Du sable dans les moules (3)

tifer

Chapitre 2 : Du mou pour la petite chatte

Dans la tire du Nénesse, ça gamberge sec. Et c’est pas lui qui pourra me refiler des tuyaux ! Là où il est, refroidi dans le coffre de sa bagnole, il en a fini de sa petite vie de malfrat ! Buté par des complices qui ne voulaient pas laisser de traces ! Ou alors, envoyer prématurément la commissaire Sania ad patres avec le zig Nénesse ! Une pierre deux coups de sulfateuse !

Faut voir les choses du bon côté ! D’abord, le Nénesse occis dans les grandes largeurs. Ca fait un malfaisant de moins à s’occuper ! Et pis, la môme Sania toujours de ce monde ! Il ya des fois où je me demande si le Bon Dieu aurait pas pipé les dés en me refourguant un pif qui permette de m’en tirer ! Quand je fais le compte, à part deux ou trois bastos dans le gras du bide, je m’en suis toujours tirée sans une égratignure ! Seulement, le hic, ça va pas être commode de le faire s’allonger le Nénesse ! Déjà qu’il est plié en deux dans le coffre ! Il sera muet comme la tombe qui va l’accueillir pour y passer sa vieillesse ! C’est con, mais je pense que j’ai oublié de le palper !

Machinalement, je me penche et j’ouvre la boite à gant ! Faut pas rêver, je ne vois pas pourquoi, le Nénesse aurait laissé de quoi le retrouver ! Non, c’est juste pour faire le boulot ! On en a déjà rencontré des sévères ! Il ne restait plus qu’à les cueillir devant la lourde de leur cagna ! Que dalle, à part les papiers du G7.

Il me reste plus qu’ à faire fissa et à me creuser la cervelle pour retrouver le premier les ceusses qui en veulent à la petite commissaire ! Et tant qu’à faire, j’aimerais le faire avant eux ! J’ai horreur de perdre et à ce petit jeu-là, les salopards qui en veulent à peau ont quelques longueurs d’avance.

Quand je me gare en vrac dans la cour du quai, j’ai à peine le temps de rezieuter le planton qui me fait les yeux doux ! Il me fait un garde-à-vous réglementaire et de voir qu’il a pas un poil qui bouge, même ceux de sa moustache naissante, il me fait marrer ! Je lui refile les clés en lui demandant d’aller descendre mes bagages à la morgue. Si j’avais pas eu d’autres chats à fouetter, encore que je me demande bien pourquoi je m’en serais pris à un greffier, je l’aurais affranchi du colis. Mais vu sa tronche et mon état de fraîcheur, valait mieux pas qu’il me pose des questions à la con ! J’aurai le temps de les avoir ces questions !

Après tout la maison poulaga, c’est le royaume des questions à la con ! T’étais où à cette heure-là ? Réponds ! Avec qui ? C’est le genre de questions que pose un flic normalement constitué quand il a le cul sur son burlingue ! Et le plus marrant, c’est qu’il les veut vraiment les réponses, le flic ! Il y a que gland à qui on les pose qui nous regarde comme si il avait avalé de traviole un guidon de vélo !

- Appelez-moi Serrurier et Charentes ! Ils sont déjà à la bourre !

- Patronne ! Vous ici ? entendis-je de concert. (Ca, c’est pour faire de l’épate ! Faudrait pas croire, lecteurs, que Sania, elle est pas lettrée ! )

- Dites donc les gars ! Faudrait pas croire non plus que je passe ma vie au zoo ! On n’est pas chez Pinder ! Il y a du taf pour vous ! Ouvrez vos esgourdes, c’est du lourd !

Serrurier baissait la tête. Non pas qu’il se sentait contrit d’une quelconque mauvaise action, mais parce qu’il ne passait pas sous les portes. Il faut imaginer un coffre-fort monté sur deux pattes et vous aurez l’exacte description de mon adjoint. Charentes était son opposé. Petit, flegmatique et rabougri avec un éternel mégot qui lui avait roussi les derniers poils de sa moustache. Deux compères qui s’entendaient comme larrons en foire. La fine fleur du Quai pour ainsi dire ! On me les avait refourgués pour s’en débarrasser, comme un chien de ses puces ! Ils étaient fidèles, audacieux, entreprenants. Flics , un peu. Voyous, à l’occasion. Et les occasions étaient nombreuses !

- D’abord, asseyez-vous et faites marcher vos neurones ! Pas de flaflas, ni de roupillon intempestif ! C’est pas La belle au Bois Dormant que je vous raconte ! Pigé ?

Serrurier qui venait de s’affaler dans un fauteuil qui ne demandait qu’à rendre l’âme tant la masse imposante dudit Serrurier le faisait couiner ! Le gros étendit ses guibolles, se déchaussa et posa les pieds, chaussettes au vent, sur le burlingue.

Charentes esquissa un petit sourire, sachant par avance que les effluves de son mégot éteint ne viendrait pas à bout de celles de Serrurier. Il n’y avait pas de concurrence possible contre l’essence des renifleuses de son collègue.  Il posa son cul sur une chaise et tenta vainement de foutre le feu à sa moustache.

- Bon, si vous y êtes, les deux comaks, la commissaire Sania, elle va vous débiter son baratin ! Figurez-vos qu’on a essayé de me repasser à la sulfateuse ce matin ! Je ne sais quel est le bougre d’enfant de salaud qui s’est mis dans la tronche de me refiler un aller simple pour là-haut, mais il y a intérêt à le coffrer avant qu’il me dessoude pour de bon ! Magnez-vous le fion !

Mes deux gaillards auraient vu rentrer la Vierge Marie en personne dans le burlingue, ils n’auraient pas été plus surpris ! Ils se sont regardés comme deux ahuris à casquette puis, ils ont virés leur quinquets du côté de mon blair. Serrurier s’est mis à imiter la carpe qui se meurt au bord de l’onde et Charentes a tiré nerveusement un petit coup sur son mégot éteint ! Comme si en tétant dessus, il allait le rallumer !

- Commissaire ! qu’a dit Charentes en rallumant sa moustache ! Vous croyez ?

- Ousqu’il est l’enfant de putain qu’à fait ça ! Je vais lui arracher les tripes comme à Caen ! Il parait que c’est à la mode là-bas !

Et là, je me suis vue mal barrée ! Un lourdingue bas de plafond malgré sa hauteur et un vioque qui frise la sénilité ! La fine équipe, quoi ! La fine fleur du Quai ! Mes lanciers, mes mousquetaires ! J’en avais ma claque de tout ce cirque ! La petite chatte, elle avait comme un coup de mou, un coup de moins bien !

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