la chambre obscure

halpage

Chronique d'une vie curieuse; Où l'on parle de ceux qui, par leur curiosité, ont obtenu ce qu'ils voulaient, ou ont retrouvé ce qu'ils avaient perdu; mais on ne sait pas quoi. »

Dimanche 21 septembre.
Ca me fait bizarre d'écrire  ce récit, lors que pour des noyers je me suis bel et bien noirci ; car hier j'étais aux noix, dans le terrain vague pas très loin de chez moi…mais j'en viens au récit.

Un matin, le dimanche 21 septembre de l'année qui commémore…nous décidâmes, ma sœur et moi, de faire une promenade à Brou ; dont le château était en visite libre,  uniquement ce jour exceptionnel. Nous descendîmes de l'appart, par l'ascenseur,  et ma sœur nous conduisit pour se garer au bord d'une route assez large et à forte circulation. D'habitude, dans nos promenades, c'est elle qui reste en arrière lorsque c'est moi qui me rue en avant, traversant la route en courant ; et il est vrai qu' à ce moment là, je ne pense qu'à moi,  et d'arriver vivant sur l'autre rive ; Que j'aurais eu l'air idiot si ma sœur m'eut suivi dans les risques que je prisse ; cette fois ci, vous auriez vu ma tête quand je vis ma sœur partir, en avant, au petit trot ; vous auriez vu la peur, l'horreur dans mes yeux ; j'ai cru que le pire allait arriver ; aussi j'avais remarqué la vitesse excessive, surtout pour cette voiture qui arrivait,  sur ma droite, et je fus trop surpris pour dire quoi que ce soit; mais ouf, elle en fut quitte. On ne sait jamais ce qui se passe dans la tête de quelqu'un, quand il est décidé  de  passer à l'action. Qui dans sa famille n'a pas connu la perte d'un distrait, d'un décidé,  par cette sorte d'accident stupide ?

