Flash-Black - Chapitre 3

Juliet

-Et Hiroki ?
Somnolence. Avachi sur le bureau qui lui tient lieu d'oreiller, un corps dort. Ou du moins, il essaie tout en faisant semblant. Les murmures autour de lui sont source d'agitation intérieure, et dans chaque recoin de son cerveau où Tsuzuku cherche le sommeil, il ne le trouve pas. Ça a creusé des ridules d'irritation sur son front et, parce que malgré lui ses sourcils se sont froncés, trahissant son éveil, Miyavi a tapé d'une main sur son épaule. Le choc du coup fut tel que Tsuzuku, se redressant en sursaut, dévisagea son camarade avec une surprise qui en oubliait toute notion de colère.
-Quoi ? dit-il.
-Eh, Tsuzuku, le railla gentiment Miyavi, tu devrais arrêter de faire ça, tu sais ? Ce n'est pas en cessant toute activité cérébrale que tu retrouveras la mémoire.
-Cela tombe bien, rétorqua-t-il aussitôt, car mon but est justement de perdre à nouveau la mémoire dans l'espoir d'oublier qu'un mec aussi ennuyeux que toi existe.


Sur ces mots, Tsuzuku de se raidir, droit sur sa chaise, le regard fixement rivé en face de lui, comme il faisait mine d'écouter le débit de paroles incessant du professeur pour mieux ostensiblement ignorer Miyavi. Mais au milieu de ces bavardages intempestifs, il eût été difficile de croire que Tsuzuku pouvait entendre quoi que ce fût, aussi Miyavi revint à la charge, tranquille.
-Tu n'as pas répondu à ma question.
-Quelle question ? s'enquit Tsuzuku en se reprochant aussitôt son manque de volonté.
-À la fin, tu es presque irritant, tu sais. Je te parle de Hiroki. Tu comptes encore le rencontrer ?

Miyavi eût été une espèce volatile géante dotée de plumes multicolores que Tsuzuku ne l'eût pas regardé plus bizarrement. Dévisageant son camarade comme s'il avait en face de lui une nouvelle espèce jamais découverte, il semblait se demander si la nature de ce spécimen unique était dangereuse ou inoffensive.
-Excuse-moi… avança-t-il prudemment, craignant de réveiller quelque agressivité en cette créature. Qui est Hiroki ?
Les rôles s'inversèrent sans transition, et cette fois c'est Miyavi qui observait Tsuzuku de cet air condescendant mêlé d'admiration et de crainte. Réprimant un soupir de lassitude, Miyavi s'est penché vers le bureau de son voisin. Sentant un contact sur ses genoux, Tsuzuku a baissé les yeux.
-Je… bredouilla-t-il, hésitant. Non, merci. Je n'ai pas envie de lire.
Et Tsuzuku de tendre innocemment le magazine à son camarade qui, cette fois, ne semblait plus rire du tout.
-Tu plaisantes, j'espère ?
Tsuzuku a fait non de la tête. Silencieux, il gardait les bras tendus vers Miyavi, ignorant son regard qu'il voyait petit à petit s'emplir de dégoût. Miyavi ne le voyait pas, mais les bras tendus de Tsuzuku tremblaient. Appuyant ses coudes sur le bureau, Miyavi a plongé son visage dans ses mains.
-L'homme en couverture, lâcha-t-il. Hiroki Takeda. Tu ne peux pas avoir oublié le plus populaire acteur du Japon.
Hiroki Takeda. Un corps finement sculpté dans la pierre, un sourire doux dessiné par des lèvres tracées par une main divine, des boucles brunes s'évanouissant sur ses larges épaules, des yeux dont la clarté frôlaient la transparence, des yeux peints d'une aquarelle bleue, couleur sacrée que l'eau avait diluée pour former un Paradis évanescent et insaisissable. Hiroki ou l'homme dans la douceur, Hiroki ou la force tranquille. Les yeux de Tsuzuku ont plongé dans cette image comme un corps gelé par l'hiver s'enfonce dans l'eau délicieusement brûlante.
-Alors ?
Tsuzuku relève la tête. L'inquiétude qu'il croit lire dans les yeux de Miyavi, il ne comprend pas la raison de sa présence.
-Hiroki, murmure Miyavi comme un secret. Tu veux toujours le voir ?
-Tu veux dire que je voulais rencontrer cette personne, moi ?

D'un seul coup, Miyavi ressent, telle un coup de massue sur la tête, une fatigue intense prendre son crâne. Plaquant ses mains sur ses tempes, il a fermé les yeux dans la douleur.
-Comment peux-tu ne pas t'en souvenir ? Cet homme, alors que tu ne le connais qu'en tant que célébrité, tu semblais l'aimer comme s'il était ton père, ton meilleur ami, ton frère, ton amant… Tu semblais l'aimer comme s'il était tout ça à la fois.
Lorsque Miyavi a rouvert les yeux, Tsuzuku a reçu un choc en pleine poitrine. Il était de profil, Miyavi, mais il avait la tête dressée et ses longues mèches noires caressant ses bras nus ne pouvaient pas cacher les larmes dans ses yeux.
-Je ne pensais pas… Je ne pensais pas ressentir ça juste parce que tu ne te souviens pas d'un acteur.

Miyavi rit. Il a son poing replié appuyé contre sa bouche, et il rit. Nerveux. Il regarde droit devant lui, la tête haute, le visage ruisselant de larmes, et il rit. Et si Tsuzuku demeure impuissant face à ces larmes impromptues, Miyavi n'en connaît pas plus la raison. Miyavi pleure et dans l'agitation de toute la classe dispersée dans ses occupations futiles et diverses, noyée dans le brouhaha incessant, personne ne s'en rend compte. Personne, si ce n'est Tsuzuku qui sent à chaque seconde un peu plus son cœur se serrer.
-C'est ridicule, non ? Mais tu l'adorais si fort, un amour à ce stade-là n'avait plus rien à voir avec du fanatisme, c'était juste… Je sais que c'est idiot de pleurer pour ça, il n'est qu'une star après tout, et tu ne l'as jamais connu personnellement, mais je ne sais pas, tu ne te souviens pas de lui, et c'est comme si tu…

« Et c'est comme si tu avais perdu une raison d'être. »
Miyavi serre les dents. Les larmes perdurent encore sur ses joues mais si son corps se secoue, ce ne sont plus que les rires qui l'animent. Des rires irrépressibles qui surgissent au rythme de ses pensées, éclatent au rythme de ses sentiments surgissant pêle-mêle dans l'hétérogénéité du paradoxe et de l'absurde. Plus il rit, moins Miyavi comprend et moins il comprend, plus il rit.
« Tsuzuku va me prendre pour un fou, si je continue comme ça. »
-Je me souviens très bien de cet acteur.
Miyavi a un hoquet. Il tourne la tête vers Tsuzuku, et ses grands yeux sombres trahissent sa stupeur. Bien sûr, il a mis en doute la parole de Tsuzuku, pensant qu'il n'avait voulu que le consoler. Mais Tsuzuku ne mentait pas. Miyavi le sentait. Miyavi renifle, et dans un pale sourire d'excuse, essuie ses joue d'un revers de manche.
-Mais si je me souviens très bien de lui, je ne me souviens pas lui avoir eu le moindre attachement.

