Episode 1 : Plaisir

chris-mo

Fantaisie urbaine/fantastique Pas de titre disponible pour l'ensemble :-) Une histoire libre de droits, 7 épisodes (brouillons prêts), le reste ... Commentaires bienvenus o-O

1. Plaisir

 

 

Depuis près de trois semaines, la charmante famille Letourne occupait un somptueux château du XVIIe dans la ville de Plaisir. Une ville paisible située dans le département des Yvelines, en région Île-de-France.

Le théâtre, le conservatoire de musique et la bibliothèque municipale qui occupaient les lieux furent transférés dans d'autres endroits plus appropriés. Selon les déclarations du maire Dubontemp lors de la fête du château le 14 juillet 2012, c'était une solution préférable et moins coûteuse à long terme. Le manque de place était criant. Sous les huées d'un groupe restreints de réfractaires, en majorité des artistes, le responsable politique conclut en insistant sur la dégradation du monument classé par les cours, les concerts et les autres manifestations.

Il ne précisa toutefois pas que la culture n'était pas suffisamment encensée et que la beauté de l'art ne gonflait pas la colonne des actifs communaux. C'est pourquoi il prit la décision, en accord avec le collège et le ministère de la culture, de remettre les clés du château à un couple d'acquéreur ; Bruno Letourne et sa femme Nolwen Capucine.

Pour expliquer son choix, le maire avait étalé les nombreux projets de loisirs envisagés par le binôme. Il souligna également leur généreuse contribution à la communauté.

La petite famille déposa les premiers cartons dans leur cocon de rêve, le premier juillet. Au revoir Paris centre et bienvenue aux nouveaux Plaisirois dans cet envieux-cadre idyllique.

 

Il est connu du commun des mortels que les apparences sont trompeuses, qu'une cicatrice guette. Comme tout rêve à ses zones d'ombres ou tout calme a connu une tempête. Malgré elle, Imaé, la fille aînée du couple Letourne, joua ce rôle capital.

Était-ce grâce ou à cause d'elle et de sa fuite inopinée que tout advint ?

Pour le savoir, un retour en arrière d'une vingtaine d'années s'impose.

 

Bruno avait rencontré Nolwen sur le marché du travail, lors d'une réunion d'affaires en 1992, trois mois après que chacun obtint un master en finances.

Ces deux jeunes cadres dynamiques pas encore trentenaires, beaux, gonflés de charisme, de bagout et aspirant à la même perspective d'avenir, eurent tôt fait de s'associer. Dans tous les sens du terme.

Ils se marièrent et cinq ans plus tard, en 1997, Imaé naquit.

Dès ses premiers mois, elle découvrit et ne connut que les crèches et les nounous. C'était une solution idéale pour ses parents trop occupés à fleureter avec la mondanité. Un passage obligé pour saouler un carnet d'adresses, pour redessiner le monde et pour cotiser au profit de causes multiples tant qu'elles augmentaient leur visibilité. Les réunions, les prises de contact, le tout arrosé de contrats au relent de liquide onéreux - en somme, un des rares boulots où être imbibé d'alcool pendant les heures de travail n'était pas une faute professionnelle et pouvait rapporter gros.

Des instants que Bruno et Nolwen avaient su s'approprier à toutes fins utiles. En 1997 toujours, leur ténacité engendra la naissance de leur compagnie d'investissement. La Bruwen Investment.

La stratégie principale était de rassembler des investisseurs intéressés par L'Inde et La Chine. En plus de participations dans différentes startups, ils avaient misé sur d'autres matières rentables à moyen et à long terme.

Dans l'immédiat, leur atout était - en plus des deux pays mentionnés et des associés disponibles sur place - leur retour sur investissement accumulé grâce aux matières premières.

L'argumentation pour la défense de nouveaux projets suffit à conclure des partenariats alléchants. Ce qui finalement voulait dire que partout où les bulles de champagne pétillaient et où le caviar gisait sur les croûtons, Bruno et Nolwen étaient là. En 2006, Chiaran, le dernier né aussi.

