La piste de lapins

cyrano

La piste de Lapins

La voiture était chargée à ras bords. Maman était assise au volant et engueulait Papa. J’étais derrière à gauche avec derrière moi un escabeau qui me rentrait dans le dos et un édredon qui me plaquait contre la porte. Arthur était coincé contre la portière droite entre la glacière et la caisse à outils. Depuis quelques années, il avait adopté un mécanisme de défense plutôt bien rôdé contre la surcharge de la voiture et son impossibilité à bouger. D’ordinaire plutôt actif et énergique, il entrait dans une sorte de veille dès qu’il entrait dans la voiture des vacances. Il s’endormait presqu’aussitôt et ne se réveillait que six heures plus tard lorsque nous arrivions dans la cours de la ferme de grand-mère. Mon père pouvait alors lui coller autant de trucs sur les genoux qu’il le pouvait. Nous partions tous les étés en vacances au même endroit, avec les mêmes rituels, les mêmes engueulades, les mêmes nausées dans les tournants et les mêmes aires d’autoroutes crades et déprimantes.

Cette année, il avait fallut pousser un peu pour faire rentrer Arthur et Papa avait rigolé et dit :

- Au moins en cas d’accident il bougera pas le nabot.

Ça n’avait pas fait rire Maman qui s’en foutait plus ou moins. Maman n’avait jamais pût se concentrer sur plusieurs choses à la fois. Et là, c’était conduire car elle conduisait très bien. Beaucoup mieux que Papa qui lui n’avait jamais pût se concentrer sur une seule chose. Le jour où Papa nous a tous encastré dans un poteau (à 30 à l’heure rassurez-vous) parce qu’il y avait une fourmi perdue sur le tableau de bord, Maman a dit qu’elle vivante elle ne le laisserait plus jamais conduire avec nous ou elle dans la voiture.

Papa vint s’asseoir à côté de Maman, rouge de sueur et haletant.

- On est bon, dit-il, appuie sur le champignon ma jolie.

Maman appuya sur le champignon et la voiture démarra en trombe. Arthur dormait.

Le paysage défilait lentement. Je connaissais chaque carrefour, presque chaque maison qu’on pouvait apercevoir de la fenêtre. Cela faisait seize ans que nous l’empruntions huit fois par an. Pour les vacances de Noël, de Toussaint, de Février et pour les grandes vacances. Aller-retour, ça fait huit fois. Devant, Papa parlait tout seul car Maman ne l’écoutait pas, elle conduisait. Il était reparti dans une de ses grandes considérations de mystico-pété. Cette fois-ci c’était sur le pouvoir des opales je crois ou une connerie de ce genre. Persuadé que tout le monde était suspendu à ses paroles, ils déblatérait sans interruption. Nous avions tous les trois pris l’habitude de remarquer lorsqu’il faisait des pauses durant lesquelles il attendait un encouragement. Nous répondions tous à chaque fois :

- Ah bon ?

Même Arthur dans son sommeil, répondait inconsciemment. Galvanisé, mon père repartait de plus belle et ça nous laissait environ cinq minutes de répit.

Vers midi, Maman bifurqua sur l’air d’autoroute habituelle. Arthur se réveilla aussitôt la voiture arrêtée et attendit patiemment que Papa vienne le délivrer. Une fois dehors, il partit, comme à chaque fois, en sprint droit devant lui. Maman alla s’asseoir sur le banc pendant que Papa trifouillait dans le coffre pour sortir le pique-nique. Il installa sur la table la nappe qu’on utilisait toujours pour les pique-niques - une nappe qui avait presque mon âge - puis il disposa tous les ingrédients pour les sandwichs.

- A quoi ton sandwich, Simon ? demanda-t-il.

- Beurre, poulet, salade, cornichon, répondis-je.

- Et un beurre, poulet, salade, cornichon, ma spécialité. Et ton frère il prend quoi ? Un Jambon cornichon, sans beurre et sans salade ?

- Bah oui, comme d’hab, dis-je.

- Et pour Madame ?

- Madame elle veut comme son fils ainé, répondit Maman.

- Et un autre beurre, poulet, salade, cornichon !