Au final, c'était peut-être pire. Lorsque Miyavi a vu revenir sur ses genoux le visage de Hiroki à jamais figé dans le temps, il a eu cette pensée triste, si triste que sur son visage s'était peinte la grisaille morne de l'automne intérieur. La pensée qu'un être jamais ne pouvait être aimé aussi longtemps qu'il vivait.












-Vous prétendez vraiment pouvoir me consoler ?
De la froideur, dans tous les sens du terme. La froideur d'une voix brisée en des milliers de débris de glace tranchants, la froideur d'un regard qui se détourne, la froideur d'un cœur abandonné par la chaleur, la froideur d'une âme qui peu à peu sent la vie la déserter, la froideur d'un corps aussi. Le corps est presque nu sous sa chemise d'hôpital trop grande dont les manches courtes glissent sur les épaules. Sur le lit défait, le corps est là, ses jambes nues repliées, le buste droit, avec ce visage sempiternellement de profil qui semble ne pas vouloir changer de direction. La direction de la lumière du jour, une lumière que cette peau diaphane n'a jamais pu goûter qu'à travers une fenêtre depuis plusieurs mois déjà. Le corps est froid, couvert de frissons, un peu tremblant, contracté aussi, et pourtant dans toute sa faiblesse le corps est fort et tient bon. Il lutte contre ce qui l'a affaibli et contre lui-même. Parce que lui-même aussi s'affaiblit. Refusant sans vouloir se l'avouer de se soigner, le corps contribue à son propre affaiblissement. 
Uruha, ou l'antihéros de lui-même.
Les rayons du soleil d'avril semblent délayés par le filtrage à travers le double-vitrage qui le sépare du monde extérieur, et c'est une source de chaleur pâle qui vient tenter de réguler, en vain, le corps figé par le froid.

Il y a eu une vague de mouvement sur le lit. À peine perceptible, mais ça a brisé le monotone fil de pensées d'Uruha qui a mollement tourné la tête. Vu de face, son visage était troublant. C'est qu'il semblait si juvénile alors même que ses yeux ternes semblaient chargés du lourd poids d'une vie pénible et déjà trop longue. Tels ont été les sentiments d'Atsushi mais, ce que l'homme ne savait pas, c'est qu'au regard las d'Uruha la donne était la même pour tout le monde.
-Vous n'êtes pas crédible, Monsieur Sakurai. Si vous voulez pouvoir consoler quelqu'un, commencez par vous consoler vous-même.
Atsushi Sakurai lui sourit. Mais ces lèvres tendres qui essaient en voulant bien faire de mentir, ça ne conforte qu'un peu plus Uruha dans ses convictions. Désenchanté, le garçon détache son attention pour coller à nouveau sur cette vitre son regard vide.
-Ne reste pas à te morfondre comme ça. L'on t'a dit que tu pouvais commencer à sortir un peu.
-Je n'ai pas envie de sortir.

Uruha a parfaitement conscience qu'il ne sera pas cru. Peu importe. Lui, il regarde le ciel bleu à travers la fenêtre, il goûte le soleil tiède, un soleil malade qui n'a pas même la force de le réchauffer, et Uruha songe, comme ça, que le printemps d'avril n'est qu'une illusion. Une saison intermédiaire qui ne sert qu'à calmer la population mécontente de l'hiver et qui attend impatiemment les beaux jours. Une saison qui n'est ni belle, ni laide ; une saison sans personnalité en somme. Et si elle n'enlève rien, elle ne donne rien non plus. 
-Si c'est parce que tu es encore maladroit avec les béquilles, je peux te soutenir, tu sais.
-Je suis sûr qu'il est mort à cause de moi.

Uruha a baissé la tête. Derrière ses mèches emmêlées d'un brun-roux que le temps et la négligence ont terni, son profil est invisible. 
-Couvre-toi, Uruha.
Le drap blanc chiffonné et abandonné à son sort, Atsushi l'a déployé sur les épaules du garçon. Mais il n'y eut aucune réaction venant de cet être que l'apathie avait pris, et Atsushi, au fond de lui effrayé par la mort qui semblait le guetter, a pris dans ses bras l'adolescent éteint. Atsushi sourit pour pallier la désolation qui l'attente, et dans un geste paternel il appuie ses lèvres sur la joue pâle du garçon.
-Personne n'est mort par ta faute, Atsuaki, petit idiot. 
-Mais si je n'avais pas désiré aussi fort sa mort alors, peut-être serait-il toujours en vie.
Maintenant, Atsushi comprend. Cette apathie qui avait fait d'Uruha un garçon presque mort, elle n'avait servi qu'à maquiller la réalité. Une apparence extérieure morne et vide qui dissimulait un intérieur secoué par les vagues déferlantes de pensées et d'émotions. Des vagues sur lesquelles Uruha surfait dans un équilibre bancal et qu'une tempête croissante soulevait toujours un peu plus. Une seule fois. Il suffirait qu'il ne tombe une seule fois et Uruha à jamais serait englouti dans ces vagues obscures.
Un réflexe de terreur a posé la main d'Atsushi sur celle du garçon.
-Dis, Atsushi, est-ce que tu me détestes ? Pour avoir voulu à ce point qu'il meure, est-ce que tu me détestes ?
La main d'Atsushi quitte celle du garçon pour remonter délicatement le long de son bras. Lui, il a frissonné, mais n'a rien dit. Même lorsqu'il a senti les bras d'Atsushi se glisser autour de son cou et la poitrine chaude de l'homme appuyée contre son dos, il a continué à se taire.
-Tu n'as tué personne.
Uruha sourit, mais son sourire ne vaut rien si ce n'est le fond de son regard. Une tristesse inatteignable.
-Bien sûr, il fallait que tu mentes, n'est-ce pas ? susurre Uruha. Ce n'est pas grave, Monsieur. Vous pouvez mentir autant que vous le voulez. Je ne suis pas étranger au mensonge. Seulement, Monsieur Sakurai, laissez-moi vous dire une chose.


Est-ce que c'était de l'inquiétude causée par ce ton solennel ? En entendant ces mots, Atsushi s'est redressé brusquement, desserrant son étreinte. Non, c'était autre chose. Plus que de l'inquiétude, c'est la surprise qui avait animé l'homme. Et dans le ciel de nuit noir de ses yeux une lueur a vu le jour, car derrière cette franche solennité qu'il avait sentie dans le ton d'Uruha, Atsushi avait décelé, oui, il avait décelé la vie. Lorsque l'homme d'un seul bond s'est retrouvé en face de lui, lorsqu'ils se retrouvèrent tous deux assis les jambes pliées avec seulement quelques centimètres pour séparer leurs visages, Atsushi était animé par un courant d'espoir.
Le sourire triste d'Uruha s'est éteint et subitement, ce n'était plus un garçon malade qui lui faisait face. C'était autre chose. Elle était là, oui, elle était là depuis le début, silencieuse et bien cachée, inaudible, inodore et invisible et pourtant elle était là, pleine, palpitante de vie. La volonté d'Uruha perdue au milieu de toute sa souffrance et qui cherchait désespérément la sortie de cet inextricable labyrinthe.
-Si vous êtes en colère contre le garçon cruel que j'ai été, Atsushi, alors, ce garçon-là, prenez son corps pour en faire ce que vous voulez.

