Dure limite

magadit

Y’a des jours « avec », et la nuit qui suit. Y’a des matins qui ne devraient pas voir le jour, juste parce qu’il manque un peu de force pour les affronter. Y’a des jours « sans », ou le vernis craquèle malgré la dose quotidienne de ravalement. Ce ravalement qui sert à boucher les trous, à colmater les brèches, plus encore que d’illuminer un visage ou mettre en valeur des yeux, ce maquillage là sert à fermer les fêlures pour pouvoir continuer à sourire et croquer la vie un jour de plus. Car après tout elle est belle notre vie, celle qu’on a choisit. Oh bien sur elle est un peu bancale parfois, ce n’est pas forcement non plus celle dont on avait rêvé, il se peut qu’elle fasse mal des fois par son intensité, mais elle est aussi douce dans ses travers, et la plupart du temps il est facile de se lever pour aller s’y mesurer…

Et puis il y ce matin là, et attention ce n’est pas n’importe lequel matin, il est important ce matin « sans ». C’est précisément ce matin la ou l’envie n’est pas là, ou la fatigue prend le dessus, ou la force, celle qui épate parfois les potes et agace les autres, roule sur la réserve, adieu bolide bonjour 104… Un matin ou les points de vie du Pokemon adulte sont au plus bas, sans vraiment de raison, ni de coupable, juste comme ça.

Et sans magie, sans envie cette journée là n’a pas lieu d’être, c’est une anomalie dans la matrice, un bug dans la machine, autant rester couché, éteindre le téléphone bouder la télé et son bonheur de séries B. Alors à tous les coups on se traine, on râle, on grogne, chacun sa stratégie. Certains ressassent leurs « bad trip » avec la précision d’un chirurgien. J’ai mal. Si j’appuie la c’est pire. Ok : je choisis le pire… D’autres préfèrent accuser, toi, moi la terre entière, et finissent par se flageller, peut être pour contrôler la douleur sourde de cette journée qui les a réveillés. Certains encore refont le monde, 1 fois, 100 fois, 1000 fois ou que sais-je encore…

Moi j’avance dans ce matin là comme une centenaire dans un champ de mine : doucement, le pas incertain, la peur au ventre. Je n’ai pas peur du monde, j’ai juste peur d’exploser. Je suis en verre, une marionnette en cristal lâchée dans un manège. Même mon esprit est cotonneux. Par peur, par lâcheté, par lassitude aussi, j’évite soigneusement les sujets douloureux. Je me ménage puisque je suis centenaire, je pense lentement, posément surtout, la main sur la manette de contrôle pour évacuer la foule au premier déraillement.

Mais ce matin là est rusé, plein de pièges et de vice. Un mot, un son, une chanson, un bouquin, des yeux qui se posent, une mémoire qui vagabonde et c’est la fin. Les souvenirs brulent ce matin comme l’acide. Hier ils étaient loin enterrés, acceptés, rangés classifiés. Les maux à leur place et chaque crise dans sa boite.

Ils me brulent ce matin, impossible de les contenir, ils ruissèlent sur mes joues. Adieu make up, bonjour tristesse. Rien de grave. Ce matin là est une écluse qui régule les émotions, les peines, le trop plein, un barrage organisé. L’ouverture des vannes reste programmée par le cortex ce salaud qui fait cavalier seul. Ce matin ça fuit, ça dégouline, ça déborde. Peu importe, la purge est salutaire, d’ailleurs ça y est, le flot décroit déjà. L’écluse a fait place nette, demain sera un jour « avec ».

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