Du Venin dans la bouche

Ferdinand Legendre


Je n'ai d'autre essence que celle, embrumée, dans la liqueur, qui vient couler sur le sol, sous tes doigts et sur ton cœur.

De l'étreinte de fortune, faite en fantôme où la lune aurait la couleur des dunes, de la brume et des vapeurs.

Dans la fumée tous les mots se cognent les uns aux autres, le vin dessine des motifs devant lesquels on se vautre,

J'ai sous la peau la rumeur, et la pointe de tes lèvres, les yeux au gré des humeurs, et l'ivresse qui s'élève,


Car désormais il est clair, et ce malgré le vertige, qu'en soutenant ton regard, quelque chose en moi se fige,

Je perçois l'ondulation, de tes contours incertains, dans tes phrases la passion, et de la nuit le larcin,

Le vol de pétales d'instants, et de bouquet de minutes,

Car on fonctionne à l'instinct et que l'on connaît la chute,


Frappé par l'eau des cascades, couvert d'une cape de jade, tu sembles changer de forme,

Murs et plafonds escalade, depuis ce gouffre d'iris qui viendrait défier la norme,

L'épiderme et les écailles, l'écorce et le sifflement,

Dure et fermes, toutes tes failles, renforcent tes mouvements,


Et il n'y aura bientôt ici, dans la pièce où tu te couches,

Que le goût de l'aventure,

Et du Venin dans la bouche.


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