La cueillette de champignons

Marine Février

Quand la terre est humide après de bonnes averses et que le soleil vient réchauffer le sol, il est temps d'aller aux champignons (si la saison le permet). On se rend en forêt, aussi tôt qu'on a pu. Pas trop tôt car il fait trop noir. Pas trop tard car d'autres seront passés avant nous. Les senteurs savoureuses des sous-bois nous transportent. La terre mouillée jonchée de feuilles mortes, la mousse et le lichen, l'écorce et la sève, toutes ces odeurs se mêlent à celles des champignons. On a le regard alerte, les narines ouvertes et de l'espoir plein le panier. On croise sur le chemin des limaces orangées, grasses et baveuses. Quelques champignons inconnus, à lamelles, se laissent examiner par nos soins. On prend garde à ne pas les toucher avec les doigts. C'est bon signe, il y a eu une poussée. L'excitation est à son comble. Alors, au détour d'un fourré, on tombe nez à nez avec ce champignon, celui qu'on connaît et qu'on sait pouvoir déguster. Il est joli, tout frai, au milieu des grands arbres. On le coupe au couteau à la base du pied, on le fourre dans le panier et on oublie pas de dissimuler le bout restant avec des feuilles, des herbes, ou avec ce qui nous passe sous la main afin que personne ne repère l'endroit. On passe le secteur au peigne fin, on ratisse les feuilles et les herbes touffues avec un bâton. Bien souvent on en découvre d'autres qui sont similaires. Il sera alors avisé d'abandonner l'idée d'une omelette au profit de celle d'une poêlée. Il arrive que l'on connaisse des coins où ça pousse, on visite tous ceux qui sont à proximité sans exception. Et quand ils ne sont pas labourés par les sangliers, il arrive qu'on y trouve aisément ce que l'on cherche. Quand on ne connaît pas les coins, on déambule dans la forêt, toujours aux aguets. Si la cueillette a été bonne, on rentre à la maison fiers comme des pinçons et on se ravit à l'idée de manger le fruit de notre prospection.


Photo de Hans Hillewaert.

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