Jan et Morrisson -8-

aile68

C'est un peu bizarre de se retrouver auprès de Morrisson, il est venu me chercher à la station des trains. Il n'a pas changé. J'ai l'impression de me retrouver dix ans plus tôt. C'est moi qui ai quitté la première notre petite ville, je lui ai téléphoné, il m'a dit à bientôt. Depuis plus de trace, quand je suis revenue voir mes parents, il était parti lui aussi, comme un fantôme. Je me rappelle ce que m'a dit sa mère, il a beaucoup souffert à cause de moi. Je ne demanderai rien à Morrisson à ce sujet.

"ça va?" je demande timidement.

D'où me vient cette timidité? Des dix années qui nous ont séparés certainement. Allons! C'est Morrisson qui se trouve à mes côtés. Le grand-frère, l'aîné... Non c'est fini tout ça. Nous avions tous grandi, Cindy, Mary, et les autres. Dans cette grande ville, je le voyais plus grand, plus distant. Allez! Souris-moi, dis-moi quelque chose.

"Je ne pensais pas qu'on se reverrait me dit-il avec un petit sourire.

- Moi non plus, j'avoue.

Mon sourire est plus franc que le sien.

- Et toi, ça? Me demande-t-il?

- Ouais je réponds machinalement.

- Bien!

On est là comme deux poteaux d'autrefois, qu'est-ce qu'on pourrait se dire? La vérité.

- En fait, j'avais besoin d'éclaircir un point j'ose lui dire.

- Ouais? Viens! On va se poser quelque part. Je t'offre un café? me dit-il avec un entrain soudain.

- Ouais c'est gentil!"

On entre dans un bar avec des flippers disposés dans un coin de la salle, un vieux juke-box qui me rappelle le Stars's de notre tendre jeunesse, jusqu'à l'accident. On s'installe confortablement l'un en face de l'autre, je le vois mieux comme ça, il n'a vraiment pas changé, il a juste un peu mûri.

- Alors? me lance-t-il, qu'es-tu devenue? Qu'est-ce qui t'amène à Chicago? Tu revois Cindy et Mary comme ça? C'est formidable! Et les autres?

- Je ne sais pas ce que sont devenus les autres. Jan est resté bloqué dans ma tête, je n'arrive pas à avancer Morrisson.

- Je comprends. C'est donc pour ça que tu m'as retrouvé. Tu as de bons indics! veut-il plaisanter, mais il ne sourit qu'à moitié.

Il continue, l'air plus sérieux:

- J'ai voulu t'oublier Paula. Pour avancer justement. Passer à autre chose. Je t'ai écrit cent lettres, que je n'ai jamais envoyées bien sûr.

- Qu'est-ce que disaient ces lettres Morrisson? Je demande, intriguée. ( C'est drôle quand je prononce son prénom, ça me fait du bien, comme le café que je bois, tiens!).

- C'est du passé Paula. Aujourd'hui je ne sais pas comment je dois me comporter avec toi, tu comprends? Me demande-t-il avec toute la bienveillance du monde.

Je sens des larmes me mouiller les yeux. 

- Oh! Non ne pleure pas me prie-t-il.

- Je ne pleure pas... je réponds en pleurnichant et en voulant sécher mes larmes.

- Qu'est-ce que j'ai dit? Je t'ai fait de la peine?

- Non, non ça va".

J'essaie de faire la brave, la vérité c'est que depuis toute à l'heure, le ton bienveillant de Morrisson me fait craquer.

(à suivre)

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