Les gens, lorsqu’ils rencontrent Papa et Maman pour la première fois, s’étonnent toujours que deux êtres si diamétralement opposés de caractère puissent s’entendre si bien. Alors ils disent des phrases bateau du genre les opposés s’attirent ou les plus avec les moins etc. Car Papa est aussi agité et jovial que Maman est calme et morose. Moi je crois surtout qu’ils sont aussi timbrés l’un que l’autre et que dans le fond ils sont exactement semblables, avec des enrobages différents.

Nous mangeâmes nos sandwichs sans dire un mot car il n’y a rien de plus dégueulasse que les gens qui parlent la bouche pleine. Arthur était revenu en sueur et mangeait le sien en regardant dans le vide. Je pense qu’il est un peu attardé mais Papa dit qu’il est juste un peu dans la lune et Maman juge qu’il est trop mignon pour l’être. La logique de mes parents me dépasse un peu. J’ai l’impression d’être la seule personne normale dans cette famille. Après manger, Maman se coucha sur une couverture et s’endormit aussitôt avec Arthur dans ses bras. Moi, j’ai pris mon bouquin et je me suis assis à l’ombre. Papa avait repéré des traces de lapins et il les suivit.

Après vingt minutes, Maman se redressa et dit :

- Bon, en route mauvaise troupe !

Arthur et moi nous dirigeâmes vers la voiture pendant que Maman prenait le panier du pique-nique.

- Simon, où est ton père ? demanda Maman.

- Je ne sais guère petite mère, répondis-je.

- Victor ! cria-t-elle. Victor ! On y va !

Pas de réponse.

- Victor ! Nom de Dieu ! Victor !

Elle mis les mains sur ses hanches et nous regarda d’un air furibond.

- Votre père commence à me taper sur le système. S’il n’est pas là dans trente secondes, je lui coupe les roubignolles.

- Maman ! Enfin ! Comment tu parles ? dis-je.

- Ah toi Monsieur la vertu, tu vas pas commencer. Arthur, va chercher ton idiot de père.

- Il est parti par là, dit Arthur, il a repéré des traces de lapin.

- De lapin, dit Maman en levant les yeux au ciel.

Arthur partit en trombe vers l’endroit où était allé Papa. Il disparut derrière un bosquet. Il revint quelques minutes plus tard, l’air embêté.

- Alors ? demanda Maman.

- Heu, j’ai suivi les traces de lapin, il y en a beaucoup d’ailleurs. Ça à l’air de pulluler par ici.

- On s’en fout des lapins, dit Maman. Et toi Simon, arrête de souffler comme ça, je parle comme je veux. Bon t’as suivi les traces et alors ?

- Alors, il y a un trou dans le grillage et c’est humide. J’ai mis le pied dedans et j’ai la chaussure toute mouillée. Ça m’embête parce que mon autre paire est tout au fond du coffre. Du coup je vais avoir les pieds mouillés toute la journée. A tous les coup je vais choper la crève .

- Arthur, dit Maman d’une voix douce. Si tu ne finis pas rapidement je te mets sur le toit jusqu’à chez Grand-mère.

- Y’a une empreinte de Converse comme celles de Papa et puis plus rien parce que c’est tout sec, dit rapidement Arthur. Y’a un grand champ de maïs et j’ai pas vu Papa.

- Bon, où c’est ? dit Maman.

Arthur devant, nous suivîmes la piste de lapin jusqu’au grillage. Nous passâmes dessous et Maman écorcha sa robe. Elle insulta le grillage vertement sous mon regard réprobateur et les rires d’Arthur. Devant nous, s’élevait un mur vert de maïs. Il s’élevait à presque 1m80 et aucun de nous n’était assez grand pour voir par dessus, même en sautant. Nous appelâmes Papa tous ensemble. Pas de réponse.

- Bon, dit Maman. Simon tu vas à droite et Arthur et moi on va à gauche. Suis le bord du champ et appelle ton imbécile de père.

Nous partîmes chacun de notre côté en criant.

Au bout d’un quart d’heure, je décidai de revenir en arrière. Maman et Arthur avaient fait de même. Ils étaient bredouilles eux aussi.