Bien sûr, Atsushi ne s'est pas fait prier. C'est qu'il cachait bien son jeu, Atsushi, avec ses gestes pudiques et sa tendresse qui le faisaient ressembler en toutes circonstances à un père. Mais quand l'occasion lui était donnée, lorsque l'offre prenait les devants sur la demande alors, Atsushi Sakurai laissait libre cours à ses plus profonds désirs.
Une fois que l'intimité d'Uruha ne résidait plus qu'en un short blanc épousant les rondeurs de son anatomie, Atsushi sans un mot l'a saisi par les épaules, et délicatement, l'amena à se retrouver en position allongée, ventre contre le matelas.
Et l'homme a enjambé l'adolescent, et l'homme s'est penché et, à l'instant même où ses mains s'appuyaient sur ses muscles noués par l'angoisse, Uruha a fermé les yeux.
Goûtant et savourant jusqu'à la lie et la liesse la volupté des paumes d'Atsushi qui guérissaient ses maux partout où ils passaient, dénouant les nerfs et détendant les muscles, Takeshima Atsuaki, bercé par la confiance, a laissé le sommeil avoir raison de lui.











-Tu es fâché contre moi, à cause du bisou ?
Altitude. Un monde qui défie les gratte-ciels, vise les nuages, s'enveloppe du ciel. Ici, le paysage n'est que béton et boules de coton ; les bâtiments fièrement dressés qui perdent leurs sommets dans les nuages comme des amants passionnés contre la poitrine confortable de l'être aimé, et la vie animée en bas n'est que fourmilière et grains de poussières. Allongé sur le toit, c'est un immense drap bleu parsemé d'irrégulières taches blanches qui nous recouvre tout entier, et le monde avec, sans même se faire sentir. Paisible. L'espace entre le corps et le drap bleu qui le protège est infime et pourtant, cet espace-là, invisible, est assez grand pour abriter des oiseaux. Dans des croassements que le printemps semble encourager, des corbeaux tracent leurs routes, d'autres s'attardent sur les têtes immenses et incassables des buildings, certains même virevoltent impunément dans toute leur allégresse comme si le drap bleu qui les recouvrait, au lieu d'entraver leurs mouvements, les galvanisait dans cette folie volatile.
Finalement, partager un drap même infini avec tout un monde, ce n'est pas de tout repos. Il y a des sommeils qu'il vaut mieux passer seul et, sa tranquillité troublée, Tsuzuku grimace. Il déteste les corbeaux, pourtant ils ne sont pas la cause de ce subit désagrément.
C'est que la douceur peut parfois se faire bien plus crispante que l'âpreté. Figé dans son vain contentement, Tsuzuku était là, le corps allongé, un bras croisé sous sa nuque, et l'autre tendu à la verticale au bout duquel trônait un téléphone dont le turquoise scintillant irradiait sous les rayons.
Lorsque Tsuzuku a lâché le soupir retenu dans ses poumons, tout son corps s'est détendu. Sa main n'a pas lâché le téléphone, mais sagement posée sur sa poitrine, elle semblait intimer à l'intrus de s'approcher. C'est du moins ce qu'a librement interprété Kohara Kazamasa et l'adolescent, craintif, s'est avancé avec hésitation jusqu'à son ami.
Ce dernier, plutôt que de lui prêter attention, jugeait plus appréciable de perdre son regard dans la contemplation du ciel. Un ciel de printemps qui vous donnait envie d'y voyager… Tsuzuku ferme les yeux. Ah, oui, le ciel… Un ciel si beau, finalement, n'était-ce pas dangereux ? Il suffisait d'être un peu trop naïf, un peu trop rêveur, un peu trop désespéré aussi pour voir en ce ciel infiniment bleu une promesse de félicité éternelle. Et qu'existait-il de plus précieux qu'une éternelle félicité ? N'était-elle pas la raison d'être et le but de tout être vivant en ce monde ? Une paix et un bonheur sans fin, oui…

Ah, ce ciel bleu, charlatan, qui n'a jamais fait depuis le début de son existence qu'une seule et unique promesse et qui n'a jamais été foutu de tenir celle-là. Un ciel bleu, qu'était-ce sinon une entité trompeuse et dangereuse qui attirait à elle tous ceux qui étaient trop faibles ou trop tristes pour continuer de vivre dans ce monde qui, lui, n'avait rien à promettre ?
Trompeur, manipulateur, menteur, invective Tsuzuku. Salaud, tu profites de ceux qui n'ont rien ici pour les attirer à toi comme un pervers bourré de fric attire dans son lit une pauvrette morte de faim. Salaud. T'es dégueulasse, tu sais ? T'es sacrément beau quand tu le veux, mais putain, t'es dégueulasse.
-Tsuzuku ? fait une petite voix timide.

C'était une pincée de sucre dans un plat décidément trop amer. Se flagellant intérieurement pour sa propre faiblesse, Tsuzuku ouvre les yeux.
-Je ne serais pas en colère si longtemps pour un pauvre bisou, enfin.
Shou fait la moue. C'était peut-être le « pauvre » qu'il avait trouvé en trop dans cette phrase destinée à le rassurer, c'était peut-être sinon le fait que Tsuzuku ne le regardait toujours pas. Et qu'il semblait en colère. Mais cette colère, Shou était bien loin d'imaginer qu'elle n'était pas contre lui dirigée.
-Je pensais que tu étais fâché, parce que tu ne répondais pas au téléphone.
Shou sourit. Il ne l'a pas fait exprès, il ne l'aurait pas fait s'il avait réalisé, mais spontanément, il a souri. Parce que Tsuzuku avait tourné la tête vers lui et que ses yeux bleus lui étaient dédiés.
-Que racontes-tu ? Je n'ai rien reçu de toi sur mon téléphone.
-Tsuzuku, tu te moques de moi, protesta le garçon qui ne savait s'il devait croire en l'honnêteté de son ami ou non. Je n'ai fait que t'envoyer des messages hier soir, et tu n'as pas répondu.

Cette déclaration a suffi à lasser Tsuzuku qui se demanda alors pourquoi diable est-ce qu'une personne pouvait être capable de se montrer aussi envahissante sous le couvert de l'amitié. Que pouvait avoir donc de si intéressant et primordial à dire Kohara Kazamasa pour consacrer tant de temps à l'envoi de messages ? Futilités, sans doute. Venant de Kohara Kazamasa, Tsuzuku ne voyait pas grand-chose d'autre.
-Tsuzuku… tu as changé de téléphone ?
Les yeux ronds, Kazamasa pointe du bout du doigt l'objet turquoise fermement tenu dans la main de Tsuzuku. Celui-ci d'un seul bond se redresse. Plaquant ses mains contre sa poitrine, il dissimule le téléphone comme une relique sacrée. Hébété, Shou ne souffle mot, mais son regard l'interroge.
-Bien sûr, répond Tsuzuku qui ne cachait pas son irritation. Tu n'étais même pas au courant ?
-Comment aurais-je pu savoir que tu avais changé de téléphone si tu ne me le dis pas ? se défendit le garçon, plaintif.
-Tu n'es pas obligé de gémir, rétorqua son camarade de plus belle. Je… Ah, bien ! Il n'est pas étonnant que je n'aie rien reçu de toi si tu n'as même pas le bon numéro !
-Depuis quand as-tu ce téléphone, Tsuzuku ? 
-Trois mois, je suppose, répondit Tsuzuku qui ne s'en souvenait plus et s'en moquait éperdument.
-Tsuzuku, il y a trois mois, tu étais dans le coma.
-Alors, je l'ai eu avant ça.
-Avant ça, tu avais cet ancien téléphone, tu sais, le rose… D'ailleurs, c'est sur celui-là que tu as répondu il y a quelques jours, lorsque je t'envoyais des messages parce qu'il était interdit de te voir à l'hôpital…
-Oh… La ligne n'a pas encore été coupée, aussi il m'arrive de temps en temps de l'utiliser, hasarda Tsuzuku. Néanmoins, si tu veux être certain de pouvoir me contacter, utilise mon nouveau numéro.