Imaé avait 9 ans et commençait déjà à se rebiffer.

Parfois, même si les affaires cartonnent dans la finance, tout ne peut-être diriger tambour battant. Sauf si l'omniscience devient un jour possible. En attendant les individus composent égoïstement en fonction de leur priorité. Des aléas peuvent survenir et remettre en question ce pour quoi les hommes et les femmes aspirent.

La fine fleure de toute aspiration, la réussite. Sa racine tout aussi précieuse, la richesse. Son pollen, qui provoque des allergies en grande quantité, l'argent.

Puis, il y a les cueilleurs, les planteurs ; des botanistes. Ceux-ci se démènent pour goûter aux lucres,ils savent quelles plantes rapportent quoi, quel pollen est utile à la collectivité et quel profit ils peuvent en retirer. Les acheteurs, la collectivité, eux par contre, se débrouillent avec les restes. Ce sont les rêveurs, les romantiques, en plus grands nombres, qui se contentent de dépenser avec ce qu'ils ont pour nourrir leur imagination décorative ou amoureuse. Les plus comblés sont les collectionneurs toujours à la recherche de la fleur rare, celle qui va éclore là où personne ne s'y attendait, exploitable à outrance, à des prix exorbitant. Ceux-là se font des champs de blé qui dépassent la dimension solitaire de l'allergie au pollen ou de la connaissance des botanistes ou de la rêvasserie collective. Nos deux tourtereaux l'avaient compris et avaient tout fait pour parcourir ces plaines dorées afin d'y rafler la mise.

Au détriment de leurs enfants, même s'ils ne manquaient de rien.

Pendant cette montée sur les marches de la gloire, Imaé devint une adolescente de 16 ans récalcitrante et révoltée. Le petit Chiaran, quant à lui, venait d'avoir 6 ans. Abonné aux crèches également, il n'eut pas beaucoup l'occasion de comprendre ce qui se tramait. Il était teigneux, mais restait supportable, néanmoins il s'en sortait bien. Lui, il avait encore sa sœur en support.

Gavée de nounou, Imaé exigeait son indépendance.

« Je pourrais m'occuper de mon frère et me débrouiller toute seule. Je ne suis plus une gamine » revendiqué à gorge déployée à maintes reprises.

Le petit frère, témoin silencieux, soutenait du regard sa grande sœur osant braver l'autorité parentale.

Les exigences de l'adolescente quant à son autonomie prématurée lui fut refusées d'office. Les engueulades à répétition, dont les parents misaient tout sur le poids d'une jeune fille trop naïve pour comprendre l'implication de ses géniteurs dans une vie où rien ne manque, engendraient des dialogues de sourds violents complétés de sauts d'humeur journaliers ingérables.

Offensée et incomprise, Imaé prit un sac à dos et s'enfuit chez Fong Ji, une amie d'Avallon en Franche Comté.

Elle l'avait connue grâce à un fan-club de groupe de musique KPOP (Korean Pop, boys band asiatique) qui faisait le buzz sur tweeter, Facebook, et partout où s'affichait ce mouvement à la mode sur internet.

Ce n'est que deux jours plus tard, trop occupés par quelques contrats importants, que Bruno et Nolwen remarquèrent l'absence d'Imaé. Officiellement, ils pensaient qu'elle était chez une copine à Paris pour un weekend.

Imaé avait du leur sifflé au passage quand ils se rendirent à un goûter du parti libéral ou d'une association quelconque. C'est quand ils téléphonèrent le soir où ils attendaient son retour de Paris qu'ils apprirent qu'elle ne s'était jamais rendue dans la ville des Lumières.

Évaporée dans la nature.

L'organisation millimétrée de la routine parentale fut bouleversée. Une solution rapide s'imposa à Bruno. En bon père de famille, il décida de rester à la maison pour fouiller les affaires personnelles de sa fille dans l'espoir d'y trouver un indice désignant l'endroit où elle se serait éclipsée.

