La Fille de l'orage

Ferdinand Legendre

La Fille de l'orage



Il fallait cerner l'iris,

plier la page,

langues abysses,

depuis nos cuisses,

lui écrire l'orage.


Elle dit qu'elle préfère voyager seule,

Regarder les autres, écouter plutôt que parler,

Son corps éclair comme tonnant, de désir perlé,

Les ongles dans la terre, la lune en linceul.


Et tracées sur sa peau, s'égouttent ses mémoires,

Elles cognent sur la tente, à la nuit se confie,

La fille de l'orage qui de nous se méfie,

Au-delà des fenêtres ou sur mon toit le soir.


Et surmontant le temps, ses cheveux se balancent,

En visages mirages, envisageant l'absence,

Rivages et virages, routes à contre-sens,

Miroirs essuies-glaces, phrases pleine d'essence,


Elle m'accorde ses doigts, j'y fais glisser ma langue,

J'ai des envies de celle, qui de mers en digues,

Nous fait dresser le mât ignorant la fatigue,

Et nos corps qui tanguent.


Il fallait continuer puisqu'elle le désirait,

Laisser couler les mots, ne s'adresser qu'à elle,

Je lave mes blessures, elle écrit ses séquelles,

Et l'embrasser m'irait.


À nos grâces et prières, essuie la solitude,

De sa main le revers, et puis contre la mienne,

Je fais face aux falaises, elles taisent, me retiennent,

Toi le Nord et le Sud.


À genoux devant elle, je saurais rester sage,

Le vent vient rapidement déplacer les nuages,

Les lumières de la ville, nuit blanche en bas de page,

Et fille de l'orage.

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