Après ce moment ou le pire me fut écarté de la gravitation, nous étions du bon coté  pour agrémenter notre vision des choses. Cependant, j'avais remarqué qu'un couple et son garçonnet s'étaient garés au même endroit que nous ; et je n'avais pas vu comment ils furent arrivé comme nous, sur la bonne rive ; et je pensais qu'ils seraient à faire la même chose, voir des curiosités, le château… quand nous les vîmes entrer dans ce qui semblait une propriété…Une entrée d'un lieu dont on ne pouvait voir que les piliers, et sans le portail ; m'arrêtant de marcher, intrigué de l'endroit où ils se rendaient, je jetais un œil vers le chemin qui se perdait en détour, à travers la végétation ; Mais à la vue de l'écriteau en forme de toit, posé à même le sol, je m'en approchais et je vis de quoi il s'agissait ; on y voyait dessus une image photo: une sorte de grotte en pierre avec l'inscription « la  glacière ». «  Il y a un quelque chose en pierres à visiter, par là » dis-je à ma sœur,  et nous suivîmes le couple et son garçonnet. Un moment, l'enfant, entre ses deux parents et leur donnant la main, se retourna vers nous avec dans le regard une once de méchanceté, avec l'œil sévère en dessous qui semblait dire «  pourquoi nous suivez nous ? ». De ce fait, nous les vîmes ralentir, comme à vouloir se distraire de quelques plantes, et nous les dépassâmes.;
Au passage j'avais sentis comme une gêne du monsieur ; je dirais, comme le complexe du touriste qui ne se sent pas en  terrain  conquis. Cependant que nous marchions, nous vîmes sur notre droite, à quelques pas éloignés du chemin,  une grande bâtisse, tandis que le chemin de notre curiosité à voir continuait droit devant ; à ce moment là, je dis à ma soeur «  je ne savais pas qu'il y avait un monastère à Brou ! » … «  Tu crois qu'ils fabriquent du fromage à cet endroit ? »… «  sûrement que nous sommes « dérangeant » pour des gens qui aiment la retraite, et pour la retraite » ; Soudain j'aperçus un homme, ou une femme, dans un habit de moine au ton crème, qui s'occupait à l'arrière de la bâtisse, à je ne sais quelle activité très prenante ; puis  je ne le vis plus ; et nous continuâmes notre marche vers « la glacière » en compagnie d'essences d'arbre.
Jusqu'à ce que nous débouchâmes sur une vaste prairie qui ouvrait sur le vaste paysage, à l'orée d'une forêt,  et où quelques chevaux caracolaient dans le pré si vert, et bien loin de nous … à ce moment là, nous entendîmes un bruit continue  de moteur ; cela ne concordait pas avec  la paisible verdure  environnante pour laquelle, à ce stade, je m'extasiais; «  qu'est-ce que cette pompe fait à cet endroit ! »  m'exclamais-je ; elle  était au pied d'un monticule, et je compris que cela avait à voir avec « la glacière » ; en effet le monticule verdoyant, c'était « la glacière » sous un certain aspect; bientôt nous arrivâmes par le devant du monticule où se trouvait la seule ouverture pour y entrer, avec un panneau explicatif que je lus trop rapidement ; car j'étais entré déjà dans  ce qui ressemblait à une grotte …en forme de dôme de pierre ; et je stoppais devant une barrière qui m'interdisais d'aller plus loin, et pour cause ! Dans une semi obscurité, je pouvais voir, à peine, et en baissant les yeux vers le puits profond,  et sans y voir le fond, et d'un impressionnant diamètre le puits, au moins dix bon mètres…il y faisait frais mais nous n'avions pas froid, il fallait imaginer, ici,  des moines y descendre leurs denrées, en  ce lieu frais,  à l'aide de corde et poulies, pour les y amener dans les fonds ou les faire remonter… «  C'était donc ça, le frigidaire de l'époque » dis-je à ma sœur. Aucun glace -à champagne-là dedans, ni de frigides jeunes filles conservées dans la pureté…
Soudain nous vîmes arrivé le couple et son garçonnet ; nous cédâmes la place, sans même parler ni se dire quelque chose. Et comme nous repartions d'où nous étions venu, soudain je vis passé une jeune fille, furtivement, par derrière le tumulus ; elle courait s'y échapper par  derrière ? J'ai eu le temps de voir qu'elle était en habit d'un autre âge, sans doute une  robe du 19 ième siècle, et corsetées ; puis un homme surgit qui courait après la jeune fille, lui était en redingote avec une montre à gousset attachée à une chaîne ; j'ai alors cru qu'on tournât une scène d'un film, comme les «  hauts de Hurle-vent »et un peu à cause de la pompe, pour les hurlements : Incroyable scène qui me laissât  une aura de « Maupassant » .
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtâmes au niveau de la place qui menait au monastère, cette fois ci une religieuse était à quelque pas de nous ; nous la voyions  de dos, penchée, occupée à arracher de la mauvaises herbe autour d'un panneau ; sentant notre présence, elle se releva et vint directement vers nous …après les politesses d'usage, je luis dis mon étonnement de trouver un monastère ici et lui demandait son « ordre » en lui montrant mon index à l'endroit de son habit. « je suis une sœur bénédictine «  dit –elle.. «  et vous vivez, de mixité, dans le monastère ? » « -  oh non, nous sommes tous des sœurs ! ». Peut-être que j'eusse voulu quelle me  dise que les hommes étaient tombés pour toujours dans la glacière….
