Envie

ernestin-frenelius

Comme le précédent texte je l'ai appris et l'interprète, ou le joue, je sais pas comment dire, lors de soirée slam. Quoique, celui-ci, j'en lis certaines parties sur le cahier.

Le 3 novembre 2014, à 20h06, dans le Tram qui m'emmenait vers la ville, j'ai écrit :

J'ai rencontré l'exalté trépidation

Du fin fond du noir tintamarre

Délivrée des abstinentes restrictions

Que mon statique horizon déploie

Sur la vibrante toile de la nuit noire

Pour y figer mes belles affabulations

En miteuses oraisons pour braves cons

Déférés en constat d'annihilation

Devant les suprêmes prélats en phase

D'adoption par la lie des cieux

Des plus bas fond de ces univers

Qui nous côtoient mais ne nous rejoindront

Que lorsqu'ils trépideront en résonance

Avec l'abstinente exaltation et rebondiront

Sur la toile claire de nos jours blancs

Et statiques comme l'horizon replié

Sur le tintamarre de la fin du début

Que j'ai rencontré saoul résigné

Et décidé de ne plus jamais quitter

Pour me retrouver dans un de ces univers d'à coté

Complètement moi-même, absolument en mon dehors

Et sûr de ne pas être ce que je ne dois être

En dehors de là où je ne suis pas

Mais j'y serai bien moi même, avec tout ses à cotés et tous ceux qui vont avec.

 

Le lendemain matin, chez moi, j'ai écrit

 Je suis descendu du tram, j'ai été au Kitsch'n bar, j'y ai rencontré Jamilla et Laetitia et j'ai bu trois bières avec elles en discutant boulot, théâtre, slam, poésie et comment faire pour devenir public, puis quand je les ai quittées, je suis allé m'installer au comptoir de La Lanterne. J'y ai commandé une bière ambrée et j'ai écrit :

 J'exècre l'incrédulité ambiante

Qui m'habite et m'astreint

À ne pas croire que je boirai

Tellement plus que ce qui m'habite

En brûle bite pointe de cannabis

Et j'espère que je n'exècrerai pas

L'inhabitable demain peau de pourpoint

En cote de mailles émoussées de ménisque

En fleur de mousse ulcérée

Par le fin fond de la lie

Qui dissèque le peu qu'il me reste

À boire que je ne vomirai pas

Parce qu'en fait j'ai juste envie

De rencontrer quelqu'un et que c'est pour ça que je me suis assis ici et que j'écris ceci…

 

« Oh lalalalalala » C'est le barman, de l'autre coté du comptoir qui vient de faire ces bruits là.

Il tire une de ces gueules… Je lui ai demandé : « Qu'est ce qui t'arrive ? C'est une dure soirée ? »

 « Ouai »

« Pourquoi ? »

« C'est comme si j'avais une énorme gueule de bois »

« Alors que … ? »

« Non y a pas de raison, je comprends pas ».

 

Puis il était allé vaquer à ses occupations et j'avais repris le cahier pour y écrire notre dialogue au barman et à moi et j'avais encore écrit : Je ne sais pas ce que ça présage mais c'est très bizarre. Je vais reposer le cahier sur le comptoir, j'espère que le barman aura envie de le lire et qu'il me dira ce qu'il en pense, peut-être que ça m'éclairera.

 

Le lendemain matin, chez moi, j'ai écrit :

J'ai encore un peu discuté avec le barman et j'ai fini par oser lui dire que je l'avais écrit et qu'il pouvait lire le cahier que j'avais posé sur le comptoir. Il a hésité… puis il a commencé à lire… Il a lu jusqu'à la fin de la première page, jusqu'à ce qu'il m'avait répondu que : « ouai, que c'était une dure soirée » et là quand il l'a lu ça l'a fait sourire et c'est à ce moment là que son collègue qui devait le remplacer s'est pointé et l'a interrompu et il n'a pas tourné la page, il n'a pas lu la fin[Faire pivoter le cahier et le retourner]et il n'a pas pu m'éclairer en ce qui concernait cette improbable gueule de bois qui m'inquiétait un peu parce que si maintenant ça se produit sans raison il n'y a pas de raison... enfin,  j'avais fini ma bière mais j'étais resté sur ma soif.

 

Moins d'une demi-heure après avoir quitté La Lanterne, à 22h38, j'ai écrit :

Je suis dans un autre bar, le Saxophone

Je me suis installé au coin du comptoir

J'ai commandé une blonde des Ardennes, une Chouffe

Je me demande ce que ça va donner.

 

À ma gauche il y a un homme

Qui tripote son téléphone

La musique est bonne ?!

À la gauche de l'homme

Il y a deux filles

Une brune et une rousse

Elles mangent une planchette

Dégustent du vin

La rousse à délaissé sa bière

Qui est pourtant tout aussi rousse qu'elle.

Je me demande vraiment ce que ça peut donner

 

Plus loin derrière sur ma droite

Onze personnes sont attablées

Je ne pense pas qu'elles font toutes parties du même groupe

Il y a en a deux me semble-il

De trois et huit personnes.