Éclipse, oui ! Absence de lumière momentanée, un coup de froid, retour au clair chaud et rassurant. Il refusait d'envisager le pire. Il pouvait répondre au téléphone et gérer quelques détails administratifs de la Bruwen Investment à la maison le temps que durerait les recherches.

Il avait écrit un mot à l'allure simple. Un mot qui était la conséquence d'une grosse journée de réflexion. Un tweet identique envoyé sur la plus grande majorité des groupes recensant les fans de KPOP sur la toile. Ce qui lui prit au bas mot deux jours et deux nuits supplémentaires.

 

Bruno Letourne @ Leurtourne (son pseudo)

@∞DB5K-AKTF+∞ je suis désolé, on peut parler ?

 

À l'aube du quatrième jour, il trouva une réponse après avoir vérifié les endroits où furent envoyés ses textos. La veine lui sourit dans son désarroi.

 

1Imaé @ ∞DB5K-AKTF+∞

@Leurtourne et elle tournera encore… On peut se voir dans une semaine. Je t'appellerai. Ne réponds pas. Tout va bien.

Peu rassuré, il n'avait d'autre choix que de prendre son mal en patience. Une issue judicieuse afin d'éviter d'envenimer la situation. Et puis finalement, ce n'était peut-être pas si mal. Il prolongea son congé et Nolwen, proche de l'hystérie, finit par accepter les conditions étonnantes de sa fille.

Comme convenu, au jour décidé par Imaé, Bruno se rendit à Avallon avec Chiaran. C'est après être resté une semaine sur place qu'ils rentrèrent à Paris. À la fin d'un débat décisif, un choix - muri et voté avec joie à l'unanimité - s'arrêta sur un changement catégorique dans la famille Letourne.

Bruno et Nolwen, décidèrent de revendre leur part de la société et leurs appartements du centre-ville. Ils se retiraient des affaires de Paris pour acheter une demeure dans un autre coin plus serein. Plaisir. Un changement de vie complet. Ils avaient de quoi pourvoir à leurs besoins. Sans sacrifice, ni effort, comme des rentiers. Le cas échéant, ils pourraient encore développer un plan lucratif sans omettre leur priorité majeure. Les enfants.

L'influence d'Imaé sur le choix instantané de la famille Letourne à vivre dans le château de Plaisir paraissait donc évidente. Cette année-là en 2012, les négociations pour obtenir la propriété furent leur dernier projet important.

Nolwen en fut la première étonnée malgré sa connaissance de la capacité de négociation de son mari. Elle remarqua qu'il était absolument convaincu que rien ne lui serait refusé. Pas inquiété un instant d'essuyer un refus. Réussir à déplacer des éléments clés de la culture d'un bâtiment classé. C'était gros. Trop pour elle.

Pourtant, il y parvint en deux semaines. Il ne scrutait plus constamment sa montre. Il ne regardait plus dans le registre client potentiel ou confirmé chaque heure, plus pendu au téléphone en même temps pour s'incruster dans n'importe quels lieux où la jet set faisait rage. Le carnet de rendez-vous n'était plus sa bible. Détendu et sûr de lui.

Était-ce encore sous l'impulsion d'Imaé ?

Nolwen, sur le transat au bord de la piscine, pensait qu'elle commençait à divaguer lorsqu'elle se dit qu'elle le trouvait plus beau. Rajeuni, les traits seins, reposés, dynamique, les cernes en vacances.

Finalement, il était presque identique physiquement qu'au début de leur relation. Un cliché parfait. Un corps sec, le torse bombé, un sportif aux dents éclatantes, la tête rasée, un visage fin, des yeux verts, toujours élégants, charmeur, de l'humour sans exagération et le même intérêt professionnel. Son côté dragueur trop prononcé sans avoir dépassé la limite. Du moins l'espérait-elle. Elle le plaçait sous le joug de la conscience professionnelle et ne voulait pas s'attarder sur son raisonnement.

