Igloo

Myc Martin

Igloo Chien Jack Russell Terrier (croisé)

Igloo, premier contact.

Les amis sont venus déjeuner chez nous.

Igloo tout jeune ne tient pas en place. Il joue, poursuivi par les enfants, il saute en rond dans la salle à manger, fauteuil, canapé, fauteuil, canapé, ...

Une boule d'énergie.



*

Tout petit Igloo, tu marches à côté de J.

Tu ralentis. Tu traînes une patte, tu boites bas. Tu lèves la tête vers J.

-"Tu as mal à une patte, Igloo ? Montre."

J se baisse, soulève la patte, regarde dessous, les coussinets. Un gravillon ? Il frotte avec sa main.

-"Là, ce n'est rien, c'est fini.""

Tu repars normalement.

Zut, il ne m'a pas cru, il ne veut pas me porter.



*

Je t'emmène sur la promenade, au bord de la rivière. Personne, je te détache dans la rue en descente. Tu vas, tu viens, tu sens partout, heureux d'être libre.

Un camping-car est garé sur la promenade. Des touristes de passage. L'auvent est déplié, la table et les chaises sont sorties. Pique-nique. Il fait beau, un endroit agréable pour une étape.

Ils ont un chien, gris, énorme, effrayant. Le monstre somnole, attaché au camping-car.

Tu te rues comme un seul chien, tu aboies comme un fou (à distance). Le molosse se met sur ses pattes, tend sa laisse, gronde.

La femme jaillit du camping-car, saisit son chien au collier, le lève debout contre elle. Il est plus grand qu'elle.

Alors... tu essaies de mordre les pattes arrière de ton ennemi, fort opportunément immobilisé.

-"Tenez votre chien ! Tenez votre chien !"

Je te rattrape par le collier, t'entraîne au loin.



*

Nous parcourons la promenade puis continuons sur un chemin plus sauvage, ombragé. Je te détache. Des vaches paissent.

Une fusée. Tu te campes devant une vache, tu aboies comme un possédé, tu fais mine d'attaquer. La vache laisse faire puis au bout d'un moment, agacée, elle baisse la tête, avance vers toi.

Alors... tu bats diplomatiquement en retraite. Tu passes sous la clôture électrique et te mets en sécurité sur le chemin.

Tu reprends de loin tes aboiements furieux contre la vache, perplexe.



*

Promenade. Tu es détaché. Des moutons dans un champ en pente.

Tu fonces. Pas trop près, pas trop loin, tu poursuis un lourd mouton, essaies de lui mordre les pattes, vous tournez en rond.

Je t'appelle, je m'énerve, tu n'obéis pas.

Au bout d'un moment, tu viens vers moi, penaud.



*

Dimanche soir, heure du retour en région parisienne, travail demain matin. Le break est prêt, bagages chargés. J au volant, C à côté. Les enfants attachés à l'arrière.

Dernière précaution, T emmène Igloo sur la promenade.

Le temps passe.

Enfin... T remonte de la promenade, cheveux collés, ruisselant, avec en laisse Igloo, frissonnant : T a lancé un bâton dans l'eau, Igloo en laisse a bondi comme le tigre du Bengale.

T est tombé dans la rivière.

Derrière le pare-brise, J et C sont deux statues.



*

Igloo reste chez l'oncle, qui aime bien les Braque de Weimar. Il prend Orphée, jeune chienne marron chocolat, toute en finesse et élégance.

Les chiens vont souvent dans la partie supérieure du jardin en pente, qui fait comme une marche. Sans muret pour délimiter, elle domine la cour devant la cuisine, sous la treille qui semble dans le prolongement du sol supérieur.

On sonne. Orphée s'engage sur la treille qui se dérobe sous elle. La chienne s'affale sur le carrelage de la cour, pattes en croix.

Igloo incrédule regarde la chienne aplatie.



*

Une route nationale très fréquentée enserre le village : le pont sur la rivière puis un virage serré d'où s'amorce une longue montée droite jusqu'au plateau, avec les champs à perte de vue.

Je vais chercher le pain. Dans le virage, un semi-remorque est à l'arrêt, une longue file de voitures derrière lui.

Tu divagues devant le camion au milieu de la route, fugueur qui ne sait où aller.

Voie libre, je t'appelle doucement, tu viens vers moi.



*

Descente vers la promenade, tu n'es pas en laisse.

Un chat.

Tu t'élances, il te nargue, t'échappe, des maisons, le chat disparaît dans l'étroit passage entre le mur latéral du bowling et l'arrière de la maison voisine.

Tu t'engages, t'engages loin, ça coince, tu forces. Bloqué. Gémissements plaintifs, impossible de faire marche arrière.

Je blêmis. Alerter les pompiers ?

Tu t'acharnes, t'acharnes, tu parviens à t'extraire enfin de ce piège, tout ébloui par la lumière, queue frétillante.



*

Nous recevons des amis, nous bavardons à table en soirée. V affolé surgit dans la salle à manger : "Igloo ! Igloo se noie !" Les enfants ont jeté un bâton dans la rivière, le chien a sauté à l'eau, rattrapé le bâton qu'il serre dans sa gueule. le courant l'a entraîné hors de vue.

Nous descendons vite à la rivière, nous engageons en éventail dans l'eau peu profonde, avec précaution (par endroits existent des trous sans fond). "Igloo ! Igloo !"

Nous l'apercevons près de la rive opposée, assez loin, avant le pont de la route nationale. Nous le récupérons, nous sommes réunis sur la promenade. Igloo, un peu désorienté, n'a pas lâché son bâton.

Il urine, urine contre le muret de la promenade, il restitue toute son eau à la rivière, des litres et des litres.

F dit plus tard : "tous les chiens savent nager, ils ne peuvent pas se noyer".



*

L'oncle et la tante sont partis pour la journée, nous te gardons. Tu n'es pas comme d'habitude. Hésitant, inquiet, timide.

La matinée passe, déjeuner. Puis un moment tranquille, pour une petite sieste.

Mais G s'active, range, salle à manger, garage. Tu es chien de compagnie, tu l'accompagnes.

Mais V joue, va, vient, parle, sort, rentre.

Tu le regardes et tu soupires.



*

Lorsque nous arrivons le soir, nous allons parfois étendre du linge dans l'appentis ouvert sur l'extérieur, sous le toit. Alors tu files dans le jardin en pente, par lequel tu accèdes au toit de la cuisine, en contrebas.

Tu te couches, tu passes ta tête au coin sous la tôle du toit, tu nous regardes étendre le linge.

"Bonjour Igloo."

Tu lèches ma main. Je te caresse.



*

L'oncle et la tante ont pris de l'âge, ils sont partis en appartement. Ils ne pouvaient pas t'emmener.

Ils t'ont donné.



Tu es attaché dans la cour de la ferme.

Tu as perdu un œil.



*


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