Je me demande vraiment ce que tout ça va bien pouvoir donner

 

L'homme tripote toujours son téléphone

Et délaisse son verre de vin rouge

Deux gars viennent d'arriver

Et s'installent à mes cotés, juste à ma droite

Ils ont commandé une bière et un pichet de rouge

Et je suis ridicule avec mon cahier trop grand sur lequel je n'ai presque plus de place pour écrire maintenant qu'ils se sont installés

Je vais le poser sur le comptoir

Et engager la discussion avec eux

Si j'arrive à le leur faire lire, ça va les faire rire

 

Je n'ai pas osé engager la conversation avec eux. Je suis sorti fumer et j'ai eu avec trois autres clients une intéressante discussion que j'écrirai plus tard. Entre parenthèse j'ai noté : masturbation – chaussure de femme à haut talon – bout (de quoi ?) - occiput – manière de l'utiliser – forêt – vingt minutes. Puis je suis revenu au comptoir et j'ai engagé la discussion avec les deux gars. Plus tard J'écrirai peut-être ce qu'ils m'ont dit. Mais je n'ai pas osé leur dire que je les avais écrits alors je vais reposer ce cahier sur le comptoir et espérer

Un autre gars, qui s'est glissé encore plus au bout du coin du comptoir que moi, m'a demandé « Qu'est-ce que t'écris ? ». Je lui ai répondu « Toi, je ne t'ai pas encore écrit mais j'ai écrit mes deux voisins de droite. » L'un d'eux a dit « Moi je suis plus en état de lire mec » et l'autre a fait comme s'il n'avait rien entendu et je me suis dit que c'était vraiment des glands et que je n'aurais pas du les écrire. Je vais reposer ce cahier sur le coin du comptoir et aller voir le gars qui vient d'en quitter le bout pour lui dire que je l'ai écrit.

Je lui l'ai dit et aussi que le cahier est en libre lecture sur le comptoir, puis je suis allé aux toilettes. Ensuite je l'ai rejoint devant le bar, il y était avec un copain à lui et il m'a dit qu'il s'était lu et que ça l'avait fait rire. Alors je leur ai parlé de ce que j'écris [reprendre le cahier et l'ouvrir en grand] et je leur ai même chanté le début de ma chanson. 

 

« Je vais vous conter les petites chroniques impromptues de ma vie incongrue

Je m'y évertue à déployer mes petites vertus, à lancer de pâlottes et timides mains tendues

Envers et auprès le premier des vus jusqu'au dernier des venus… »

 

Ça les a fait sourire et ça m'a fait plaisir.

Et je suis revenu l'écrire dans ce cahier

Et aussi qu'il n'est pas allé aussi loin que j'aurais aimé ce poème

Mais il est allé ailleurs et ça me fait aussi plaisir

Même si l'homme ne tripote plus son téléphone

Et ne délaisse plus son verre de rouge

Il l'a vidé avant de s'en aller.

J'aurais du lui dire que je l'ai écrit

Et aux autres aussi j'aurais du leur dire, aux deux filles, à la brune et à la rousse et au deux groupes installés à la table

Et j'aurais du écrire les autres aussi

Je n'en suis pas complètement content de ce poème

Mais j'en écrirai d'autres dans d'autres bars.

Et maintenant je vais refermer ce cahier et le ranger dans mon sac

Et je vais aller adresser la parole à tous celles et à tous ceux que j'ai écrits et aux autres aussi.

 

À 00h35 dans le Tram vers chez moi, j'ai encore écrit :

Quelques minutes plus tard Walid, un copain à Pierre, le gars du bout du coin du comptoir, m'a demandé de ressortir mon cahier et il a commencé à lire. Moi j'ai timidement engagé la conversation avec une amie à lui, lorsque je l'ai entendu crier : « Mais c'est incroyable mec ! Mais t'es trop fort ! T'es en train de faire exactement ce que t'as écrit ! Viens là ma couille ! Viens que je te roule une pelle ! » Puis il a tendu le cahier à la fille rousse et il lui a dit : « Tiens ma belle lis ça et ensuite passe le cahier aux autres. »

Je n'avais pas envie de quitter le bar mais il ne fallait pas que je rate le dernier tram. Alors, un quart d'heure plus tard, j'ai dit salut à Walid, à Pierre, à Enzo et à leur copine Rahal, aux deux filles, à la brune et à la rousse qui avaient fini leur planchette mais la rousse avait définitivement délaissé sa bière qui en fait était une blonde éventée, j'ai aussi dit salut à deux sympathique jeunes filles que je n'avais pas écrites parce qu'elles étaient des fanatiques de jeux vidéos et s'étaient recluses à jouer dans la salle du fond mais elles aiment aussi la poésie et elles auraient voulues que je les écrive, j'ai dit salut aux deux gars qui n'avaient pas daigné me lire et qui plus tôt discutaient de la meilleure manière de se faire du pognon avant leur vieux jours histoire de pouvoir se tirer de ce pays de merde, j'ai dit salut au barman qui je crois faisais la gueule parce que je ne l'ai pas écrit, j'ais dit salut aux groupes de trois client avec qui j'avais eu cette intéressante discussion, et ils ont insisté pour que je l'écrive, à propos de ce garçon qui s'était enfui dans la forêt avec l'escarpin de la fille et s'y était masturbé pendant vingt minutes avant de le rendre dans un tel état qu'elle s'était demandé par quel bout il s'y était pris et j'avais suggéré l'occiput, concomitamment j'ai dit salut au huit autres de l'autre groupe attablés à la même table et qui s'étaient joint aux trois autres autour du cahier, qu'ils m'ont rendu en me disant que j'étais observateur et perspicace et après je me suis grouillé pour pas rater le tram et y écrire ceci et que je veux qu'on ait une pensée pour l'homme en noir qui tripotait son téléphone et délaissait son verre, il l'a néanmoins fini trop vite, et est parti avant d'avoir appris que je l'avais écrit.

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