- À mon avis, dis-je, il est allé tout droit dans le champ, il doit y avoir plein de choses à voir dans le champ.

- Moui, dit Maman. Et bien allons-y. Et vous ne vous éloignez pas de moi !

Nous pénétrâmes dans le champ. Marchant tout droit, chacun sur son sillon, nous appelions Papa. Au bout du champ, se dressait une forêt de feuillus.

- Oh ! Un geai ! cria Arthur.

Et il le suivit en courant.

- Arthur ! Reviens là immédiatement !

Arthur s’était enfoncé d’une bonne centaine de mètres dans la forêt et revenait en ronchonnant, les mains dans les poches.

- Tu sais, dis-je tout bas, Arthur ressemble beaucoup à Papa. Ils sont distraits par les mêmes trucs. Si on laisse Arthur vadrouiller en le suivant de loin, à tous les coups on va retrouver Papa.

Si Maman avait été une personne normale, elle ne m’aurait pas dit que c’était une bonne idée. Elle aurait dit que la meilleure chose à faire était de revenir à la voiture et d’attendre. Malheureusement, elle trouva l’idée excellente et appela Arthur.

- Arthur ! Ton frère et moi, on prend une pause. Fais ce que tu veux mon chéri.

Et elle me fit un clin d’œil. Je lui en fis un en retour. L’air de rien, nous suivions Arthur qui cherchait des insectes sous les souches mortes. Nous nous enfoncions de plus en plus dans la forêt et je retenais quelques repères pour le retour. Ma mère n’avait absolument pas l’air de penser au retour et gardait les yeux fixés sur Arthur ; sauf lorsque celui-ci se retournait vers nous. Alors Maman regardait brusquement à terre, l’air complètement absorbée par une feuille ou un cailloux. Pauvre Maman ! Si peu discrète. Si Arthur n’avait pas été bête comme un chameau, il se serait tout de suite rendu compte qu’il était surveillé.

Nous arrivâmes à un ruisseau et Arthur s’écria :

-Des salamandres !

Oubliant que nous étions dans cette forêt à la recherche de Papa, nous nous accroupîmes tous les trois sur le bord. Cinq ou six salamandres se tenaient immobiles sur le fond du ruisseau.

- Si il y a des salamandres, ça veut dire que l’eau est propre. On peut la boire, dit Arthur.

- Hum, t’es sur ? demanda Maman peu convaincue.

- Oui, oui, regarde.

Sur ce, il se pencha en avant et plongea ses lèvres dans l’eau.

- Elle est fraiche, dit-il en s’essuyant la bouche de sa manche.

J’imitai Arthur et je bus tout mon saoul. Je me relevai et examinai les environ.

- On est beaucoup entré dans la forêt maintenant, je ne pense pas que Papa soit partit aussi loin, dis-je.

- Hum, fit Maman hypnotisée par les amphibiens.

- On est où là ? demandai-je.

Maman leva la tête des salamandres et regarda autour d’elle.

- Arthur, on est où là ? demanda Maman.

Arthur nous regarda tous les deux, l’air ahuri.

- Comment ça on est où ? Comment tu veux que je le sache ?

- Revenons sur nos pas, dit Maman.

Nous repartîmes dans l’autre sens mais en l’absence de chemin, le paysage ne nous semblait pas familier.

- Je ne reconnais pas, dit Maman en s’arrêtant.

- Moi non plus, dit Arthur. Quoique cet arbre là ressemble beaucoup à un de ceux qu’on a croisé avant.

Nous marchâmes pendant une demi heure avant de déboucher sur un ravin qui nous barrait la route. Nous nous arrêtâmes tous les trois et sans rien nous dire car nous avions compris au même instant que nous étions perdus. Maman sortit son téléphone portable.

- Evidemment pas de réseau, dit-elle. Et dire que je l’ai acheté pour des moments comme celui-là.

