Escortes

Christian Lemoine

Ils ne sont plus ces croisés du matin qui s'envolaient à la verticale sous les zéniths en feu, là où perlait la voûte austère, le fardeau, la cargaison. Ils ne sont plus, ces étendards claquants faisant vrombir l'atmosphère, quand ils chevauchaient les dragons, enfourchaient sans escales les cordillères comme simples taupinières ; inventeurs d'axiomes différés, l'envergure, la dimension. Ils ne sont plus ce qu'ils furent, même si l'étincelle scintillante au coin des lèvres, ils la suscitaient, ils en allumaient toujours les Noëls, le délice, l'allégresse. Ils ne sont plus que des frissons couverts, des galernes sans intempérance, des ridules paisibles troublant à peine le lustré fixe d'un étang vide. L'équilibre. L'analgésie. Mais dans la main, ils s'escortent encore.
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