La prophétie de l'ombre : Lisa Badam

Giorgio Buitoni

Deuxième chapitre d'un projet de roman, La prophétie de l'ombre. Il peut se lire sans le premier.

Ironie du sort (pur cliché d'écrivain, elle n'existe pas d'avantage que le libre arbitre), c'est en cherchant de nouveau la lumière que l'ombre du grand aigle me reprit lentement sous son aile noire. De la manière la plus cruelle et la plus prévisible qui soit : par l'intermédiaire d'une femme. Convaincu (aidé par les médicaments) que ma folie m'avait conduit à inventer cette histoire de grand aigle noir pour masquer mes névroses et les blessures narcissiques de l'enfance, ma terreur du rejet et du désamour, je me fis avoir comme un bleu. Mon désespoir et le souvenir de ma chute vertigineuse au plus haut de ma sombre ascension se changeait peu à peu en une vieille photo souvenir jaunie. Un souvenir que je n'osais encore trop remuer, ni évoquer, tant il me semblait dingue et effrayant (comment avais-je pu en arriver là ? me répétais-je en frissonnant, tard le soir devant des documentaires animaliers),  mais sur lequel je parvenais désormais à blaguer du bout des lèvres devant mes collègues :

" Encore un coup des illuminatis " disais-je lorsque je renversais par mégarde mon gobelet de café au travail.

Mais la plupart du temps, j'évitais de réfléchir à cette période. C'était encore trop frais, et il me semblait qu'y penser me ferait basculer à nouveau dans la folie. Les rares moment où je m'aventurais à ressasser cette histoire (souvent un peu pété au vin rouge, le dimanche soir), me faisaient l'effet du visionnage d'un film constitué pour moitié des souvenirs d'un serial killer, et pour l'autre de mes propres souvenirs. Un tout incohérent et violent. Le souvenir de cette force qui s'était emparée de moi et que j'avais nommée l'ombre ailée m'effrayait autant qu'il me fascinait. La simplicité de mon existence à cette époque révolue et l'apparente réussite qu'elle m'avait apporté (j'avais obtenu une promotion au travail et avait été l'obsession amoureuse d'une bonne centaine de femmes) ne lassait pas de me troubler.

Ma vie était si plate à présent. Je cultivais un immobilisme forcené, fait de cocooning et de télé-achat, de plats cuisinés bio et de bains bouillants, de disques de Neil Young et de nouvelles de Carver, de discrétion et d'assiduité au travail, d'alcool et de constipation chronique ; toute forme d'audace et de changement étant alors pour moi synonyme de risque potentiel pouvant réduire à néant ma rémission encore fragile. Il me semblait avoir brisé le cercle vicieux de la violence, m'être extirpé de la boucle sans fin de mon existence passée ; violence-humiliation-chagrin-résignation-haine de soi-drogue conduisant de nouveau vers la violence des autres, l'humiliation, le chagrin, la résignation, la haine de soi et plus de drogue. A présent, j'avais la jolie petite vie de merde, confortable et ennuyeuse, dont chacun rêvait. Une vie minuscule faites d'habitudes minuscules au creux d'un bloc de béton minuscule abritant l'espoir minuscule que demain sera meilleur qu'aujourd'hui. Ce mode de vie dont je me gaussais autrefois lorsque mes amis vantaient les mérites anesthésiques de la maturité. Cette existence sans relief où le bonheur se résume à une bonne place de parking et une absence de souffrance, était désormais la mienne.

Ma première erreur fut de bouleverser cet équilibre antalgique en reprenant mes activités littéraires. Mon raisonnement était simple, le souvenir de mes succès scolaires en la matière était parmi les rares meilleurs souvenirs de mon existence. Je me mis en quête de la lumière encore une fois (en réalité, j'en prends conscience au fond de mon trou dans les bois, ma quête de lumière par l'écriture était précisément ce qui détruisis ma vie, mon égo malade et avide de reconnaissance n'était qu'une manifestation tentaculaire supplémentaire de l'ombre ailée, une ramification sournoise de son emprise). Je ne vis pas le danger venir. Il vint sous la forme d'un ange noir nommé Elisabeth Badam.

A notre premier rendez-vous, Lisa ressemblait à une version amaigrie et cynique d'Audrey Hepburn, une gracile petite brune au cheveux épais et à jupe courte comme tirée d'un conte noir pour enfant. De longues bottes noires grimpaient sur ses mollets filiformes. Ses  grands yeux noirs magnétiques me fixaient sans sourciller et m'obligeait à baisser les miens vers le fond de mon verre de vin. Lisa buvait littéralement ma conversation et je tombais instantanément sous le charme (en réalité Lisa, en bonne avocate, tâchait d'en apprendre le plus possible sur ma personnalité, pour mieux me séduire et me manipuler).