À vrai dire, Tsuzuku aurait bien été soulagé de n'avoir à faire pareille chose, lui qui se sentait d'ores et déjà menacé par cette quantité de messages qu'il n'avait pas reçus et qui pourtant, lui semblaient impitoyablement écrasants. De la patience et de la compréhension pour répondre à une telle sollicitation qu'il approchait plutôt comme du harcèlement, Tsuzuku ne se sentait pas le courage d'en avoir, et donner un tel pouvoir à Kohara Kazamasa n'était pas sans lui donner quelques appréhensions. Mais il y avait un point que la mémoire de Tsuzuku n'avait pas oublié. Shou était son ami.
Et bon gré mal gré, il agirait comme tel.













-Ce n'est pas possible…
-Que dis-tu ?
-J'ai dit, mince, que ce n'était pas possible. Ça a recommencé.
-Si ça a recommencé, c'est que c'était possible.
-Tais-toi, imbécile. 
-Au fait, qu'est-ce qui a recommencé ?
-Quoi ? Je peux savoir ce que tu fais, depuis ce matin ?
-Absolument rien.
-Et ton cerveau non plus ne fait rien. Suis-tu seulement ce qui se passe ici ?
-J'ai suivi le retour fracassant de Tsuzuku. Après ça…
-Ah, mince, ta vie ne se résume qu'à dormir, de toute façon. Navré de t'avoir réveillé, tu peux retourner dans tes rêves.
-Rêver ne me dira pas ce qui est arrivé pour te mettre de si mauvais poil.
-Eh, Tora, tu es vraiment sérieux ? 
-Je sais bien que c'est rare, et bien que cela arrive contre mon gré, oui, je suis sérieux.
-Alors, tu vas me dire que tu n'as rien remarqué depuis ce matin ?
-Absolument rien. Enfin… Attends, maintenant que tu le dis… Tu as raison, il y a quelque chose d'étrange.
-Enfin ! Qu'as-tu vu ?
-J'étais encore plus beau dans le miroir ce matin. Tu ne trouves pas que c'est étrange ? Je veux dire… Ma beauté va finir par en devenir indécente.
-Sérieusement, Tora, va mourir.
-Et l'humour, tu en as déjà entendu parler ? Bien… D'accord, je n'ai rien remarqué depuis ce matin.
-Vraiment, tu dois vivre avec un bandeau sur les yeux pour être si aveugle. Il y a que Mahiro est revenu, imbécile.
-Pardon ? C'est cette nouvelle qui semble à ce point influer sur ton humeur ? Excuse-moi, mon grand, mais l'aveugle, c'est toi. Je te signale que Mahiro est revenu il y a deux jours de cela. De toute façon, lui… Il va, il vient, c'est comme il veut quoi. Lorsqu'il n'a pas d'argent pour s'amuser en ville, il se résigne à venir en cours.
-Bien sûr, ce n'est pas ce que je te dis, idiot. Mais Mahiro… Ce matin, Tsuzuku a eu des problèmes.
-Comment ?! Saegami Tsuzuku, celui qui est dans notre classe ?!
-Tu connais beaucoup d'autres garçons avec un tel nom, idiot ?! Qui d'autre, sinon ce Tsuzuku ?
-Attends. Lorsque tu dis que Tsuzuku a eu des problèmes… Tu fais allusion à Mahiro ?
-En personne.
-Ne me dis pas qu'il a…
-Si.
-Oh non.
-Oh oui.
-Mais, Tsuzuku… D'ordinaire, Mahiro ne s'en prend jamais à ceux de notre classe. Mais Tsuzuku ! Je ne comprends pas. Tsuzuku et lui s'entendaient bien.
-Hein ? Oui, tu as raison… Je t'avoue ne pas comprendre non plus ce qui arrive à Mahiro. 
-Enfin… Ce n'est pas forcément une attaque personnelle de la part de Mahiro, tu comprends ?
-Ce que je comprends, c'est que Mahiro a ciblé Tsuzuku et que Tsuzuku, maintenant, il est dans la mouise. Enfin, excuse-moi, mais Mahiro avait tout un lycée à sa disposition, et il a choisi Tsuzuku ? Tu dis que ce n'est pas une attaque personnelle, mais je réponds qu'on ne s'en prend pas à un ami.
-De là à prétendre qu'ils étaient amis…
-Bien sûr qu'ils l'étaient.
-Je n'ai jamais vu la moindre amitié entre Tsuzuku et Mahiro. En fait, je n'ai jamais vu la moindre amitié entre Mahiro et qui que ce soit.
-Pardon ? Mais que racontes-tu ? Mahiro, tout le monde le laisse faire, parce que tout le monde l'aime bien.
-Tout le monde le laisse faire parce qu'il ne s'en prend pas à notre classe. Le reste vous rend indifférent.
-N'empêche que, s'en prendre à Tsuzuku, comme ça…
-Tu me les casses avec Tsuzuku. Ils n'étaient pas amis. Ne crois pas qu'être capable de rire avec une personne lui donne une place dans notre coeur. Que ce soit Tsuzuku ou un autre, ça ne faisait aucune différence de poids sur la conscience de Mahiro.
-Et qu'en sais-tu, toi, des relations qu'entretient Mahiro avec les autres ?
-Tu me demandes ce que j'en sais ?
-Oui. Toi, Mahiro… Tu lui adresses à peine la parole.
-Peut-être bien. Mais laisse-moi te dire, toi qui crois tout savoir, que si je connais parfaitement les amis de Mahiro, c'est parce que Mahiro n'a qu'un seul ami. Et que cet ami, ce n'est autre que moi.










