La pianiste

Emilie Levraut Debeaune

La pianiste

Leur rencontre fut des plus curieuses. C'était en été. Il faisait très chaud et elle dormait la fenêtre ouverte, pour profiter de la relative fraîcheur de la nuit.

Sa chambre donnait sur son balcon au premier étage.

Ce soir, il avait jeté son dévolu sur son appartement. Il avait remarqué la fenêtre ouverte il y a plusieurs nuits déjà. Le balcon rendait les lieux faciles d'accès. Il avait étudié le bâtiment et avait déduit de ses observations que l'appartement n'était qu'un studio. Une seule personne devait y vivre. Il pourrait fuir facilement en cas de problème.

Peu après minuit, il se positionna, au pied du mur. Il aimait cette expression. Elle avait pour lui un double sens amusant. Il jeta son sac à dos sur le balcon, attendit quelques seconde et, devant l'absence de bruit et de réaction, se hissa à son tour.

Avec une souplesse de chat il atterrit silencieusement. Comme il l'avait prévu, seul un rideau obstruait la porte-fenêtre. Avec mille précautions, il l'écarta pour jeter un œil à l'intérieur. Il prit le temps de laisser ses yeux s'accoutumer à l'obscurité. Il comprit ; au fur et à mesure que la pièce se dessinait avec plus de précision, que le balcon s'ouvrait sur une chambre. Voilà ce qu'il n'avait

pas prévu. Il songea un instant à tout abandonner et à partir. Il se ravisa. La personne semblait bien endormie. S'il restait aussi agile et précis que d'habitude, il n'avait aucune raison d'avoir peur.

Il fit un pas à l'intérieur. Et se figea. Dans le lit, à deux mètres de lui, se trouvait une jeune fille. Elle dormait nue, à peine couverte d'un drap blanc très transparent. La pénombre rendait la

scène romantique et fantomatique.

Malgré lui, il resta là, à l'observer, fasciné par ses formes, qui se dessinaient sous les draps. La jeune femme dormait sur le ventre. De longs cheveux noirs lui couvraient le dos, s'éparpillant autour d'elle, seule tâche sombre dans l'atmosphère blanche de la pièce.

Sans pouvoir s'en empêcher, il laissa descendre son regard vers les hanches délicieusement courbées.

Comme hypnotisé, il contempla les fesses magnifiques, rondes, fermes, qui semblaient aussi douces que des abricots.

Il faillit tendre les mains pour les toucher et se reprit à temps. En soufflant, il fit dériver ses yeux sur les cuisses blanches et pleines. Il descendit encore, jusqu'aux chevilles fines et aux pieds soignés. Il s'arrêta sur un grain de beauté, incongru, placé sur la plante du pied droit.

Ce détail le ramena à la réalité. Il redressa les épaules, et, non sans marquer un temps d'hésitation, il se faufila hors de la pièce en rasant les murs. À sa grande surprise, il se retrouva dans un long couloir, dont les murs étaient dépourvus de toute décoration.

Une seule porte, au bout du corridor s'ouvrait vers une autre pièce. Il parcourut rapidement la distance qui les séparait. Il poussa la porte et découvrit une salle immense où tous les meubles étaient couverts de draps blancs.

Bien que sa carrière de cambrioleur fut récente, il n'avait jamais vu ça.

Un décor digne d'un roman du dix-huitième siècle dans un appartement moderne...

Un frôlement le fit sursauter, et, pétrifié, ilvit la jeune femme passer devant lui. Avec sa tenue noire

elle n'avait pas pu le manquer au milieu de tissus clairs.

Pourtant, elle ne lui prêta aucune attention.

Elle se dirigea vers un coin, ôta d'un geste théâtral le tissu, découvrant un piano devant lequel elle s'assit et, toujours nue, entama une mélodie.

Il ne pouvait plus décider de ses actions.Il se sentait comme possédé. Alors que son esprit lui hurlait de fuir, il s'avança vers la pianiste et posa ses mains sur ses épaules. Elle continua de jouer comment si de rien n'était. Doucement, il releva les longs cheveux et déposa un baiser sur sa nuque. Les doigts de la pianiste se suspendirent un instant avant de reprendre sur un rythme plus lent. Il laissa glisser ses doigts sur les épaules pour arriver aux seins. Il les effleura à peine puis la saisit fermement par les hanches, la souleva et l'assit sur le clavier, provoquant de bruyants accords discordants.

Une fois le silence revenu, il profita de l'immobilité totale de sa compagne pour se déshabiller.

Ils étaient désormais tous deux nus. Dans un instant qui lui sembla hors du temps, hors du monde. il la souleva à nouveau, l'allongea au sol, sur le drap enlevé précédemment du piano et entreprit de couvrir son corps de baisers. Elle l'invita d'un mouvement du bassin à la prendre. ce qu'il fit, tout doucement, savourant chaque seconde de plaisir. Cela se passait dans un silence total. La cacophonie habituelle de l'amour se transformait ici en harmonie extraordinaire. Une véritable symbiose. Le temps se suspendit au moment de la jouissance.

Il se releva, épuisé, en se demandant ce qui lui avait pris. Il se rhabilla à toute vitesse, saisit son sac à dos et courut en direction du balcon sans se retourner.

Il sauta à l'extérieur et détala.

Quelques semaines plus tard, en pleine journée, il repassa devant l'immeuble. Le bâtiment avait l'air tout ce qu'il y avait de plus normal. Curieux, et un peu inquiet aussi, il s'arrêta devant la porte d'entrée et tint la porte à un vieil homme qui sortait. Il lui demanda qui était la pianiste du premier étage.

"La pianiste ? C'était il y a bien longtemps. Elle habitait le manoir, qui était construit ici, et a brûlé il y a plus de cinquante ans. L'immeuble a été construit sur le terrain. Comment avez-vous eut vent de cette histoire ?".

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