La Chair des Mots II

Pierre Scanzano

Suite...
J'ai plus de mal à dire les choses qu'à les vomir...  pourtant comment l'écrire ?

C'est dans la
respiration
des syllabes
qu'il y a le
manque évident
d'oxygène
rien que les
contractions
des poumons
font mal
et pourtant 
je dois respirer 
ce qui vient 
depuis la mémoire 
ou ce qui passe
dans les environs
de ma tête
d'enfant...

Le mot m'épuise par la densité du sens évoqué et l'avarie qu'il génère...

J'y vais à reculons
pour cette raison
je déteste écrire et
revenir sur l'écrit et
particulièrement
le mien...
je déteste humer
l'écrit en cette
époustouflante langue
de Dante   Virgile et
Pétrarque...
oh ! La traversée
 de l'enfer suivant
 l'ombre florentine
 sur la barque allant  
 vers l'autre rive
  Virgilienne...
 ainsi que la montée du 
 mont Ventoux et 
 au loin le crépuscule  
 des yeux évanescents de
 la douce Laure... 

Ma langue maternell donc  Mon désespoir inachevé  résiste encore...

Je refuse de partager
 son intimité
 son joug de
 lanque naturelle
 que je ne reconnais
même pas 
 leurs mots me
 brulent la peau
 au dixième degré
 je les redoute 
 comme la peste
 ils sont intimement
 liés à la pércolation
 de mes souffrances 
 internes
 je les ai prononcé et 
 écrites
 dans la douleur
 le spasme
 la solitude et
 l'angoisse d'en
 mourir
 et de devoir
 encore et encore
 crier ces mots
 blessants
 si vénimeux
 dans mon corps
 carié et
 mon âme si
 inesthétique
 si fragile et
 sans défense...
 
 Des souvenirs j'en ai trop... et tous foutent le camp dans l'oubli du sang...


Les sons
 les odeurs d'encre
 de sang
 les paysages qui
 me faisaient si
 mal dans la chair
 dans le coeur...
 et toujours la cendre
 et l'ombre
 des mêmes feux
 en mots...
 aux tournures
 différentes
 mais la même
 signification
 le même stress
 il y a tant d'années
 que je laisse
 derrière moi
 si terrifiantes
 que je ne sais plus
 comment les hacher
 tant est si bien
 que je veuille vraiment
 les enterrer
 dans le prisme
 de ma mémoire
 les mots m'ont
 marqué à l'encre
 rouge
 et je suis marqué
 au fer rouge
 j'ai essayé
 d'écrire dans une
 langue d'un autre
 monde distant...
 mais vain
 cet espace
 génère quelque
 chose de supra-humain
 m'empêchant comme
 d'une malédiction
 surnaturelle à m'en
 défaire
 alors je me noie
 délibérement dans
 le jus de ce mal
 étrange...

Je me suis battu bec et ongles  et j'ai perdu la guerre des nerfs...

Alors
 avec cette langue
 que j'écris
 pour que vous puissiez
 me lire
 me servira
 d'écumoire 
 d'autres consonances
 viendront
 d'autres sons
 feront l'affaire
 et calmeront sitôt
 ma faiblesse
 d'en parler et
 la douleur tenace
 de devoir me taire
 pour cet instant titubant...
 je hurlerais
 si seulement je pouvais
 hurler à vie...


Il n'y a que l'insupportable silence qui puisse m'adoucir progressivement la chair...

Des mots
 l'insoutenable agonie
 des mots
 mais alors qui
 pourrait me comprendre
 vraiment
 sans le dire ou
 l'écrire en ce
 délestage
 ridicule de
 mot-à-mot ?

 



 
                                                                     
 
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