. Fiction-Friction Introduction.

Alice Coppens

"Inspire, expire, inspire, expire ça va te réchauffer.." Même toi tu n'y croyais pas quand tu me disais ça.
[Ce texte est le prémice d'une fiction à paraître au fur et à mesure de mon inspiration, de mes souvenirs, de mon envie..]
Accoudé sous le porche , la vue que tu avais ne valait rien face à celle que tu me donnais à contempler. Les montagnes semblaient si faibles devant tes épaules et tes avants bras contractés sur la barrière, la rivière qui s'écoulait paraissait à court d'eau face à la chute de tes reins et le bosquet n'avait pas la forme arrondie de ton cul penché.
Mes mains caressent tes cheveux plus ébouriffés que cette ribambelle de feuilles qui nous sert de guirlande.
Mes yeux touchent ton dos chauffé par le doux soleil du matin, mon souffle se mélange à la brise qui te donne la chair de poule.
J'ai branché l'ampli, monté la musique celle qui te fait bouger doucement au rythme de cette guitare qui nous a souvent fait danser. Ma joue calée entre tes omoplates, j'attrape tes mains.
Y aura sûrement pas de lendemain et je m'en fiche bien car à ce moment précis la vue que j'ai immortalisé me prend au bide et me servira à remplir ce vide que tu vas m'imposer.Deux mois plus tard j'ai repris cette cigarette que j'avais laissé sous le porche parce que l'odeur te piquait l'nez. Elle n'a pas bougé depuis ce temps passé. À la différence des femmes, les cigarettes roulées se consument seulement quand elles se font tirer. C'est vrai quoi,les femmes en chie hache vingt quatre. On a pas un moment de répit, quand on est triste on est consumées par la tristesse, quand on aime on est consumées par l'attente, quand on est en colère on est consumées par cette envie de péter des gueules, enfin vous voyez le schéma.
T'es vraiment qu'un enfant. Un grand enfant qui brise les cœurs sans le savoir, qui aime de trop sans le vouloir, qui ne veut pas ouvrir les yeux pour voir que, malgré tout le noir qu'il cherche à effacer, il y a quelqu'un qui veut lui faire apercevoir le peu de lumière qu'il lui reste. Alors je reste là, sous le porche, sur cette banquette de camionnette, sur le rocher à t'attendre, dans ce canoë pour deux que j'ai loué solo, sur le banc du bar, les écouteurs vissés dans mes oreilles, les yeux lancés dans le vide, cet album en boucle et l'attente au creux du torax. Je me repasse ces images, ces moments, tes conneries, mes moments de folies, les péripéties qui ne font rire que moi, tes bras autour de moi, tes mains sur mes seins, les miennes sur tes fesses, mon addiction à tes cheveux. C'est d'un déprimant écrit comme ça, c'était plus intense dans mes souvenirs. Peut-on vraiment mettre sur papier un moment de bonheur ?
Pourquoi on s'empêche d'écrire ? Pourquoi je m'empêche de t'écrire ? C'était plus simple quand on était dans la capitale, quand on était pas éparpillés, que moi je n'étais pas totalement au bout de ma vie et toi pas occupé par toutes tes journées bien plus remplies que les miennes. Je fume, je mange, je dors. Tu joue, tu sors, tu roule, tu profites. Pourquoi je n'arrive pas à faire les choses en solo ? Peut être parce que j'ai pris l'habitude et le malin plaisir à les faire avec toi. Sortir, boire un verre toute seule ne m'excite plus,surtout dans ce bled pérave. Pourquoi je n'arrive pas à m'éloigner de cet écran de téléphone ? Peut être parce que c'est le seul truc qui me relie à toi pour le moment, pour combien de temps encore ? C'est toujours la même chose avec moi de toues façons.. Je n'arrive pas à vivre seule. Une fois que je rencontre quelqu'un qui aime passer du temps avec moi, je m'y accroche comme ces putains de coquillages qui niquent les coques des bateaux. T'es vraiment chiant. Parce que tu me tiens sans le savoir, je te tiens sans le vouloir, je me perds dans un désespoir que me fait perdre mon sourire et cette folie dans le regard que les gens me demandent. Je ris à contre cœur, je pleure à contre temps, j'avance à contre-vent et me perds dans ce courant que je ne contrôle plus. Je rame, c'est plutôt ironique quand on m'observe sur un canoë on dirait une poule qui piaille contre sa rame. Je me répète qu'il faut que je te laisse voguer dans ces vagues, qu'il faut que j'arrive à avancer seule au milieu de cette brume qui fait mon quotidien depuis presque six ans. Je me répète qu'un homme comme toi n'a pas sa place dans ma vie, enfin surtout que je n'ai pas la mienne dans la tienne. J'essaie de reproduire ces moments avec toi, seule, j'observe le paysage qui m'entoure, ce paysage qui me sort par les yeux mais qui avec toi aurait comme un goût d'aventure. J'écoute le même album depuis deux semaines, celui que tu m'a fais découvrir sur ces routes oscillantes, de ces champs de fleurs colorés, au fil du chant des cigales. Tu vois j'ai longtemps voulu faire croire que j'étais un chevalier de l'ombre, que la solitude m'allait bien et que je n'avait besoin de personne. Je ne trompe même pas mon ombre qui me laisse tomber sur ces trottoirs humides et froids. Pour toi c'est naturel, tu ne calcule rien pas même ma tronche et pourtant je bois tes paroles, j'observe ta façon de vivre, je prends notes de comment c'est la vie quand on s'en fout de ce qui nous entoure, quand on s'en fout du temps qui passe, des gens qui nous gavent et des barrages que la vie nous fout entre les pattes. J'ai envie d'évoluer auprès de toi encore quelques mois, j'ai envie de me forger une personnalité comme la tienne pour palier à celle qui me rend si vulnérable et charmante pour les vautours qui m'entourent. Chaque geste chez moi signifie quelque chose et chez toi c'est juste ta façon d'être. Je réfléchis peut être un peu trop. Je me fais beaucoup trop de films. C'est ça d'avoir voulu faire sa vie comme une comédienne, les choses ne sont plus simples comme avant, elles sont calculées. Je veux me battre pour être avec toi, sans vouloir passer pour une folle. Je veux voir ce que tu peux encore m'offrir. Plus j'écris plus je réalise qu'effectivement j'ai un grain et en plus de ça je sens que je veux être avec toi pour que moi j'aille mieux. Est ce que c'est ça une relation ?
Je passe de ton album de musique Sud-Américaine à mon album d'Édith Piaf. Le changement peut paraître radical et pourtant seule la langue change, les sentiments sont les mêmes dans la voix. Mais enfin Édith a ce truc en plus, elle a ce duo avec Théo Sarapo « à quoi ça sert l'amour ? », dans ce morceau c'est le monde à l'envers, Édith qui a souffert toute sa vie nous chante l'amour beau, joyeux, elle nous chante l'importance d'aimer. Lui se plaint et elle le relève. On a envie de la bouffer cette dame, on a envie de devenir comme elle, d'avoir son courage, son sourire qui cache ses yeux tristes. J'ai envie de gueuler cette chanson du haut de Belleville, j'ai envie de porter ma petite robe à l'ancienne et courir après toi dans les rue quand j'entends cette chanson.
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