Et cheikh, et mat

Christian Lemoine

Cachet, comédie, blondes, exalté, distinguer

Sous sa tente de tentures chamarrée, trop lourdes pourtant par les chaleurs des déserts, c'est un vieux cheikh hachémite qui se meurt. De partout dans la chaleur touffue et confinée, des cratères odorants montent les entrelacs à peine visibles des fumigations, un hanap disperse tel parfum de menthol, une coupe exhale telle senteur subtile de camphre. Le vieux cheikh se meurt, rongé par le sarcome édictant sa sentence létale, mais son esprit s'en va encore courir les pistes des caravanes, des toits brillants de Samarcande aux murs polis de Damas, tout remué encore des fureurs des anciens combats, quand la ferveur ne se compromettait pas à baiser le canon trivial des kalachnikovs mais frémissait luisante au tranchant des sabres. A demi-mort déjà, il s'encauchemarde de combattants vénaux, de mercenaires cupides, et se croit la victime délirante de barbares modernes sans autre loi divine que celle des balles d'acier. Il croit voir dans les drapés tremblants les ombres de fous de Dieu lui tendant le piège d'une charia funeste, ou une faction djihadiste un guet-apens mortel. Dans un souffle, le vieux cheikh rend son esprit aux djinns arénicoles, tandis qu'au loin sur le sable on devine le ballet aérien d'un tourbillon de vent.

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