Je me souviens

Mitaine Crocq

C'est un petit coin de verdure étroit

que la cause a transformé en un champ de marbre dur et froid

lové dans le giron d'une colline pentue

séparé des bois par ce mur tout de mousse mordu

C'est un royaume par la lumière baigné

où se côtoient lettres rouillées et dorées

c'est un domaine d'éternité

où cohabitent encore regrettés et déjà oubliés

Ici le temps n'est plus ni roi ni loi

et l'on enjambe les siècles d'un seul pas

ici l'histoire tisse encore sa toile

avec souvent comme uniques spectatrices les étoiles

De jour tapis de gravier souvent foulé

d'une foule d'étrangers venue témoigner

amour, amitié, fidélité

partout gerbes, cadres, carrés de gravier bichonnés

De nuit domaine brusquement inquiétant

de ses pèlerins diurnes abandonné

inquiétés par ce silence oppressant

dérangés des formes par l'imagination mystifiées

Seul dans le noir mon pied foule cette chape humaine

seule sa quiétude rend mon âme sereine

effervescence et ostentation diurnes je fuis

pour m'y réfugier et devenir perméable à la nuit

Bien qu'opaque, la nuit éclaire ma vue

derrière mes yeux clos surgissent les disparus

je les ressens autour de moi

foulant mon seuil, frôlant mon bras

A bâbord sourire chaud et familier

droit devant, légère effluve du passé

comme l'été les senteurs de la terre s'accapare

la nuit en ces parcelles ranime nos Lazare.

Planté là je me souviens des êtres anciens et je ne pleure

juste une douce pression, là, tout près du coeur

un doux sentiment, fugace, enivrant

une pointe de respect, comme un partage avec les nous d'avant.

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