C'est somme toute le désir de récupérer son homme et retrouver ses enfants qui l'a poussa à accepter le changement de vie. Tout arriva si vite et au bon moment pour elle. Un mois de plus et elle quittait son prince. Ne supportant plus ce ténébreux qui tentait de prendre la main sur toutes les opérations, la reléguant petit à petit à la femme-objet décorative pendant que d'autres se nourrissaient du fruit de la passion.

Et ce, depuis la création de la société, quelques mois avant la revente des parts. Elle aurait pu se sentir flattée d'être présentée comme la palme du Festival de Cannes. Mais pas pour être rangée dans la verrière et mater les groupies passagères. Une beauté sans failles. A contrario, un poids pour elle.

Un mur qui l'a forçait à agir deux fois plus pour réussir. Pour casser le mythe de beauté pourvue d'un pois chiche en guise de cerveau. Elle a les cheveux noirs soyeux, les sourcils noirs, les yeux sombres, les lèvres pulpeuses, un corps fin, une plastique aux courbes infaillibles, aux proportions célestes. Des qualités qui inspirèrent Bruno lors de leur première rencontre à une mondanité.

« Une femme complète ». Dit-il.

« Un homme complété maintenant ». Convint-elle.

Au lieu d'une nuit, des années de complicités s'écoulèrent.

Elle était devenue un rat de laboratoire. S'effacer dans le travail pour constamment prouver qu'elle était à la hauteur. Oublier le regard scrutateur par l'argumentation intelligible. À trop briguer, sans le vouloir, elle effaça Bruno et les enfants plus que son complexe de beauté dans cet univers d'apparence. La reconnaissance méritée pour l'application, le dévouement et la réussite l'obnubilait.

Le retournement de situation induit par les caprices de sa fille s'avéra être bénéfique. Il empêcha l'explosion d'un couple ainsi que le déchirement d'une famille.

Tout émergea à point nommé. Une drôle de coïncidence. Tout s'était accumulé petit à petit jusqu'à l'étincelle, le court circuit qui entraîna la flambée, l'altération de leurs conceptions, de leurs désirs, de leur avenir.

Un mal pour un bien.

Elle en avait la certitude. Nous les parents nous nous sommes remis en question. Mon mari à son retour plus convaincant que jamais avec son affirmation autoritaire lancé de but en blanc sur la terrasse quand nous dégustions un Perrier-Jouët :

« Il est grandement temps d'opérer des modifications existentielles majeures, donner un sens à notre vie de famille… »

S'ensuivit une longue discussion jusqu'à l'aube. Une révélation. L'imposition d'un renversement capital de notre routine chargée et considérablement rémunérée. Une fille mature nous a ouvert les yeux, un fils peu inquiété étant donné que rien n'était arrivé pour son bas âge, trop tôt. Et nous allons tous partir en vacances. Les premières depuis des années.  

Nolwen se redressa et attrapa son cocktail de fruits sur la petite table qui se trouvait à hauteur d'épaule. Elle l'approcha de ses lèvres et tira sur la paille. La sensation sucrée glacée instantanée l'a rafraîchi. Elle ferma les yeux pour savourer le goût.

Seule avec Chiaran dans le jardin.

Le petit jouait dans la cabane en bois, une réplique d'un château miniature. Le silence régnait.

Nolwen, le sourire aux lèvres, devina qu'il s'était endormi. Cela arrivait quelques fois, il était si jeune encore, même si les siestes étaient rares à 6 ans. Ces moments où il était enfui dans ses rêves de chevalerie :

« Majesté on nous attaque… Préparez-vous ! Préparez-vous ! ». Criait-il.

Aujourd'hui, c'était un pirate. La maison était son navire :

« À l'abordage » fut le dernier mot qu'elle entendit avant de rêvasser à son tour.

Un souffle d'air chaud rampa de l'arrière de son oreille jusque-là carotide. Ses paupières se crispèrent une seconde. Elle sursauta tétanisée. Le contenu du verre se renversa sur elle. Son cri aussitôt étouffé dans la main qui venait de lui recouvrir la bouche fermement. Elle frissonna au contact du liquide froid étalé le long de son buste jusqu'aux abdominaux. Une deuxième main lui agrippa une partie de la poitrine et se languit sous son bikini. Un chuchotement moqueur apparu.

