Je suis d'ailleurs

Dominique Capo

texte onirique

Il y a des lieux que je dissimule aux tréfonds de mon âme, qui dépassent les frontières de mon imagination. Il y a des émotions au cœur desquelles se mêlent lumières et ténèbres qui avalent des pans entiers de min interminable destinée. Il y a des rêves monstrueux et divins qui outrepassent la part d'humanité dont je suis doté.

Quand je regarde ce qui brule en moi depuis l'aube de l'Éternité, je contemple des Éons qui m'enrichissent démesurément. Quand je parcours les mille chemins sur lesquels mon humble destinée m'entraine, je ne peux que verser des larmes de saisissement :

Tant de beautés et tant d'horreurs, tant de joies et tant de détresses, tant de victoires et tant de défaites, tant de naissances et tant de morts. L'Homme, dont je suis depuis le commencement des Temps, et que je suivrai jusqu'au terme de son existence, est à la fois paradoxale et complexe, riche et pauvre de sagesse, doué de raison et de stupidité, savant et ignare, volontaire et couard. Il est aimant et haineux, croyant et imbécile, heureux et malheureux, doué et maladroit.

Tout cela, et bien davantage encore, se dissimule en lui depuis si longtemps ; que j'en ai oublié le moment où Ceux qui nous ont précédés lui ont accordé ces facultés. J'étais présent en ces Ères d'Avant ; mais je ne m'en souviens pas. Car mon imagination et mes souvenirs se confondent pour créer une autre Réalité. Et ils sont mes songes et mes cauchemars que ma chair et mon sang absorbent avec sidération. Ils me hantent jusqu'à ce que je les inscrive dans le Grand Livre qui n'a pas de nom.

Alors, finalement, que suis-je véritablement au regard de ces hommes et ces femmes attendant des Cieux qu'ils s'ouvrent pour les sauver ? Je ne suis en fait que l'ombre de leur ombre. Je ne suis que cette mini-seconde durant laquelle ils aperçoivent fugitivement le Grand Architecte de l'Univers dont je suis le bras armé. Je suis ni mort ni vivant ; juste l'observateur d'imaginaires, d'espoirs, de projets, de magnificences auxquels je suis incapable de contribuer. Uniquement les fixer en des ailleurs auxquels ils n'ont pas accès afin qu'ils ne soient jamais oubliés...

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