Fenêtre

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FENÊTRE

Il est un homme à la cage thoracique sculptée comme si elle fût sans cesse remplie d'air, tel le mâle dans un élan de bravour. De sa toison se révèle le reflet grisonnant d'un âge mure qui ne demande qu'à éclore. La quarantaine.

Mes seins racontent l'histoire.

Pour lui comme pour d'autres, elle est ce chat qui parle avec ses yeux verrons, mirroir du caractère de la femme-enfant, soleil au clair de Lune, aux sourires interrogateurs suspendus aux lêvres, à la voix cuivrée usée par l'accent de ses récits, au corps si petit pour tant d'émotions, tant d'émotions pour une si courte histoire.

Ils n'ont jamais jusqu'à ce jour franchit la porte du salon, son canapé de cuir observant la toile du Baiser étant un appel à la transgression. Dès lors ils se condamnent à une pièce qui, comme eux, se contient. Aussi, elle conserve tant d'après-midi où déjà les mots "Voyage- Age d'or- Orgiaque" rythment leur conversations dominicales, faisant écho au résultat d'un travail sensoriel qui leur échappe.

Elle est pour lui l'alibi à ses jouissances juvéniles, une promenade dans le marc émotionnel d'une jeunesse estompée par des heures nauséabondes. Lui, figure captive et captivante, au clin d'oeil nostalgique et à l'empreinte tourmentée, il comblait certains fossés creusés par l'Absence qu'elle avait constatés un jour qu'elle défaisait les noeuds de ses racines existentielles. L'un pour l'autre pile-ou-face, la substance alternative à une pathétique fatalité.

Alors qu'elle feuillette un bouquin, lui s'allonge sur le sol tiède, soumis à la loi de l'attraction qui régit les Hommes. Inconsciement, tandis qu'ils bavardent, ils amménagent et habitent l'espace de manière à le rendre plus propice à l'étreinte des condamnés. Elle le rejoind. Comme vaincus, les voilà gisants sur le sol. Ses seins pointent vers l'avenir. La saisissant par dessous les tissus, il s'empare d'elle, son regard frayant un chemin à ses sens, à son toucher, à ses mains audacieuses auxquelles se révèlent peu à peu une chaire ferme et puberte. Le temps se heurte aux frontières de ses propres notions, l'espace intemporel se déploie et lie deux êtres dans l'abandon.

Ce baiser pendant lequel il a avalé sa langue, a laissé fuir le jus incandescent de l'impatience, ce poison qui avait depuis longtemps condamné ces proies à l'exaltation sans conditions.

En cet instant de total abandon, elle ne le reconnaît plus, l'homme à la chaire charnelle lui est inconnu. Ce corps étrange(r) et pénétrant la plonge dans une alliénation qui lui fait perdre ses repères. Elle le palpe maladroitement et s'aggrippe à son cou, dans l'espoir de semer dans son dos des graines d'aisance. Elle se dit qu'elle ne fait pas l'amour à l'homme parce qu'elle le connaît, mais le connaîtra parce qu'elle lui aura fait l'amour.

Alors qu'il rythme habilement le chant des corps, de la lutte acharnée, elle se perd dans ses yeux qui profitent d'elle comme si elle eut été en perdition, comme si l'homme en haleine concurrent de lui-même pénétrait sa propre jeunesse. Il pompait indéniablement son énergie juvénile à elle pour satisfaire son irréversible destin d'Homme. Se noyant l'un dans l'autre, ils laissent derrière eux l'écume du plaisir. Epuisés, inertes, ils s'endorment.

Août 2007

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