J’écris

Lucy Nuange

Dans ce champ, je renouvelle mes actes passés. La nuit se lève, à moi de vivre. Il y fait froid, comme dans mon âme. M est toujours là, au-dessus, brillante et pleine de charme. Je la laisse me parler, me tendre la main, ou me tuer. J'ai enlevé le talisman que je portais autour de mon cou meurtri, il y a de cela longtemps. J'ai la vague impression d'avoir entendu quelqu'un s'approcher. Ce n'est qu'un mirage, même la mort ne veut pas de moi. Je déambule sans vie dans un décor funeste et familier. J'ai froid. J'ai peur. Enfin, ça c'est ce que je ressens d'habitude. Mon esprit hurle dans ma tête les mots cinglants prononcés. Je n'ai plus la force de lutter. Ma déshumanisation se répète, pourtant, elle n'en est pas moins ma plus grande alliée. J'ai une douleur dans le ventre, ou serait-ce mon humanité qui me fait sentir sa présence ? Je l'ai noyé tels mes rêves. Dans le miroir, je me vois crever. Autour, le noir est total. Quelques lumières viennent me rappeler que la sortie n'est pas loin. Le train pourra-t-il un jour, avec ironie et espoir, déchiqueter mon âme à nue, pour enfin montrer au monde la brillance de mon être enfoui ? J'écris, en marchant. J'écris. Je n'ai plus que ma plume. J'écris. Je ne pleure plus. Je ne tremble plus. Je ne pense plus. Non, c'est mieux : j'écris.

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