Elle nous invita à visiter l'église, et tandis que je marchais devant, elle se mit à coté de ma sœur et je l'entendis dire«  vous êtes  ensemble .. ? « Je coupais court à la réponse de ma sœur, en lui rétorquant «  ma sœur, c'est ma sœur » et je pensais pour moi même  «  eh oui ma soeur, vous ne pouvez pas être ma sœur comme ma sœur est ma sœur …et elle n'est pas masseur! » J'évitais de me rendre ridicule- par Saint Antoine-avec mes élucubrations...
Et nous voici dans l'église, passant pas un sas vitré dérisoire. Quel enchantement de lumière ! Et quelle sobriété  …la lumière était naturelle et se déversait dans la pénombre à travers les vitraux de part et d'autre le maître autel, comme de juste,  au milieu. Je fis remarqué à notre guide, que les vitraux de gauche étaient dans le teintes froides ( vertes et bleues ) tandis que ceux de droites, étaient dans les teintes chaudes ( jaune et rouges ) ; elle nous dit la merveille de lumière à certaines heures du jour. On voyait distinctement les sièges en bois pour le public et les sièges des sœurs près du maître autel, une dizaine de part et d'autre ; les espaces de déambulation étaient larges ; ça ne posait pas de problème aux fauteuils : certaines des sœurs étaient en fauteuil… Je lui demandais qui faisait la messe ? Elle me répondit qu'un prêtre venait chaque dimanche ;
elle me demanda avec empressement si je priais ?  J'eus un instant de flottement, parce que, me vint en tête ce qu'avait dit Raphaël dans une émission  philosophique, quelque chose   du genre, « prie, celui qui se trouve à genoux et joint les mains devant lui » « le faire, pour le croire qu'on le fait» et donc, j'étais  à m'imaginer dans la position du prieur à genoux et je le savais bien que ce n'était pas la position favorite que j'arborais  tous les jours que la terre tourne autour du soleil; et le soleil dans la galaxie; et la galaxie dans l'univers; et l'univers dans le silence des… idées fantaisiste.
Mais pour faire bonne figure, je dis à ma sœur que j'avais prié dans une église de Saint Louis ; la sœur qui avait un accent  de l'est, un regard clair derrière des lunettes, un âge octogénaire, une veine bleue très visible sur la tempe  et qui ne voyait plus très bien, nous amena le livre  des psaumes, quelle prit dans un meuble verni à l'entrée, aussi parce que j'avais du demandé ce qu'elles faisaient ici,  dans l'église. Dans la discussion, le mot Seigneur revenait souvent dans sa bouche ; et comme je regardais devant moi, je vis la sculpture en bois accroché au mur, juste derrière l'autel…
« Quel belle sculpture en bois ! » m'exclamais-je, en esthète… «  pas de tête penchée sur le coté, pas d'épine, pas de clous, pas de sang ! » «  C'est le christ  de  la résurrection » me dit-elle avec enthousiasme et peu de communication réactive de ma part …
Soudain un groupe de visiteur entra dans l'église, et la sœur nous lâchait pour accueillir ces nouveaux venus. à un moment ; je ne sais plus pourquoi, sans doute en rapport avec la prière, je me souvins que nous  parlâmes des mains ; et  ça me revient, c'est cause que je lui  parlais de la visite que nous avions faites la veille, ma sœur et moi, mon frère, sa femme et ma nièce, au musée de notre ville ; où il y a très longtemps, dans un vaste domaine,  il n'y avait qu'une abbaye pour y voir les Clovis et les Bathilde et les Bertille… et les  abbesses qui s'y occupaient le corps et l'esprit  dans un domaine auto-suffisant ; dont il ne reste aujourd'hui  qu'une mairie, et à coté,  une chapelle restaurée ; qui reçoit aujourd'hui les  expositions des oeuvres d'art des esthètes de la ville ; et dans laquelle je suis passé récemment, pour y voir accrochés  des tableaux comme  «  pointes de ballerines » et autres «  portait de Luis Mariano » tandis que des dames discutaient autour d'une table. Justement, dans le musée de ma ville, je me souviens d'y avoir vu cette « loque » accrochée dans une vitrine,  comme une chemise de géant ; mais en réalité c'était la robe blanche dont  s'enroulait l'abbesse célèbre, une robe en grosse toile, avec des manches trop longues; il ne fallait pas voir ni les pieds ni les mains, et le modèle grandeur nature de la Sainte (1,40m) le démontrait. Et donc, à propos des mains, la sœur  m'avait montré comment elle les mettait le plus souvent, ses mains, dans ses manches...
J'étais donc à attendre que la sœur soit libre; je voulais lui dire au revoir, à la sœur, je patientais, puis je la vis  revenir vers moi et me dire : «  Bonjour, vous êtes les bienvenus … » ; Je me suis trouvé idiot ou dans « l'éternel retour »….
Je lui ai demandé son nom et elle m‘a dit « Sœur Marie Isaïe comme le prophète » et comme je lui tendais  la main pour lui dire au revoir...une seconde fois, j'étais idiot !
Elle  les avait, ses mains, perdues  religieusement dans la «  chambre obscure » !

Au moment où je termine ce récit, une mouche virevolte et se cogne au plafond blanc en polystyrène, j'ai ouvert grandes les fenêtres, et la mouche me laisse seul dans la pièce du salon, avec quelques micro-organismes invisibles ; et je regarde mes mains, mes mains sales qui sont allées jusqu'au brou.            

 

Signaler ce texte