Elle se mit à marcher de long en large, le bras tendu vers le ciel. Arthur et moi la regardions sans penser à rien. Quand on a ces âges-là, c’est à dire 16 et 13 ans, on s’en remet totalement à l’adulte le plus proche. On place toute sa confiance dans l’expérience et on est sûr qu’elle trouvera une solution. Quand Maman, de rage, balança son téléphone dans le ravin et qu’elle se laissa tomber sur un tronc d’arbre, nous fûmes tout les deux pris d’une angoisse qui nous oppressa la poitrine. Lorsque l’on se rend compte que l’être que l’on croyait roc, s’effondre devant vous, cela vous déchire au plus profond et toutes les peurs vous remontent d’un coup à la gorge. Maman ne savait pas quoi faire alors qu’elle était censée savoir. C’était elle la mère, c’était elle qui devait nous protéger, nous prendre dans ses bras et nous dire de ne pas nous en faire. Au lieu de ça, elle restait prostrée sur son tronc d’arbre et regardait dans le vide. Au bout d’un moment, Arthur se leva et vint lui poser le bras sur son épaule. Elle releva la tête et Arthur souriait. Derrière son regard triste, Maman esquissa elle aussi un sourire. Qu’elle étrange vision que celle de ce gamin qui rassure sa mère, qui la sert dans ses bras et qui lui assure que tout va s’arranger. Pendant longtemps après, je me suis demandé si Arthur était juste inconscient et s’il avait agi par pur automatisme à la vue de la détresse de sa mère. J’appris des années plus tard, qu’il était alors terrorisé et qu’il avait un intense besoin de chaleur maternelle mais qu’il n’avait pas vraiment su comment faire, alors il avait souri. Quoique qu’il en soit, ce moment d’harmonie familiale nous avait tous remis d’aplomb et nous décidâmes de suivre la falaise.

Le terrain était accidenté et la végétation basse et dense. Nous suivions une minuscule piste d’animaux mais nous étions sans cesse ralentis par les branchages des buissons. Le soleil tapait fort et les fourrés étaient trop bas pour nous donner de l’ombre. Bientôt, le sol se mit à descendre, les buissons se faisaient plus épars. Les arbres devenaient de plus en plus grands et en quelques minutes, nous arrivâmes dans une belle forêt aérée et fraiche. Par terre, les feuilles faisaient un tapis mou et agréable. Nous marchions maintenant d’un bon rythme et le soulagement d’être sorti du passage difficile nous mit de bonne humeur. Maman et moi marchions côte à côte pendant qu’Arthur vadrouillait autour soulevant une souche, arrachant une écorce en faisant levier avec son couteau, fourrageant fiévreusement dans les feuilles mortes.

Soudain Arthur poussa un cri et nous courûmes aussitôt vers l’endroit d’où il provenait. A quatre pattes, Arthur se goinfrait de fraises des bois. Il releva la tête et nous sourit, le tour de la bouche rouge.

- Des fraises des bois, elles sont bonnes ! dit-il avant de replonger.

Il était presque quatre heures et nous n’avions pas de goûter, aussi, nous plongeâmes aussi dans le tapis de fraises et nous goinfrâmes comme si personne ne regardait. Elles étaient minuscules mais délicieusement sucrées. Il en fallait beaucoup pour faire une vraie bouchée mais Arthur avait trouvé un vrai filon et chacun put se rassasier sans qu’il eut semblé que le tapis ne fut entamé. Une fois repus, nous nous remîmes en marche. Cette fois-ci, Arthur trainait un peu derrière, assommé par la montagne de fraises qu’il avait englouti et que son estomac digérait difficilement, aspirant toute son énergie.

La lumière diminuait lentement à travers les feuilles des arbres et nous continuions toujours. Le terrain plat avait cédé la place à une série de petites collines qui rendaient la marche épuisante. Les montées nous découpaient les cuisses et les descentes mettaient à rude épreuve nos genoux. Les cailloux qui roulaient sous nos pieds nous donnaient une démarche de pingouins ivres. Nous commencions à être très sales et la fatigue nous pesait de plus en plus.

Le soir tombait et nous décidâmes de nous arrêter lorsque nous arrivâmes à une rivière d’environ dix mètres de large. Les bords étaient plats et de gros rochers allaient nous permettre de nous abriter un peu. Maman se laissa tomber sur les fesses, le dos calé à un rocher. Elle pencha la tête en arrière, ferma les yeux et resta là, sans bouger.

