Jeff Hanneman : mort d'un "assassin"

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La nouvelle est tombée le 3 mai dernier. A l'heure où certaines applications de smartphone vous alertent parfois le surlendemain pour un événement survenu l'avant-veille, celle-ci a fait l'effet d'une bombe chez les amateurs de metal.

Jeff Hanneman, icône de la scène thrash et membre fondateur de Slayer, est mort. Estoumagade, guitares en berne, palm mute thoracique. En un instant, la Marche funèbre s'est mise à résonner en saturé.

Passé le classique et, hélas, inutile « Pas possible… », le communiqué officiel de Slayer, le groupe qu'il avait fondé il y a plus de 30 ans, sonnait le glas : « Les membres de Slayer sont dévastés et vous informent que leur camarade et frère Jeff Hanneman nous a quittés à 11h ce matin près de chez lui dans le sud de la Californie. Hanneman était dans un hôpital de la région et souffrait de problèmes de foie.

« Il laisse derrière lui sa femme Kathy, sa sœur Kathy et ses frères Michael et Larry. Il nous manquera énormément. Puisse notre frère reposer en paix. »

Jeffrey John Hanneman, 49 ans, est donc décédé des suites d'une insuffisance hépatique. Il souffrait, par ailleurs, depuis deux ans de fasciite nécrosante, infection plus connue sous le nom de « maladie dévoreuse de chair » qu'il avait contracté après une morsure d'araignée dont il était un passionné et qui l'avait contraint à se retirer momentanément de la scène. Toutefois, à l'heure où nous écrivons, aucun lien n'a été établi entre la pathologie et la mort du musicien.

Petit-fils d'immigré allemand, Jeff a grandi à Riverside, en Californie. Amateur de sport, notamment de hockey sur glace, il se passionne également très tôt pour la musique.

En 1981, il arrondit encore ses fins de mois en travaillant dans la télé prospection lorsqu'il rencontre Kerry King. Ce dernier auditionne pour intégrer Ledger, un groupe de rock sudiste lorsqu'il entend Jeff jouer dans la pièce à côté. Attiré, King vient croiser le fer avec le grand blond sur l'une de leurs influences communes : Judas Priest. L'osmose est parfaite. Les deux hommes ne se quitteront plus jusqu'à la semi retraite d'Hanneman, en 2011, pour les raisons médicales que l'on connaît désormais.

Le tandem fonde Dragonslayer en 1982. Recrute le batteur Dave Lombardo et le chanteur-bassiste Tom Araya. Et le groupe de voir son nom raccourci. Laissons les dragons à saint Georges, le quatuor s'appelle désormais Slayer(1) (littéralement "assassin") et s'apprête, à l'image de groupes comme Metallica, Anthrax et Megadeth avec qui il constituera le solide Big Four du thrash metal, à dévaster une scène hard américaine moribonde : « Quand on a commencé, je pensais qu'on ne pourrait arriver à rien si on ne faisait pas de chansons d'amour », confiait Hanneman au magazine Terrorizer, en 2001. « Ce n'était pas vraiment ce que je voulais faire (…) Puis, le punk est arrivé, plein d'agressivité et j'ai sauté dans ce train-là. »


De chansons d'amour, il n'en sera effectivement jamais question chez Slayer. En dix albums studio et avec des titres aussi explicites que Show No Mercy ("Ne montre aucune pitié"), Hell Awaits ("L'enfer attend") ou encore Reign In Blood ("Règne de sang"), il y avait peu de place pour des bleuettes insipides à la Time of My Life.

Au contraire, le combo va cultiver une réputation sulfureuse liée à l'agressivité de son répertoire et des paroles ambiguës parce que souvent inspirées de tueurs en série, d'occultisme ou de la passion de Jeff Hanneman pour la Seconde Guerre mondiale et, plus particulièrement, l'imagerie nazie dont il a longtemps collectionné les pièces. Un morceau comme Angel of Death, revenant sur les pratiques atroces du médecin nazi Josef Mangele, contribuera à laisser planer le doute sur les croyances des Américains. Dave Lombardo s'en défendra dans la presse (Araya et lui sont de confession catholique). Hanneman lui-même expliquera : « Slayer est un groupe qui raconte des histoires (…) Quand tu regardes à la télé un documentaire sur Mengele, personne ne se plaint. On était en tournée, j'ai acheté un livre sur lui et me suis rendu compte qu'il avait été un enfoiré total. Dans la foulée, j'ai écrit le morceau. Le groupe fonctionne souvent de cette façon. »(2)

Au-delà du Jeff Hanneman auteur, c'est le guitariste, pilier de la scène thrash (Slayer a produit, avec des albums comme Reign In Blood, South of Heaven ou Seasons in the Abyss,des modèles du genre) et initiateur de bien des vocations que la planète metal (et au-delà) pleure aujourd'hui.

Dès l'annonce de sa mort, le témoignage de nombreux musiciens s'est mêlé à celui des anonymes sur les réseaux sociaux : Dave Mustaine (Megadeth), Alex Webster (Cannibal Corpse), Slash, Testament… Tous ont loué l'homme, l'ami, le compositeur… Tous sauf Satan dont on attend encore le tweet. Mais il paraît que depuis ce triste vendredi de mai, Satan Larmoie, Anéanti, les Yeux Envahis de Rage. Alors l'enfer attendra.

(1) Un nom qui, selon certains chrétiens fondamentalistes américains, signifierait "Satan Laughs As You Eternally Rot" ("Satan se marre pendant que tu pourris éternellement").

(2) Slayer, Full Metal Targetde Jean-Paul Coillard. Ed. Camion Blanc.

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