Des Nuages et des Chaînes

Gabriel Eridan

Texte court - Prose poétique - Poème libre
Dans la chambre aux fenêtres closes où seules les bougies pleuraient l’écoulement des heures, j’ai voyagé seul vers nulle part. Une heure et mille ans. Comme toutes choses, les flammes ont fini par s’éteindre. Je me suis déplacé au-dehors, suivi de mon ombre. Sur les boulevards sans musique, la pluie. La foule, sous l’aurore grise, s’engouffrait dans les sous-sols. J’ai vu une parcelle d’humanité se détacher de la Vie. Un glissement de terrain. Un orage sans lumière. Comme il est préférable d’offrir son temps à ce qui existe, je n’ai pas prié. J’ai pris une bouteille d’ambre et j’ai bu de la liberté en marchant doucement à contresens. Une aura noire et brillante ornait mon âme. J’étais devenu un autre. Mes yeux avaient changé de langage. Ils avaient tous des larmes invisibles sur le visage et moi comme devant le tableau de la fatalité, je souriais de tristesse. Ma jeunesse tremblait des mains…et mes rêves se sont arrachés les ailes en pleurant mais alors que le désespoir vint à ma rencontre j’ai compris en voyant un enfant sourire que notre regard était l’ultime révélateur de lumière. La félicité est une supernova qui implose et disperse ses rayons en différents instants à travers notre ciel intérieur. Il faut savoir saisir ses éclats en plein vol puis répandre cette poussière d’étoile tout autour de nous. Mais le poète, le sage ou l’idéaliste est comme tout le monde. Seul au milieu de la masse difforme…il marche et à chacun de ses pas résonnera le bruit des chaînes.
  • Le poète est seul, mais le rayonnement d'un regard lui redonne espoir, lui fait chaud au cœur.

    Très beau texte.

    · Ago 15 days ·
    Louve blanche

    Louve

Report this text