Electre et le néon

Pierre Miglioretti

 

Electre erre dans sa sordide banlieue,

Malheureuse dans ce triste milieu,

Ruminant la scabreuse mort de son père,

Par sa femme volage envoyé au cimetière.

Non contente de l’avoir cocufié,

L’avait-elle également momifié.

Fuyant ces lieux en tout point mortifères,

Ne revint-elle que bien plus tard tâter des Enfers,

Accompagnée de son frère, pour de leur engeance,

Par le goût du sang, enfin obtenir vengeance.

Les deux rejetons longuement endeuillés,

Se retrouvant sur la tombe fleurie d’œillets,

Actèrent, dans l’élaboration d’un plan d’action 

Pour leur funeste réparation, leur détermination.

Dans ces espaces clos de grands ensembles, 

Il n’est pas rare que lorsqu’un corps tremble,

Par solidarité, les autres, en couvertures,

Se constituent en instrument de suture.

Ce sont de ces lieux qui conservent actes et paroles,

Que chacun écoute telle la pythie et ses fumeroles.

La discrétion de l’acte n’est qu’apparente

Et ici, des caves jusqu’aux dernières charpentes,

Les murs exhibent leurs fines oreilles ;

Les murs, sur tous les sommeils, veillent.

Accomplir le crime tant attendu en silence

N’était pour autant complication immense :

Il n’était qu’à envelopper le terme de son existence

Comme la conséquence de fâcheuses circonstances.

Pénétrant dans le modeste appartement maternel,

Oreste et sa sœur, dans le placard à flanelles,

Finalisèrent, sous la pâle lueur d’un néon blanc,

Les dernières actions de leur plan.

Saisissant là l’idée comme le néon,

Songeant que de la lumière naitrait le néant,

Ainsi armés de leur bâton luminescent,

Ils acculèrent la mère dans le bain moussant,

Et lui donnèrent le coup de grâce, lui confiant

De force la lampe, logiquement, l’électrocutant.

Si la vengeance est un plat qui se mange froid,

Mieux vaut, pour créer le plus grand effroi,

En pleine lumière accomplir le plus sombre des gestes.

Les yeux de la conscience verront aussi l’âme qui se leste. 

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