Je ne compris pas tout de suite la cause de mon attirance irrésistible pour Élisabeth Badam. Sa maigreur de chat, son sourire glacé, son cynisme assumé ? Après quelques mojito bien dosés en rhum, je réalisais où elle s'enracinait : Lisa ressemblait à une bouture de mon passé. Brillante, subtile, souriante, intelligente, attirante, destructrice par nécessité. En la regardant boire attentivement mon baratin sinistre accoudée au comptoir, je me revoyais autrefois écoutant les pathétiques histoires de cœur de mes martyrs d'un soir, attendant patiemment le moment de les culbuter et de les trahir. J'eus un sentiment glaçant, fugace, mais très net : j'étais en train de confier ma vie et mon intimité au pire prédateur qui soit : une incarnation féminine de mon ancien moi. Lisa remarqua le blanc dans mon monologue (j'étais arrivé au récit du souvenir de mon passage à l'asile). Elle interpréta la légère frayeur dans mon regard et effleura mes doigts. Exactement le geste que j'aurais eu autrefois en pareille situation : craignant la fuite de ma proie avant que mon bec ne se referme autour de sa gorge. Il me semblait entendre le grand aigle ricaner. Ma nuque se glaça ; je chassais cette pensée et mis ce sentiment de malaise sur le compte de l'alcool et l'anxiété de me trouver de nouveau face à une femme que je trouvais séduisante (en réalité, le piège se refermait sur moi). Après tout, j'avais fait très peu de rencontre internet depuis mon épisode délirant, craignant que le moindre changement dans ma vie viennent à couler le radeau d'habitude et d'ennui que j'avais peiné à construire et à maintenir à flot. Tandis que je me saoulais au Mojito, Lisa évoqua son métier d'avocate, sa relation difficile avec son père, l'alcoolisme de sa mère... Je le sentais, les petits nerfs de douleur se tissaient déjà entre nos deux cœurs noircis au pochoir par une enfance destructrice. J'aurai du fuir vers mon appartement et me pinter au rosé devant un documentaire sur la pêche à la crevette. Au lieu de ça, je louchais à intervalle régulier sur la pendule, me demandant chaque seconde avec angoisse à quel moment Lisa allait me quitter et prononcer le mensonge habituel :

" C'était sympa. On s'appelle. "

Lisa s'en irait, prétextant un réveil matinal pour se soustraire à ma présence ennuyeuse après cette heure de politesse, et me laisserait en proie au sentiment amer et frustrant qu'on éprouve quand la chose que vous ignoriez souhaiter vous est offerte, puis retirée dans la foulée. Le genre de contrariété que j'avais évité comme la peste durant cette année écoulée, d'une platitude routinière et salutaire, et cette contrariété  se précipitait à présent à ma rencontre comme un char d'assaut.

Mais Lisa resta (elle voulait sa proie).

A ma grande surprise, elle trouvait la loque neurasthénique, casanière et ennuyeuse que j'étais devenu, ce résidu psychiatrique boursoufflé par les antipsychotiques et la boisson, séduisant. Mon erreur fut de mettre en avant, comme un paon fait la roue, mon statut d'écrivain. En réalité, je le confiais à Lisa, j'étais aussi écrivain que mon père était pompier, mais j'avais sincèrement repris mes activités littéraires depuis mon épisode psychotique (sans grand succès, toute forme de concentration semblait avoir coulé avec moi au fond de l'abime dans lequel l'ombre m'avait jeté après m'avoir fait miroiter la gloire). J'avouais à Lisa chercher à nouveau la lumière procurée par la rédaction de mes jeunes années Le petit garçon qui disparait, mais que je ne produisait en réalité que de médiocres nouvelles dépressives, sinistres à précipiter un clown sous une rame de métro un jour de pluie. Cette remarque cynique et sincère la fit glousser ; son regard brilla plus encore et mon cœur se grippa d'avantage à la perspective des adieux proches et inévitables sous les halogènes à l'entrée du rade.

" Tu me le montres ?

- Quoi ?

- (Sa main se posa sur mon poignet)Ton manuscrit. "

Sans bien y croire, nous gagnâmes donc mon appartement à deux pas. Dans le salon, un peu honteux du désordre des lieux et des bouteilles vides trainant un peu partout (car j'étais à présent parfaitement alcoolique), je lui montrais mon manuscrit en cours. Ses grands yeux noirs balayèrent quelques pages et puis se levèrent vers mon visage inquiet.

" J'aime bien... Tu me le prêtes ? "

La demande me surprit, mais j'acquiesçais en déglutissant péniblement car cela signifiait que nous nous reverrions (ou la perte de mon manuscrit). Ce fut ma deuxième erreur : cet intérêt pour mon œuvre me donna le courage d'embrasser Lisa et nous fîmes l'amour deux fois. La semaine suivante, elle m'envoyait par mail une copie corrigée de mes écrits assortis de commentaires élogieux, et je fis une troisième et fatale erreur : croire que j'avais rencontré la femme de ma vie. En un sens c'était vrai : il n'y aurait pour moi désormais plus d'avenir sans Lisa Badam.