- Bon, toi tu vas nous trouver quelque chose à manger, dis-je à Arthur, moi je vais essayer de faire un feu.

Arthur partit le long de la rivière tournant la tête de droite à gauche. Autour, descendant des arbres, pendaient des lianes sèches. Je tirai sur l’un d’elle et, après beaucoup d’effort, elle tomba à mes pieds. Je la dépiotai et récupérai le filet de toile entre l’écorce et le bois. J’en fis un beau tas bien sec. Un peu plus loin, je trouvai une écorce plate, un bâton de hêtre bien droit et une demi coquille de noix. Je découpai dans le noisetier qui faisait de l’ombre à ma mère, une branche fine et souple. J’utilisai mon lacet pour confectionner un arc. Je creusai une petite encoche dans l’écorce plate et cassai en deux la branche de hêtre pour obtenir un bout pointu. Je passai mon lacet autour du bâton, plaçai la pointe dans l’encoche et maintins le tout par l’autre bout du bâton grâce à la coquille de noix. Je plaçai ensuite le tas de toile sur l’écorce et par un mouvement de va et vient rapide avec mon arc, j’entrepris de chauffer le bois par frottement. Après seulement quelques dizaines de secondes d’effort, j’obtins une minuscule fumée blanche qui me donna du courage et m’arracha un sourire de satisfaction. Bientôt, une flamme s’éleva et je plaçai aussitôt des brindilles de bouleau dessus qui prirent instantanément.

Quand Arthur revint, un grand sourire aux lèvres, il sauta de joie en voyant le feu. Bien qu’extrêmement fier d’avoir réussi à faire un feu, je feignis l’indifférence et lui demandait :

- Alors, le repas ?

- J’ai trouvé des écrevisses, répondit-il.

Empli d’un sentiment de responsabilité, je posai ma main sur son épaule et lui serrai doucement. Arthur tourna la tête et me sourit d’un regard fier. Gênés tous les deux, nous nous détournâmes et entreprîmes de décortiquer les sept petites écrevisses qui s’agitaient par terre. Nous les posâmes sur une pierre plate et chaude et les regardâmes cuire, un sentiment de paisible accomplissement nous enveloppant. Nous réveillâmes Maman et lui présentâmes trois écrevisses sur une feuille de chêne. Elle parut surprise de s’éveiller auprès d’un bon feu et d’un repas.

- Merci, mes chéris, dit-elle.

Nous mangeâmes en silence, les yeux fixés sur le feu.

La nuit était tombée et la température était descendue. Nous étions tous les trois en tenue d’été aussi, nous nous serrâmes les uns contre les autres. Plus tard, Arthur et moi nous levâmes et nous partîmes pour la corvée de bois. En quelques voyages, nous avions ramené un gros tas de buches et de branches qui devrait nous tenir toute la nuit. Nous rechargeâmes le feu et rejoignîmes Maman qui s’était assoupi.

Je me réveillai en sursaut, grelotant. Le feu était presque éteint et ne dispensait plus qu’une faible lumière rouge. Je me levai sans réveiller Maman et Arthur et remis deux grosses bûches dans le feu. Arthur était lové dans les bras de Maman et dormait à poings fermés. Maman, repliée sur son fils semblait vouloir rentrer en elle-même. Je les observai un moment, leur aspect me rendit triste. J’entrepris de réfléchir à la conduite à adopter lorsque le jour viendrait. En descendant la rivière, nous finirions bien par arriver à la civilisation. Mais ça ne résoudrait pas le problème du Papa perdu. Dès que nous trouverions une maison, il nous suffirait d’appeler la police. Papa a du bon sens – contrairement à Maman – s’il est sorti du bois, il a dû appeler quelqu’un tout de suite. Donc, dans tous les cas, tout s’arrangera demain. Rassuré par de telles pensées, je me laissai allé à somnoler. Ma tête tombait en avant, emportée par le poids de la fatigue.

