Flagrant délit d'inhumanité

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                               de "K'soce"  (12)

Entre autre dans ma ballade magnifique sur le long quai blond, noyé du fracas des vagues géantes, des rouleaux enchanteurs semés d’elfes barjots, je m’étais mis à réfléchir sur la destination de mon argent si je lui avais filé un ou deux euros au damné du trottoir. La première idée qui vient est de se dire que le type crevait de faim. Mais je n’y crus pas réellement. Je pensais qu’il m’avait l’air trop malin pour ça. Alors à picoler certainement. Cette idée me rassura dans un premier temps. C’est à peu près ce que doivent espérer la plupart des gens pris en flagrant délit d’inhumanité. Cela en deviendrait presque du mérite d’avoir su refuser cette pièce sans valeur à une pauvre cloche tout juste bon à la picoler. Les radins après tout ne sont pas plus stupides que les autres et ont des arguments à faire valoir. Seulement mon statut de bas étage m’offre une qualité spéciale. Elle consiste à juger l’âme de chacun, à commencer par la mienne, en fonction de critères qui ne sont plus uniquement de ce monde. Vu du bas comme je l’ai sans doute souligné déjà, on a le nez sur le cul des choses, la vérité du monde est bien différente. Les lois de la nature dégagent un parfum qui n’a plus rien à voir avec les arômes subtils de la grande cuisine. Le bourgeois quand il chie ça pue. En rien il n’échappe à la nature éphémère et pourrissante de la matière. Aucune fragrance divine et qui couterait la peau des couilles ne le met à l’abri d’une bonne odeur de merde et de mort. Sanction inéluctable à l’issue de son temps de service. En changeant quelques pièces détachées de la machine, il pourra même tenir une petite centaine d’années. Mais dans quel pitoyable état, pauvre saloperie larmoyante et parasite. Sourd et aveugle de la vraie condition humaine. Et pour une raison très simple. C’est le mystère crasseux de la vie et l’autre grand mystère est que nous sommes incapables de l’interroger en toute sincérité. La vérité est que nous ne voulons pas savoir. La vérité est que tous n’aspirons qu’à un but unique, traverser l’existence le plus béatement possible. La vie nous écrase parce qu’en vérité nous ne la supportons pas. Notre lâcheté est plus forte que le peu d’humanité encore présent dans l’âme après ces quelques millénaires de civilisation. La vérité nous aveugle, et le ventre plein, plutôt la certitude qu’il le sera le mois prochain et ceux qui suivent, suffit à l’étourdissement. Les perdus de la vie ont un pied dans l’interzone. Qualité rare. Pas tous ne le savent évidemment. Uniquement ceux dont la conscience s’aiguise dans le calvaire des visions d’horreur. Les empreintes négatives d’une existence vouée à la ruine. La disgrâce invariablement prend le chemin de la folie. Une logique découlant de destins illogiques. Et nous retrouvons en bout de chaîne des fous, ce qui est tout aussi logique. Ces fous dans leur damnation touchent ne serait-ce que du bout d’un doigt de pied, une grâce dont la valeur restera à jamais inconnu du bourgeois gras du ventre et de l’esprit. Ils voient le malheur absolu, et rien que pour ça, je me dis que ça vaut le coup. ..

                   http://www.youtube.com/watch?v=RWa7CLAJI1k&feature=related

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