-Je suis ravi de faire ta connaissance dans de si heureuses circonstances.
Au début, Mahiro a été surpris. Surpris, parce que l'idée l'a traversé que l'on ne pouvait sans doute pas « faire connaissance » avec une personne que l'on connaissait depuis si longtemps. Alors forcément, ces paroles ont eu un effet discordant dans son esprit, bouleversant la logique, troublant la réalité, et Mahiro s'est demandé si au final, c'était bien le Tsuzuku qu'il connaissait qu'il avait en face de lui. Peut-être qu'au fond, ce garçon dont il connaissait par cœur le visage faisait réellement sa connaissance pour la première fois. Alors, oui, au début, Mahiro a été surpris. Mais il a été inquiet ensuite. Inquiet, parce que les « si heureuses circonstances » dont Tsuzuku avait parlé sonnaient comme une ironie. Et que c'en était indubitablement une, parce que là, dans la position actuelle dans la quelle il se trouvait, Mahiro ne voyait aucune heureuse circonstance. Alors, c'était de l'ironie, et il y avait de quoi s'inquiéter. Ou bien ces paroles étaient-elles foncièrement sincères, et dans ce cas-là, ce que son interlocuteur avait appelé « heureuses circonstances » ne l'étaient que pour lui-même, mais pas pour Mahiro.
Dans tous les cas, Mahiro était inquiet. Ça lui importait peu de l'être à vrai dire, tout comme il lui importait peu de ne trouver aucune sécurité dans ces « si heureuses circonstances » ; le seul souci que Mahiro avait était de ne pas laisser un seul instant son visage trahir ses émotions. Et Mahiro y parvenait à merveilles, maître en la matière qu'il était. Virtuose, maestro : tel était et se savait Mahiro en ce qui s'agissait de dissimuler la moindre des émotions, même celles qu'il n'avait conscience de ressentir.
Mahiro, il était inexpressif, il était morne, et si ses yeux scintillaient, ce n'était que le soleil tapant à travers la vitre qui les avivait. Le soleil. Ah, oui, le soleil… Instinctivement, Mahiro a posé sa main en visière. Il l'a abaissée lorsqu'à la place du soleil, il y eut tout contre lui le visage de Tsuzuku qui lui faisait délicieusement de l'ombre.
-Alors, dis-moi quel était ton but.

Mahiro a froncé les sourcils. Un but ? Quel but ? Si but Mahiro avait eu, alors il était sans conteste certain que Tsuzuku le savait déjà. Mais dans ce cas, pourquoi lui poser la question ?
-Je voudrais savoir, ajouta Tsuzuku comme s'il avait lu dans ses pensées. Alors, dépêche-toi de répondre, parce que je ne voudrais pas rester ici plus longtemps. Si quelqu'un nous surprenait, l'on se ferait des idées, tu vois.
Il fallait reconnaître que deux garçons enfermés seuls dans des toilettes scolaires, ça n'était pas sans risquer d'attiser quelques soupçons. D'autant plus que Mahiro était prisonnier contre le mur et Tsuzuku, rapproché à une distance qui avait depuis longtemps franchi le seuil de la décence, ne semblait pas vouloir le laisser fuir. Fuir. Mahiro s'est demandé s'il ressentait le désir ou la nécessité de fuir, et il ne faisait plus de doute que la réponse était non. Quelle utilité de fuir, devant Tsuzuku ?
Ce n'est pas comme si d'une manière ou d'une autre ce garçon représentait un danger.
Mahiro ne s'en rendait pas compte, mais il était en train de sourire. De toute façon, Mahiro, même s'il s'était vu dans un miroir, n'aurait pas réalisé l'incongruité de la situation. C'est que la situation en elle-même, il ne l'avait pas vraiment comprise. Mahiro pensait n'être pas en danger.
-Alors, quoi ? insiste Tsuzuku qui perd patience. Tout ce que tu voulais, c'était me parler, n'est-ce pas ? Tu n'as pas trouvé d'autre moyen que celui-là pour que je t'adresse la parole.
Mahiro n'a pas répondu. Il ne comprenait rien de rien, Mahiro, et il se fit la simple remarque que s'il avait seulement voulu parler à Tsuzuku alors, il serait venu à lui pour entamer une conversation.
-En fait, tu voulais simplement attirer l'attention sur toi. Tu es amoureux de moi ?

C'était de plus en plus étrange. Une fois de plus, les paroles de Tsuzuku lui apparaissaient comme en totale discordance avec la réalité. Elles n'avaient pas de sens, pas de raison d'être. 
Mais il faut dire que Mahiro avait omis un élément essentiel. Tsuzuku était amnésique. Et ce point capital n'entrait pas en compte dans le raisonnement chaotique de Mahiro. Il faut dire aussi que si Mahiro comme chacun avait été mis au courant de ce bouleversement en la personne même de Tsuzuku, il n'y croyait pas vraiment. Parce que Tsuzuku, s'il était une personne, il était aussi une mémoire. Une mémoire infaillible qui n'avait jamais besoin d'être ravivée par d'autres pour laisser pleinement exprimer ses talents. Et que Tsuzuku, sans sa mémoire, n'était plus vraiment Tsuzuku.
Ah, oui… Ce n'était pas Tsuzuku. Voilà pourquoi il avait parlé de faire connaissance. La réalité était que Mahiro et ce garçon avec qui il partageait une telle promiscuité ne se connaissaient pas.
-Écoute-moi, le travesti, trancha Tsuzuku comme il pointait son index sur le front du garçon. Bien que je ne comprenne pas réellement tes intentions, il va de soi que ce que tu voulais faire avant tout était d'attirer mon attention sur toi. Bien, mon attention est à toi à présent, mais alors, que comptes-tu en faire si tu t'obstines à te taire ?


Pourquoi diable Tsuzuku croyait-il que l'objectif de Mahiro avait été d'attirer son attention ? Il y comprenait de moins en moins, Mahiro, et s'il ne semblait pas disposé à parler, il était aussi vrai de dire que se taire n'était pas ce qu'il voulait. Mais Mahiro, face à ce débit trouble et incompréhensible de paroles, ne savait que répondre. Alors il se taisait, pensant que Tsuzuku finirait par se lasser de sa propre plaisanterie. Du moins Mahiro espérait-il que Tsuzuku plaisantait.
-Ne fais pas l'innocent, siffla Tsuzuku entre ses dents. Ce n'est pas en jouant les étonnés que tu feras tomber ma colère, pas plus que ma curiosité. Allez, dis-le. Ce que tu as fait, c'était dans le but d'attirer mon attention, et qu'importe si ce devait être en attisant ma colère. Si ce n'est pas le cas alors, dis-moi pourquoi aurais-tu été si flagrant ?

