La belle aux trois fleurs

plumedesang

Rien ne peut contrecarrer le destin. Lorsque ses rouages invisibles se mettent en marche, nul ne peut l'arrêter. Vous aurez beau courir, hurler ou bien supplier, le destin n'en aura que faire et d'une manière ou d'une autre, récupèrera toujours son dû. Car que nous soyons roi ou paysan, riche ou pauvre, jeune ou vieux, nous sommes tous égaux face à l'implacable silhouette de noir vêtue armée de sa faux.


Le roi de cette histoire aurait du méditer cela davantage avant d'agir de la sorte.


Car oui, en des temps reculés, vivait un roi dans son royaume. Il avait une très belle fille, que tous les nobles désiraient épouser. Mais, de tout ces nobles, seulement trois avaient su conquérir son cœur. Elle coulait des jours heureux après de ses amants. Ce caractère frivole déplaisait fortement au roi, qui voulait que sa fille n'en choisisse qu'un seul pour en faire son mari. Désireux de savoir si un jour la jeune femme allait accéder à son unique requête, il alla consulter une oracle. Quelle ne fut pas sa surprise, mais aussi sa terreur, lorsqu'au lieu de la réponse qu'il attendait, il apprit ceci: dans un avenir proche, son petit fils le tuerait et le détrônerait. Horrifié par cette nouvelle, le roi décida qu'il fallait empêcher cela à tout prix.

Il ne pouvait se résoudre à tuer sa fille. Il l'aimait trop pour cela. C'est ainsi qu'il prit la décision de s'en prendre à ses trois amants.


Il alla en secret dans un village voisin, à la recherche d'une sorcière qui terrifiait le voisinage. Parvenu à destination, il lui exposa sa requête et son plan machiavélique. Il avait besoin d'un poison mortel, en échange de quoi il lui offrirait sa protection. La sorcière accepta. Au bout de quelques heures, l'élixir de mort était fin prêt. Le roi rentra dans son royaume aussi discrètement qu'il en était sorti.


Les jours suivants il se lança dans les préparatifs d'un grand banquet. Les amants de sa fille étaient, bien sûr, invités. Le prétexte n'était pas difficile à trouver: sa fille avait assez joui des plaisirs de la vie, il était désormais grand temps pour elle de se choisir un mari. Bien que déçue par la nouvelle, cette dernière ne répliqua pas. Si seulement elle avait su ce qui allait se passer.


Les jours suivants défilèrent à toute allure. Enfin arriva la soirée du banquet. Les plus riches nobles s'étaient rassemblés dans le palais du roi afin de savoir qui sa fille allait enfin choisir. L'on passa à table dans la bonne humeur générale. Le roi attendait le moment propice pour agir. Enfin, au bout de longues heures qui semblaient s'étirer à l'infini, il arriva. Un serveur, à sa portée, s'apprêtait à resservir une coupe de vin à chacun des trois amants, mais était distrait par la beauté parfaite de la princesse. Il ne vit pas le roi verser la fiole de poison dans les trois verres.


Les trois jeunes hommes trinquèrent en l'honneur de la jeune femme, portèrent en même temps leurs verres à leurs lèvres et... moururent sur le coup.

Un grand silence s'ensuivit dans la salle, les invités sous le choc de se qui venait de se produire, uniquement troublé par les pleurs et les cris déchirants de la jeune princesse.


L'enterrement eut lieu quelques jours plus tard. On fit bâtir de magnifiques tombes sur le corps des défunts, sur lesquels fleurirent trois belles fleurs blanches. La princesse les cueillit et les piqua dans ses cheveux, en mémoire à ses amants.


Depuis ce terrible jour, elle prit l'habitude de sortir du château à la nuit tombée et de s'enfoncer dans les bois. Elle s'arrêtait de marcher arrivée au bord d'un lac. Là, elle se dévêtait, s'enfonçait dans l'eau glaciale et pleurait. Elle pleurait toutes les larmes de son corps, les gouttes perlant à ses yeux se mêlant à l'eau de l'étendue. Une nuit pourtant, elle n'était pas seule. Un jeune homme du royaume, partit chasser il y avait des heures de cela, s'était égaré dans la forêt et cherchait désespérément à retrouver son chemin. Entendant les pleurs, il s'était dirigé vers la source du bruit. Il fut émerveillé et fort ravi par ce qu'il découvrit: là, sous ses yeux, s'offrait à lui le spectacle de la princesse entièrement nue, sa peau diaphane étincelant sous l'éclat de la lune. Caché derrière un buisson touffu, il resta des heures à l'admirer. Cette dernière, prise dans ses tourments, n'avait pas remarqué la présence de l'intrus.


Le lendemain, enfin de retour dans son village, le jeune homme ne se fit pas prier pour raconter à ses amis ce qu'il avait vu la veille. Au début ces derniers étaient sceptiques, mais rapidement, la nouvelle fit le tour du royaume, si bien que le choc du décès des trois amants de la jeune femme fut relayée dans l'oubli, cette dernière redevenant le principal centre de l'attention de tout les jeunes hommes. Cet ainsi que le roi se retrouva avec, de nouveau, une foule de prétendants se massant aux portes du château. Cette fois ci, n'y tenant plus, il les fit exécuter un par un.


Et ainsi le roi gagna peu à peu la réputation de pire tyran du royaume. Désormais tous le haïssaient et souhaitaient sa mort. C'est ainsi qu'un beau jour, un chevalier d'une région voisine passant par là fut mis à parti par les villageois. Il surent si bien le convaincre qu'il accepta sur le champ de se rendre au château et de provoquer le roi en duel. La bataille dura de longues heures durant dans lesquelles les deux hommes se blessèrent de la lame de leurs épées. Finalement, c'est le chevalier qui porta le coup fatal. Il se saisit de la couronne du monarque posée dans un coin, s'en coiffa et s'assit sur le trône. Les villageois l'acclamèrent. Dans un dernier râle d'agonie le roi demanda alors quel était son nom: par une étrange coïncidence, ils portaient tous les deux le même patronyme. Le roi se souvint alors de cette jeune noble de la région voisine qu'il avait jadis aimée. D'elle, il avait eu une fille illégitime qui s'était depuis mariée et avait eu un fils.

Ainsi, la prophétie s'était réalisée.

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