La fuite (4)

clairel

On se remet de tout...

Mon Pierre, 

il y a des mois que je ne t'ai rien écrit, j'y avais renoncé, je ne voulais pas te faire souffrir par mes mots, tu ne le mérites pas. Puis j'ai reçu ta lettre, j'étais si heureuse de te lire, tu as l'air reconstruit, serein et visiblement bien mieux sans moi. 

J'ai eu le temps, au cours de l'été, de réfléchir, tant sur moi que sur nous. Nous savions bien que tout était fini, j'ai fui pour ne pas me l'avouer, pour ne pas affronter une scène de rupture qui me faisait peur, pour que tu ne me reproche pas l'état dans lequel tu me voyais bien souvent avant mon départ. J'ai fui pour que la fin n'existe pas. Et puis, j'y croyais encore un peu, pensant naïvement que tu finirais par me rejoindre mais tu as choisi de faire autrement, c'est certainement mieux ainsi. Il était temps d'accepter que nos rêves ne soient plus les mêmes.

Aujourd'hui, je me sens différente, mieux, l'évasion m'a fait un bien fou. J'ai travaillé tout l'été, apprivoisant ma nouvelle vie, laissant enfin place à mon plus grand rêve, écrire.

Je suis rentrée à Paris la semaine dernière, mon manuscrit enfin terminé sous le bras et je cours maintenant les maisons d'éditions avec notre histoire, gravée sur le papier.

Je repars bientôt pour Granville, si tu en ressens l'envie ou le besoin, viens, quand tu veux. Je suis sure que la maison te plaira. Je regrette de ne pas y avoir été avec toi ces dernières années, nous aurions pu j'en suis sûre, y construire de beaux souvenirs.

Prends soin de toi mon Pierre, 

je t'embrasse,

Gaby.

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