Ainsi donc, ce n'était qu'un malentendu. Malgré lui, Mahiro a poussé un long soupir. Mais si Tsuzuku le prit comme un affront, ce soupir n'exprimait que le profond soulagement du garçon. Un malentendu, pourquoi n'y avait-il donc pas songé plus tôt ? Si Tsuzuku se méprenait aussi grotesquement sur la nature des actes de Mahiro, ce n'était qu'une question de malentendus.
-Je ne savais pas que ce sac était le tien.
Tsuzuku a eu un mouvement de surprise. Un mouvement de surprise, chez Tsuzuku, c'est un pas en arrière, et un regard scrutateur qui en dit long sur sa méfiance.
-Tu te moques de moi.
-Je dis la vérité, Tsuzuku, répondit innocemment le garçon. Vraiment, j'ignorais que c'était à toi. Si je l'avais su, tu vois, je n'aurais pas…
-Tu savais pertinemment qu'il était à moi, coupa net Tsuzuku. Tu m'as vu venir en cours avec ce sac sur les épaules. 
-Je n'avais pas fait attention…
-Et nous étions les deux derniers dans les vestiaires, après le cours de sport. Ils étaient déjà tous partis, il ne restait que toi et moi, et à la fin, il ne restait plus que toi. Tu m'as vu partir sans ce sac. Je l'avais oublié dans la douche, et toi, évidemment, tu t'es bien gardé de me le rappeler. Tu as vu là une sacrée occasion de prendre de l'argent qui ne t'appartenait pas.
-Je suis sincèrement désolé, Tsuzuku, s'excusa Mahiro, piteux. Je te l'assure, je n'ai pas fait attention, et je n'ai pas remarqué que tu étais reparti en oubliant ton sac. Lorsque j'ai trouvé ce sac dans la douche, j'ai cru qu'il appartenait à un élève d'une autre classe. Alors, forcément, j'ai pris ce qu'il y avait dedans.
-La belle excuse, ironisa l'adolescent qui se mit à le toiser de haut. Tu ne crois pas que je vais gober ça ? Ce sac, tu savais parfaitement qu'il est à moi.
-Tsuzuku, je suis sincère ! À toi, je ne mentirais pas. Je pensais vraiment que ce sac appartenait à quelqu'un d'autre.

C'en était trop. Hypocrisie effrontée, peur évidente. Et elle tombait bien, cette peur. Elle était tout ce dont Tsuzuku avait besoin pour gagner son affaire. Lorsque les mains froides de Tsuzuku l'ont attiré à lui par le col, lorsque son front s'est retrouvé collé au sien, Mahiro un instant a laissé sa peur le trahir.
-Tes jolis mensonges destinés à m'attendrir ne suffiront en rien à expier tes fautes, le travesti, alors écoute-moi bien. Qu'il te fasse jouir et gonfler ton orgueil mal placé de commettre tes délits alors, libre à toi d'agir en amateur suicidaire. Mais jamais, tu entends, jamais plus ne laisse seulement l'idée te traverser de voler ce qui m'appartient car laisse-moi te dire, le travesti, que j'entrave toute liberté humaine là où j'estime qu'elle nuit.

Mahiro a baissé les yeux. Les raisons de ses larmes, Tsuzuku ne les a pas comprises. Est-ce parce qu'il avait honte ? Est-ce parce qu'il avait peur ? Était-ce la défaite amère et écrasante d'avoir été fait comme un rat ? Ou bien, ce dont Tsuzuku doutait par-dessus tout, était-ce parce qu'il était un garçon sincère qui vivait la détresse de ne pas être cru ?
Non, Tsuzuku ne pouvait pas le savoir. Il ne le voulait pas. Mahiro pleurait, sans faire de bruit, et c'était là une victoire trop savoureuse pour ne pas être goûtée. 
Mahiro pleurait, les yeux baissés, et Tsuzuku n'a pas pensé un seul instant que le garçon pouvait pleurer à cause du couteau pointé sur sa gorge.
-J'ai cru que… ce n'était pas le tien… parce que ce n'était pas ton nom qui était écrit dessus.

Lorsque Tsuzuku l'a relâché enfin, Mahiro ne pleurait plus. Dénaturé par les traces séchées de larmes, son visage était redevenu ce masque blanc inexpressif. Un masque de Nô qui aurait pu être celui de la mort. Et au fond de lui, Tsuzuku a ressenti cette crainte. Elle était irrationnelle, elle était absurde et pourtant, elle était là enfouie qui ne voulait se déloger. La crainte d'avoir en face de lui un mort, et d'être celui qui l'avait rendu ainsi. À l'état cadavérique. Mahiro, les épaules lâches, les lèvres affaissées, le regard vide, fixait Tsuzuku.
-Ce nom que tu as vu écrit n'est pas le mien. Il appartient à quelqu'un que j'ai connu jadis. Ce n'est qu'un souvenir. Alors, dorénavant, tâche de te souvenir de ce qui est à moi.
Mahiro a fait oui avec la tête. Mais son cœur, lui, ne pouvait pas répondre. Parce que son cœur ne savait pas encore. Il ne savait pas s'il serait capable de retenir, ni même de comprendre ce qui appartenait bel et bien à Saegami Tsuzuku. Mahiro a souri. Il était pâle et sans force, son sourire, sans conviction non plus et pourtant, s'il était là, c'est parce qu'il en avait eu la volonté.
C'était de la tendresse et de la tristesse. Rien que Tsuzuku n'était capable de comprendre.
Une tendresse envers Tsuzuku qui lui procurait ce désir fervent de le serrer dans ses bras et puis, la tristesse de savoir que serrer Tsuzuku dans ses bras était chose qu'il n'eût pas convenu de faire.
Lorsque Mahiro a fait mine d'ouvrir la porte des toilettes, une main l'a retenu.
-Laisse-moi te donner un conseil, Mahiro.
Il s'est retourné. Écarquillant ses grands yeux brillant de candeur sur lui, Mahiro l'a dévisagé. Mais le visage de Tsuzuku était trop proche du sien pour qu'il ne puisse conserver des idées innocentes.
Et si elles n'étaient pas de la même nature, les pensées de Tsuzuku perdaient de leur innocence aussi.
C'est du moins le sentiment percutant qu'a laissé en Mahiro le sourire torve que Tsuzuku présentait.
-Si tu veux devenir un bon voleur, alors, ne vole jamais sans le consentement de ta victime.

Repoussant brusquement le garçon de son chemin pour s'en aller le premier, Tsuzuku a laissés seuls Mahiro et, de ses pensées, le fil retors resserré autour de sa gorge.











-L'héroïque et angélique Tsuzuku pris en flagrant délit de port d'arme. C'est une chose à laquelle je n'aurais jamais pensé.

Défiance. Un regard bleu ciel, un regard nuit noire, et deux personnalités qui s'observent, se guettent, fauves tapis dans l'obscurité en attente de l'instant propice où il faudra surgir. Ne pas rater son coup. Ne pas rater la seconde. Entre deux lèvres étirées en un sourire sardonique, des canines qui semblent avoir été aiguisées par la soif de sang. Ridicule, pense Tsuzuku. Comment donc à dix-huit ans peut-on se prendre pour un vampire ?
-Il m'est d'avis que l'accident n'y est pour rien, Tsuzuku. Plutôt que de te rendre fou, il n'a fait que te réveiller sur ta véritable personnalité.
-Il n'y a rien de mal à se promener avec une arme si tant est que l'on ne s'en sert pas, se défendit Tsuzuku qui en rien ne faillait.