Joue contre joue. Une haleine mentholée l'envahissait.

— Attaque de fruit, joli, joli ! Tu plais à ma mère ! Tu plais à…

— Bruno, t'es un malade. J'ai failli y passer. Et…

Il continua de la caresser, ses mains glissèrent dans le liquide fruité. Sa langue caressait son cou délicatement.

— Je suis poisseuse, tu ne te…

La main droite de Bruno quitta le nombril noyé et disparu sous le maillot. L'autre remonta du sein au cou de Nolwen. L'incitant à tourner la tête et embrasser chaudement son mari.

—… débarrasseras pas de moi comme ça.

Bruno poursuivit, n'autorisant pas sa femme à se retourner plus. Il la forçait à rester sur le transat tout en lui titillant pianissimo l'entre-jambes. Les langues s'escrimaient, les ongles griffaient les peaux, les dents mordillaient cou et torse. L'excitation alla crescendo jusqu'au moment où un soubresaut de jouissance final toucha Nolwen. Elle l'accompagna d'une note finale poétique et douce, un soupir de jubilation, d'extase. Ses deux bras s'agrippèrent à son homme. Ils restèrent figés quelques secondes. Il lâcha son emprise petit à petit. Ils s'écartèrent.

— Ne dit rien. Cadeaux de la maison. Dit Bruno. Je suis venu t'annoncer que nous sommes fin prêts à partir.

Des baisers se partagent.

— Merci. D'accord. Où irons-nous après Avallon ?

— Vacances improvisées. On verra. Route plein Sud et puis où tu veux.

— Les parents de la copine d'Imaé ne savent même pas qu'on passe les voir.

— C'est juste pour des remerciements. Peut-être accepteront-ils que leur fille nous accompagne. C'est la moindre des choses.

— C'est juste. Bon, je vais me préparer et nous pourrons y aller.

— Et moi, je ramène Chiaran à la maison. M'dame ! Salua-t-il.

Dernier échange de bisous et chacun parti dans une direction opposée.

Enthousiaste, Isaac gratte les cordes de sa guitare. Ariën tape un tempo ardent sur la batterie. Apparition de chants lyriques superposés du duo Simone et Mark dont la voix est grave et saturée. Epica, un groupe néerlandais où tous ces membres s'assemblent harmonieusement pour « Karma » - la première chanson de l'album « Requiem for the indifferent ».

« La grande classe » se dit Imaé.

Elle n'entendit pas sa mère l'appeler quand elle pénétra dans la chambre. Elle se tourna pour quitter la pièce et heurta Nolwen. Ce qui provoqua un sursaut, suivi d'une grande inspiration suffocante. Elle retira son casque illico.

— Désolé. Je venais te chercher.

— Heu ! Ça va maman. T'inquiètes. T'aurais pu frapper.

— Mais je l'ai fait ma chérie. Et il n'y avait aucune chance que tu entendes quelque chose. Dit-elle en désignant les écouteurs de l'index. Tu écoutes quoi ?

— Ah ! Et bien, c'est un groupe métal symphonique.

— Quelle horreur ! Tu es gothique. Mais je… Non ! Enfin… Tout allait mieux. Je n'aurais jamais cru que tu plonges dans le sordide… Je…

— Maman calme toi. J'ai dit du métal symphonique. Rien à voir. Et je ne me sens pas malheureuse du tout. Pour ta gouverne, ce sont de vrais artistes confirmés et talentueux qui produisent ce genre d'album. Même si tu trouves que c'est horrible. Tu serais étonnée des superbes mélodies que j'ai découvertes cette année.

Pour ne pas secouer plus sa Nolwen, elle poussa discrètement sur son iPod pour atteindre une chanson plus acceptable qui la rassurerait. Le reste viendrait à point nommé.

— Avec ta copine. C'est ça ?

