la photo du prévenu qui apparaissait sur le moniteur et la vraie en face de lui. Ghetty constata que l'agent fut pleinement satisfait car quelques secondes après, un maton assez costaud sortit d'une porte dérobée située sur la gauche du bureau d'acceuil. Le gorille se hâta de libérer Ghetty de son fardeau, en empoignant fermement Lorn et en le tirant presque de force. La Corne disparu dans les tréfonds du bâtiment, sans pour autant lancer un dernier regard à la chasseuse. Mais celle ci avait déjà les yeux rivés sur la carte de crédit magnétique qui lui faisait les yeux doux. Quatre mille jolis dollars l'attendait ainsi qu'une nouvelle paire de lien électronique.

- T'as quoi de beau pour moi ?

- Rien ma vieille, je ne peux rien te donner tant que tu n'iras voir le superviseur.

La chasseuse fronça ses sourcils et Joss avait bien compris le message.

- Ce sont les ordres, je n'y peux rien. Il veut te voir.

Ghetty n'insista pas plus longtemps, attrapa sa récompense et ses nouvelles menottes et se dirigea vers la fameuse porte camouflée où s'est engouffré tantôt sa dernière cible. Elle toqua deux fois à la porte. Une petite trappe s'ouvrit au niveau de son visage et deux gros yeux noirs la fixaient. Elle sorti son badge et le met en vue du gorille.

- Je dois voir Bergmahn.

Le judas se refermait et un bruit sourd indiqua l'ouverture de la porte. Le gardien, qui mesurait plus de deux pieds et pesait pas loin de 260 livres à vue d’œil, la laissa entrer sans dire le moindre mot. Le couloir qui se présentait était beaucoup moins immaculé que le hall d'entrée. A chaque fois que la chasseuse l'empruntait, il lui semblait interminable. Ce couloir gris était flanque de portes de chaque coté, à une distance égale en elles, et chaque pas résonnait fortement, ce qui agaçait Ghetty encore plus. Il n'était pas aisé de trouver son chemin ici mais elle savait exactement quelle porte prendre pour se rendre au bureau de son superviseur, et se taper son escalier garni de moquette rouge, avec ses quatorze marches. Elle s’arrêta au pied du bureau de Lance Bergmahn, un homme d'une quarantaine d'année, habillé en civil, coiffé d'une tignasse grise mi longe et d'une moustache qui faisait son effet. Malgré sa retraire du terrain, cet ancien enquêteur de la FPJ avait réussi à garder une assez bonne carrure. Il avait sans doute aucunement cédé aux caprices des gens de bureau, à se gaver de pâtisseries, ou alors il faisait encore de la musculation dans sa salle de gym préféré. Ghetty n'en avait que faire, elle était impatiente de savoir pourquoi Bergmahn lui refusait de prendre une nouvelle cible en chasse. Ce dernier leva enfin les yeux de son moniteur et se réjouissait presque de la voir.

- Ah Ghetty, assis toi.

Il lui faisait le coup à chaque fois. Cette pièce était simplement meublé d'un bureau, de la chaise de Lance et d'une plante verte bombardée par une lampe UV en permanence. Aucune plaque ne venait agrémenter le nom de la personne qui travaille ici. Il était difficile de faire plus simpliste.

- Tu veux que je m'assoie sur la moquette pour une fois ?

- Désolé miss, c'est une mauvaise habitude. J'ai une grosse affaire pour toi, quelque chose qui pourrait sortir de l'ordinaire.

- J'adore tout ce qui est ordinaire.

- Commence pas à te plaindre, ça va te plaire.

- Et t'es obligé de me priver des autres cibles ? Sérieusement ?

Le ton monta d'un cran mais le superviseur savait comment calmer la bête.

- Ça te dirait d'avoir ton nom en haut de l'affiche ? Ou plutôt devrais je dire, d'un rapport d'arrestation prestigieux de la FPJ ?

- Dans quoi tu veux m'embarquer ? Et ça payera bien ?

Lance ricana dans sa moustache.

- Je savais que tu étais une femme vénale. En fait il s'agirait d'une grosse affaire, et le but du jeu serait d'épingler une organisation. Deux têtes seraient mises à prix, et une jolie somme tu peux me croire.

Il tira un cure dent de la poche de sa chemise bleue et l'enfourna dans sa bouche.

- Alors t'es partante ?

Ghetty croisa ses bras sur sa poitrine, l'air pensif.

- A voir, mais ça manque de détails...

- Je sais, j'attends le dossier dans les prochaines heures.

- Tu sais quoi Lance ? Ça pue le piège, je te connais...c'est pas la première fois qui tu veux me refiler des plans foireux.

Le superviseur la pointa du doigt.

- Miss, si tu laisses passer ça, tu vas le regretter toute ta vie ! Tu m'entends ? Toute ta vie. Si je te propose ce coup là, c'est que tu es une chasseuse de primes hors pair, sûrement une des meilleures sur cette colonie. Réfléchis bien. Tu aimes le pognon ? Là tu risques de crouler sous les dollars...

La chasseuse savait pertinemment que le piège allait débarquer quand elle aurait accepté ce job. Mais elle adorait les risques du métier, et surtout l’appât du gain. Quand Lance annonçait une prime juteuse, il n'était jamais loin de la vérité. Elle se détendit tout d'un coup.

- OK je marche.

- Bon choix Miss, je te rappelle dès que j'ai les détails, t'éloigne pas de ton Wipi.

- Et arrêtez de m'appeler Miss, bordel.

Ghetty tourna les talons et ne demanda pas son reste comme à son habitude. Avant de rejoindre sa voiture, elle déposa sa dernière prime sur son compte en banque au guichet le plus proche. En espérant que la prochaine soit vraiment à la hauteur du boulot, comme le prétendait Bergmahn.

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