Intranquilles

Christian Lemoine

C’est peut-être parce que nous excitons les fantômes qu’ils ne sont jamais en paix. Que ne les laissons-nous pas reposer dans l’inconscient de leur néant ! Eux qui n’attendent rien, ne seront délivrés de nos remords que lorsque ne leur sera plus rien voué, que l’oubli. Plus une seule mémoire, plus aucun souvenir, même dans un cerveau rongé et mis en pièce où subsiste et s’obstine une dernière empreinte mnésique, plus une seule ligne des récits où ils s’imaginaient vivre encore. Errants qui n’avaient pour viatique que nos persistances rétiniennes. Nous ne les rejoindrons pas, aspirés à notre heure dans ce même siphon tourbillonnant qui les absorbera pour nous les soustraire. Un même vide qui nous précède, en quoi nos ancêtres ont inventé des drames pour ensemencer nos livres d’histoire. Ce même vide nous dissoudra jusqu’à l’ultime intelligence. Laissons reposer les fantômes, nous n’en serons jamais quittes.
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