Sa proie future, qui était aussi son prédateur, a ri. Tournant en rond autour de ce point fixe qu'était Tsuzuku, il le dévorait des yeux comme un avant-goût de ce qu'il s'apprêtait à faire.
-Il me semble, Saegami, que tu t'en sois justement servi.
-Le travesti m'a volé de l'argent. Je n'ai fait que le reprendre.
-Mais le simple fait que tu l'aies découvert aurait dû suffire à ce qu'il te le rende. Tu ne devais pas le blesser.
Les dents de vampire de Tora sont devenues celles d'un chien. Un chien enragé qui brûle de désir de mordre mais qui pour cela doit arracher la laisse de sa conscience qui retient sa liberté de mouvements.
-Je ne l'ai pas blessé, je l'ai menacé.
-Il y avait une entaille sous son menton. À quoi penses-tu ? Dès que j'ai vu cela, je l'ai forcé à me dire ce qui s'était passé. Il n'a pas eu d'autre choix que de me dire qui était le coupable.
-Pour une simple entaille sous le menton… rit Tsuzuku, narquois. Tu es en train de me dire que tu m'as fait venir sur le toit de l'école pour ça ? Eh bien, je te présente mes excuses, si là est tout ce que tu veux. Cette blessure, je la lui ai infligée sans m'en rendre compte.
-De toute façon, tu ne devais pas toucher à Mahiro. Ce qu'il a fait ne justifiait pas une telle réaction.
-Je vois… Un garde du corps ? Non… Un chien de garde, envenima Tsuzuku qui suivait du regard les manèges incessants de sa proie prédatrice. Ce travesti, je n'allais tout de même pas lui laisser mon argent sans rien lui dire.
-Il te l'aurait rendu si tu le lui avais simplement demandé, idiot !
Le manège cessa de tourner. Figé dans sa colère, Tora faisait gronder à l'intérieur du ciel de nuit noir de ses yeux un orage dont bientôt, les éclairs vinrent frapper Tsuzuku.
-Ce gars aurait-il été à ce point terrorisé qu'il soit venu chialer dans tes bras ? Eh, toi… Tora, c'est bien cela ? Ce mec, je ne lui ai rien fait de mal, alors je ne vais pas te demander pardon pour une égratignure qui…
-En ce monde la seule personne qui ait le droit de l'approcher, c'est moi !
Tsuzuku éclata de rire. Sa gorge laissait éclater un rire effroyable, de ces rires d'une nature froide intrinsèquement étrangère à la gaieté et qui, de par-là même, ne ressemblent pas à des rires. Sa gorge trop blanche tendue en arrière, Tora l'a imaginée sublimée d'une touche écarlate.
Cette pensée traversait à peine son esprit que sans transition, le visage de Tsuzuku se retrouvait contre le sien.
-Toi, tu es jaloux, n'est-ce pas ? Il fallait le dire tout de suite, mon mignon, plutôt que de t'énerver tout seul. Est-ce que je pouvais savoir que cette chose ridicule avait un dérangé mégalomane et hyper possessif pour petit ami ?
Il l'aurait tué sur-le-champ, s'il l'avait pu. Et Tsuzuku le savait. Mais c'est parce que Tora le voulait aussi fort qu'il en était incapable que Tsuzuku, derrière tout le mépris que les traits crispés de son visage exposaient, jubilait.
-Toi, Tsuzuku… Lui et moi n'avons pas la relation que tu crois.
-Alors, Tora, peux-tu me dire qui es-tu pour ce garçon dont la propriété semble seule t'appartenir ? défia Tsuzuku qui se décidait d'ores et déjà à ne pas croire en ce qui serait incontestablement un mensonge.
-Moi ?
Et sur le coup, Tora a eu peur de mourir. De mourir de rire, lorsque ses lèvres se sont retroussées, lorsque ses yeux se sont plissés et que dans sa poitrine il a senti sa respiration perdre tout contrôle, 
Tora a plaqué une main sur sa bouche pour réprimer ce rire qui l'assaillait. Mais ses yeux que la pâleur de son visage faisait ressortir riaient pour lui, ils hurlaient toute son hilarité, clamaient sa victoire et, sans pudeur, exposaient une jouissance que rien, au regard désarçonné de Tsuzuku, rien ne pouvait expliquer. Et Tora, ses canines dissimulées derrière sa main, ressemblait plus que tout à un vampire.

-Moi, Tsuzuku, je suis son créancier.

Tsuzuku a craché. Même après que Tora fût parti, même après qu'il se fût retrouvé seul sur ce toit avec le soleil pour seul témoin, Tsuzuku a craché, encore et encore, sur le nom d'Amano Tora.
Mais ce qu'il voyait à ce point d'écoeurant dans ce nom, Tsuzuku ne le savait pas.











-Petit boudeur.
Uruha s'est retourné. Petite chose fragile égarée dans sa chemise de nuit trop grande, il a rivé de ses yeux ébahis le paradoxe humain qui, d'une voix si tendre, semblait lui faire un reproche.
-Mais je ne boudais pas, s'étonna Uruha qui en arrondit des yeux plus grands encore.
-Jai décidé qu'à partir de ce jour, tu t'appellerais ainsi.
Et sur cette péremptoire déclaration Sugihara Yasuhiro vint s'installer sur le lit, indifférent au fait que jamais il n'y avait été invité. La déstabilisation était telle qu'Uruha ne songea pas même à se fâcher et, dubitatif, il dévisageait sans rien dire son professeur assis de profil. Le dos courbé, le regard fixe et les mains croisées sur ses genoux, Sugihara Yasuhiro était ici comme il eût été n'importe où ailleurs : rêvant comme si personne n'était là pour le voir. Uruha a fait fi de son ressentiment face à ce manque d'attention pour penser qu'au final, une telle absence de la part de l'autre était idéale pour observer sans être vu ; et observer, lorsque la cible de mire avait le visage de Sugihara Yasuhiro, ce n'était pas pour déplaire au jeune homme qui se fondit dans une expectative délicieuse.
-Comment vas-tu, petit boudeur ?
Il y a eu un sursaut, un heurt, et un cri de protestation comme d'un geste violent Uruha frictionnait son crâne endolori. Sugizo l'a regardé faire, ébahi comme il se demandait ce qui arrivait, puis son rire a fini par résonner dans la pièce, allègre et sans pudeur, indifférent aux regards courroucés qu'il avait provoqués.
-Ne vous moquez pas de moi ! protesta Uruha qui cachait sa honte derrière l'indignation. C'est à cause de vous si je me suis cogné ! Vous m'avez fait peur !
-Petit boudeur, taquina tendrement l'homme comme il ébouriffa les cheveux du garçon. Suis-je si terrifiant que cela à te faire peur de la sorte ?
Vexé de ces moqueries qui ne lui voulaient pas de mal, mais touché de cette affection paternelle, Uruha baissa la tête pour dissimuler le rose montant à ses joues.
-J'ai été surpris, bougonna le garçon. Vous sembliez plongé dans vos pensées et, tandis que je me pensais tranquille pour un bon moment, vous vous êtes subitement mis à parler.
-En effet, petit boudeur reçoit de la visite mais ne s'attend visiblement pas à ce que les personnes qui viennent le voir lui adressent la parole.
-Ce n'est pas ce que je voulais dire ! protesta le garçon en repoussant vivement la main de l'homme. Et je ne suis pas un petit boudeur ! Je m'appelle Atsuaki !
Et, sur ces mots catégoriques, Uruha de saisir le drap et de s'y enfouir. Recroquevillé sous sa cachette, son corps se dessinait avec netteté sous la blancheur du drap, et à travers lui Sugihara Yasuhiro avait l'impression de voir prostré le garçon immobile.
-Que fais-tu ?
-Je boude, fit une voix étouffée.
-Tu es donc bien un petit boudeur.
-Vous vous moquiez de moi. Abstenez-vous de venir dans ce but.