Je rêvais à cent à l’heure, je courais beaucoup, sans avoir l’air d’avancer, j’avais beau y mettre toutes mes forces, je n’arrivais pas à rattraper la silhouette devant moi qui pourtant avait l’air de marcher tranquillement, les mains dans les poches. J’avais beau appeler, rien n’y faisait, la silhouette n’entendait pas. Soudain, la silhouette s’arrêta. Je redoublai d’effort et je la vis se rapprocher lentement. Arrivé à quelques mètres, le souffle court, j’appelai encore une fois. La silhouette se tourna lentement et un cri horrible emplit l’atmosphère. Je reculai rapidement, trop rapidement, bientôt la silhouette disparut. Le même cri, plus proche, retentit à nouveau.

Je me réveillai en sursaut. La sueur me coulait dans le cou. Je mis quelques secondes à me souvenir où j’étais. Cela ne m’angoissa pas. Au contraire, j’étais heureux d’échapper à ce rêve. Arthur et Maman n’avaient pas bougé. Soudain, le cri de mon rêve résonna dans la nuit. Arthur se redressa d’un coup.

- Qu’est-ce que c’était ?

Synopsis

Simon, le narrateur, Arthur, son petit frère, Victor et Cécile, ses parents, partent tous les quatre pour les vacances chez Grand-mère. Ils s’arrêtent sur une air d’autoroute où disparaît Victor. Les trois restants partent à sa recherche et finissent par se perdre dans les bois. Ils entendent un hurlement.

C’est la nuit et il fait froid. Pas d’indice sur la provenance du hurlement. Ils se créent toutes sortent d’interprétations sur la provenance du cri. Ils ne se rendorment pas. Au matin, ils se remettent en marche dans la forêt. Après quelques heures, une odeur fétide se fait sentir. Ils s’approchent et trouvent une tête de sanglier en décomposition. Un grognement derrière eux.

Un chasseur et son chien les regardent. Il leur propose à manger, un toit pour la nuit et d’appeler les secours de chez lui. Il les amène chez lui. Ils mangent. Le chasseur leur raconte son histoire. Il parvient à les piéger dans la cave, ils sentent un regard sur eux et entendent un souffle.

Un homme à moitié nu les regarde. Il est attaché et se met à hurler. Le même hurlement. Ils l’apprivoisent un peu en lui donnant du chocolat après une grosse frayeur. L’homme est le frère du chasseur, un attardé.

Pendant la nuit, Arthur parvient à sortir par un trou de souris et libère son frère et sa mère. Ils s’enfuient dans la forêt. Ils marchent dans la rivière pour l’odeur. Maman est faible. Elle tombe malade, elle a la fièvre. Ils s’arrêtent dans une baraque en ruine. Arthur et Simon essayent de trouver à manger. Un bruit de pas.

C’est le chasseur qui les cherche. Il entre dans la baraque et Simon le frappe. Il s’écroule. Ils s’enfuient encore. Toute la nuit, ils lui échappent de justesse. Et au matin, ils ne l’entendent plus. Maman délire. Elle s’écroule, inconsciente.

Les deux frères confectionnent un lit portable et se remettent en route. Ils entrent dans un marais et ont toutes les peines du monde à en sortir.

En sortant du marais, ils croisent deux randonneurs et leur racontent toute l’histoire. Ils se mettent tous en route vers la civilisation. Au détour d’une paroi rocheuse un rocher s’abat sur le premier randonneur et le second reçoit une fourche dans le ventre. Le chasseur apparaît, la tête en sang.

La bataille. Les frères repoussent le chasseur qui trébuche mais se relève. Il attrape Arthur et tente de l’étrangler. Coup sur la tête. Ils fuient en laissant Cécile. Une fois arrêtés, ils reviennent sur leur pas. Ils rattrapent le chasseur qui avait déshabillé Cécile. Un des frères prend la fourche et la plante dans le cou du chasseur.

Epilogue : Les deux frères ont retrouvé la civilisation en suivant le chemin des randonneurs. Cécile va mieux. Victor était tombé dans une ancienne cave oubliée, s’était cassé la jambe et s’était évanoui. En se réveillant le lendemain et ne voyant pas sa famille, il a prévenu la police qui a retrouvé les deux frères et la mère sortant de la forêt.

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