— Ne commence pas, maman. Oui avec Fong Ji. Insista-t-elle pour lui rappeler qu'elle avait un prénom et effacer le caractère hautain de la question. Écoute un morceau au moins. S'il te plaît.

Et elle lui tendit les écouteurs. Simulant l'expression d'un chien battu. La lèvre inférieure avancée recouvrant presque l'autre. Les yeux tristounets. Nolwen céda et prit le casque peu convaincue. Elle ferma un œil. Interrogea Imaé du regard prête à tout jeter avant que ses tympans n'explosent.

Une touche de piano. Une autre… à la troisième les violons se lancèrent. Douceur et mélancolie régnait. De l'émotion émanant de « The Eternal Forest », une musique gothique d'ambiance.

— Oh ! dit Nolwen étonnée. Le regard subjugué comme si elle venait de comprendre qu'il n'y avait pas que dans le top hits 2012 que se trouvent les bonnes musiques. Et bien, reprit-elle. On se partagera un peu plus souvent tes goûts musicaux à partir d'aujourd'hui. Je suis curieuse d'entendre d'autres sons aussi fabuleux.

— Je te l'avais dit maman.

Elles quittèrent la pièce et rejoignirent main dans la main le 4X4.

Entre temps, Imaé  poussa sur la touche de recherche de son iPod et enclencha la 13e chanson. Marilyn Manson encensa ses sens avec « The Flowers of evil ». Les portes de la touareg grise métallisée claquèrent. Moteur.

— Tu prends l'A6 à Antony ?

— Yep ! Dit Bruno enjoué. Puis Avallon les kilomètres sur la route du soleil.

— Elle est nulle ta vanne papa. Faut te recycler.

— T'as mieux miss ? Alors l'A666 tu connais ? C'est ta fille qui m'a initié à ce nouveau chemin. Il regardait droit devant lui concentré.

— Es-tu sûr qu'elle existe celle-là. Dit Nolwen intriguée. Car je l'ai cherchée sur le Net et je n'ai rien trouvé.

— Oh oui maman elle existe. C'est l'A6 pour les élus. Tu connais la signification du nombre 666 ? Je suppose que oui. « Make them suffer » de Canibal Corps déchirait toute vision de bonté, d'amour, de joie et de bonheur, dans son casque. Le son était à la moitié de ses performances. Excitée par son petit jeu, Imaé continua sur sa lancée d'un ton mystérieux et calme.

- Le chiffre de la bête, maman. Une marque qui permet de l'identifier. Selon l'Apocalypse de St-Jean. Aux chapitres 13, 17–19, Jean. Il décrit les royaumes terrestres pervers dominés par Satan et leur sort, ainsi que la destruction finale du mal… c'est bientôt maman. Une destruction, certes, mais peut-être pas du côté annoncé. Imaé ouvrit de grands yeux et ricana.

Nolwen se retourna vers sa fille.

- C'est d'un morbide. Dit-elle. Bon sens, quelle imagination, tu devrais raconter des histoires. Plus joyeuse, certainement. Tu me fais peur Imaé. Tu es sûr que tout va bien.

Imaé s'esclaffa. Bruno et Chiaran enchaînèrent. Nolwen vexée se croisa les bras.

— Vraiment délirant, j'en pleure de rire.

— Oh allez, quoi chérie. C'était bien trouvé quand même. Tu as marché à fond,  je t'ai dit que tu devais arrêter de croire tout ce qu'on te dit. Je t'aime. Tu aurais dû voir ta tête. Et il l'imita, grimaçant, jouant un enfant captivé, effrayé par une histoire diabolique. Nolwen se mit à rire emmené par les trois autres.

— L'A666. Franchement, n'importe quoi. Railla-t-elle.

Ils rigolèrent de plus belle à s'en claquer les zygomatiques. Même le petit Chiaran. Le plus hilarant pour lui, pour Imaé et pour Bruno, ce n'était pas l'incrédulité de Nolwen.

Mais son ignorance face à la véracité des propos d'Imaé.

Sur la route du soleil, Nolwen n'y voyait que du feu.


 


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