L'homme a sursauté comme devant lui une apparition subite lui faisait face. Réapparu aussi vite qu'il avait disparu, Uruha était là assis sur le lit défait, les jambes repliées sous lui qui approchait son visage du sien. Un visage aussi candide que malade, aussi malade qu'enfantin, aussi enfantin qu'intrigué.
-En parlant de venir, d'ailleurs, vous ne deviez plus venir.
-Que racontes-tu ? s'étonna l'homme qui cacha mal sa mauvaise surprise. Tu ne m'as jamais dit que je ne devais plus venir.
Les yeux d'Uruha plongeaient dans les siens, et le garçon demeurait silencieux comme son regard insistant semblait réclamer quelque chose. Quelque chose, peut-être comme de l'honnêteté.
-Eh bien, c'est vrai, concéda à contrecoeur Sugihara Yasuhiro. Tu avais fait savoir le personnel de l'hôpital que tu ne voulais plus me voir, mais à moi, tu ne l'as pas dit, petit boudeur. Pour cette raison je continue à venir ; cela te servira de leçon, à n'avoir pas le cran de me dire les choses en face.
-J'ai bien plus de cran que vous ne le pensez, professeur, rétorqua Uruha, et laissez-moi vous rappeler que c'est vous qui avez laissé entendre que vous ne deviez plus venir me voir.
-Ai-je laissé jamais entendre une telle chose ? Excuse-moi, Atsuaki, mais tu fabules.
-Traitez-moi tout aussi bien de menteur. Vous savez pertinemment de quoi je parle, Sugizo.
Mais celui qui s'était fait appeler Sugizo ne savait pas, ou peut-être avait-il oublié. Toujours en était-il que face à l'accusation non dénuée de rancœur du garçon, Sugizo ne trouvait que dire.
-Sincèrement, je ne vois pas.
-Ce jour-là, où vous m'avez rejeté… Vous avez dit ne plus vouloir me voir.

Sugizo se souvient. Ah, oui… Ce jour-là. Il ne l'avait pas oublié, non ; il ne l'aurait pu même s'il l'avait voulu. Seulement, Sugizo n'aurait jamais imaginé alors que ces paroles prononcées en l'air pourraient avoir encore tant de temps après un tel impact sur l'esprit du jeune homme. Quand était-ce, déjà ? Il y a deux semaines… Deux semaines aussi longues que l'éternité.
-J'ai dit cela sur le coup de la colère, Uruha. Si je l'avais sincèrement pensé, crois-tu que je serais revenu te rendre visite ?
-Il m'eût plu que vous ne le fassiez pas, idiot.
Et face aux ridules de colère creusées sur le front de l'homme, Uruha a détourné les yeux, quelque peu honteux. Mais aussi amer. La frimousse candide d'enfant était redevenue un visage indolent d'adolescent.
-Pas si c'est pour me rejeter à nouveau.
-Tes sentiments sont bien changeants, lâcha Sugizo. Ce sont pourtant ces sentiments-là que tu disais sincères qui ont ruiné ma carrière.
Sugizo s'était redressé. Il ne lui a pas prêté attention, Uruha, et adossé au mur, les genoux repliés que ses bras entouraient, il ne quittait pas la fenêtre des yeux. Il s'imaginait la briser et la traverser pour venir se perdre dans ce ciel trop grand. Trop grand pour le petit oisillon aux ailes malhabiles qu'il était… Pour Uruha dans le fond, tout semblait trop grand. À commencer par Sugizo dont il sentait le regard sur lui vrillé.
-Il ne valait pas le coup que je perde ma carrière pour des sentiments qui s'effacent juste parce que l'amour propre s'en est pris un coup.
Traverser la fenêtre pour s'envoler dans l'immensité du bleu. Une grimace involontaire a tordu les lèvres d'Uruha et il a plaqué une main sur ses yeux qui soudainement le brûlaient. 
Ce n'était pas important, qu'il ne sache pas voler. Car il lui suffisait après tout seulement de traverser la fenêtre pour venir retrouver le ciel.
-Réponds-moi, sale gosse. Ce baiser, Uruha, m'a certes mis en colère sur le coup. Mais je t'ai pardonné. T'avais-je pardonné du moins, car j'ai pensé que tu n'étais qu'un adolescent amoureux de qui il ne fallait pas, et que tu étais le premier victime de tes propres sentiments. Seulement, Uruha, tu dis ne plus vouloir me voir parce que je t'ai repoussé, alors dis-moi, maintenant que j'aie été renvoyé à cause de ce baiser que tu m'as pris de force, dis-moi au nom de quoi ai-je perdu mon métier.
-Faites-moi l'amour.

Elle ne valait rien, la colère de Sugizo. Ou peut-être était-ce Uruha qui valait trop ; lui, mais ses paroles aussi. Ses paroles absurdes, dénuées de sens et de raison d'être, des paroles qui n'avaient rien à faire là, qui n'avaient rien à faire tout court d'ailleurs, et qui ne pouvaient en aucun cas s'imbriquer dans les rouages temporels du présent. Des paroles hors-sujet, mais en avaient-elles au moins un, de sujet ?
Le crâne appuyé contre le mur, Uruha a mollement tourné la tête vers l'homme. Ses lèvres tendres ont esquissé un brouillon de sourire.
-Je suis sérieux, Uruha. Je voudrais que tu écoutes ce que je te dis.
-Je vous écoute et suis tout aussi sérieux que vous, professeur -oui, après tout, vous serez pour moi toujours mon professeur. Mais après tout, que risquez-vous à présent ? Vous avez déjà été renvoyé, il ne peut plus rien vous arriver. Alors, venez, professeur. Venez à moi, cachez-vous avec moi sous les draps et puisque vous êtes libéré de votre morale professionnelle, déchargez en moi tout ce que vous avez. Allez, professeur, vous n'avez plus aucune raison de vous retenir maintenant, alors…

Atsuaki a porté sa main à sa joue. Et lorsqu'il a levé les yeux sur celle de Sugizo, il n'a vue qu'une forme trouble dénaturée par les larmes.
Il aurait voulu de toutes ses forces, Uruha. Il aurait voulu hurler, l'invectiver, lui sauter à la gorge, frapper son poing contre cette poitrine de fer, jusqu'à ce qu'il ne la détruise, oui, jusqu'à ce qu'il ne fasse éclater cette armure si froide et si dure et ne puisse arracher de ses propres mains le cœur contenu à l'intérieur. Ce cœur-là dont il rêvait et qu'il bouillait d'envie de tendre sous les yeux de l'homme pour que plus jamais, jamais Sugizo ne puisse le renier. 
Un cœur que Sugizo devait forcément avoir et qui, en cet instant même pourtant, semblait n'exister que dans l'esprit du garçon.
-Retiens bien une chose, Atsuaki. Une seule. Celui qui t'a repoussé si violemment ce jour-là, ce n'était pas un professeur enchaîné par sa morale.
Atsuaki a fermé les yeux et caché son visage au creux de ses genoux. Sugizo s'était penché et, plaquant ses mains sur le mur, enfermait le corps prostré du garçon entre ses bras tendus. Des muscles que la colère semblait prête à déchirer.

-Celui qui t'a repoussé ce jour-là, c'est tout simplement un homme qui ne veut pas de toi.


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