Les signes étaient partout, mais je les ignorais (après tout, j'étais fou, me disais-je pour me justifier, il n'y a PAS d'ombre ailée).

Lisa et moi primes l'habitude rapidement de partager nos silences et nos regards craintifs trois nuits par semaine le weekend. Le samedi nous nous tournions autour dans la cuisine, la chambre, le salon, nous frôlant avec gêne comme deux petits animaux apeurés,  fascinés du péril qui était en chemin et que nous ne pouvions fuir (nous ne pouvions vivre en compagnie d'amants "normaux", ni avec nos semblables sans nous autodétruire). Nos joutes d'humour cyniques et d'autodérision masquaient à peine la vérité : nous avions reniflé l'odeur de la mort et de la violence sur nos peaux respectives.

Ce qui me mit la puce à l'oreille (je tâchais de ne pas y prêter attention de toute mes forces), c'est que rien ne m'ennuyait concernant Lisa. Ni son étrange rituel du lundi matin, avant les adieux gênés qui nous sépareraient jusqu'au weekend suivant, qui consistait à chausser d'horrible chausson panda en peluche au saut du lit. Ni l'absence de bonjour au réveil quand elle passait devant moi les bras enroulés autour de sa frêle poitrine comme une camisole de force, gardant fermés les pans d'un grand gilet de laine noire. Ni son air de petite souris importunée par le froid de l'appartement au matin et par la présence dans son salon de cet homme bouffi de médicament en caleçon et T-shirt Led Zeppelin sirotant un café et l'observant dérouler ses habitudes immuables. Cet homme qui se disait écrivain et qu'elle semblait ne pas reconnaître malgré l'orgasme qu'il lui avait offert la veille au couché.

Je l'entendais ensuite œuvrer avec délice dans la cuisine à la recherche d'une tasse et d'une bouilloire pour préparer son thé. Je n'avais pas besoin de l'image, le son était suffisant, parce que c'était le son de Lisa. Produit par ses mains fines aux longs doigts. Parce que le son signifiait simplement que Lisa était là et que je me trouvais suffisamment près pour entendre l'écho des préparatifs de son petit déjeuner. Ensuite, Lisa me rejoignait au salon munie d'une tasse de thé fumant et s'asseyait sur le fauteuil club à l'écart du canapé. Elle groupait ses genoux sous la tasse fumante, telle une enfant, les deux mains cerclées autour du récipient, en quête de sa chaleur – récipient sur lequel je pouvais lire l'inscription : « l'amour est une maladie ». Nous louchions l'un vers l'autre, en petits assauts répétés, à la dérobée. Après quelques gorgées silencieuses de thé bouillant, son immense regard noir, plissé par la vapeur du thé qui s'échappait en petits rouleaux blancs de la tasse,  se posait enfin sur mon visage.  Nous n'osions sourire de crainte de dévoiler l'attachement foudroyant qui nous unissait déjà, nous nous contentions d'un rictus désabusé et factice. Puis Lisa disait :

« T'as rien d'autre à foutre ? »

Elle gagnait la salle de bain, vaguement réveillée, et se douchait en fredonnant des chansons d'Alanis Morisette, tandis que je m'habillais lentement tâchant de ne pas penser au futur. Lorsque Lisa émergeait la salle de bain dans un brouillard de vapeur et de parfums cosmétiques, la porte d'entrée de l'appartement grinçait, et elle me criait du vestibule :

« Dehors, sale petite chose imprévue ! »

Nous nous quittions sur le pallier de l'appartement. Les cheveux noirs et mouillés de Lisa, balafraient son visage pâle. Le corps enroulé dans une serviette éponge, ses pieds blancs s'entortillaient autour de ses chevilles nues sur le pas de la porte d'entrée, et un sourire embarrassé déformait ses lèvres en cœur, retroussées, pleines et charnues, sculptées pour prononcer des phrases telles que :

« Je ne veux pas souffrir, tu sais... Restons léger. »

C'était inévitable.

Nous étions le précipité anxieux du même bouillon violent. Et notre nature monstrueuse et craintive nous interdisait de nous attacher trop longtemps. La vraie question était : qui tirerait le premier ?

Durant la semaine, j'arpentais les couloirs de mon entreprise, l'air anxieux, le regard absent. Dans l'ombre d'un rétro-projecteur, je continuais d'animer des réunions auxquelles je ne comprenais rien –  ce qui n'était pas nouveau en soi – sur le développement durable en entreprise ou la nécessite de se laver les mains en période hivernale et de jeter ses kleenex souillés dans une corbeille en période d'épidémie grippale. Je préparais des slides powerpoint agrémentés des couleurs de la boite (le bleu pantone 286 et le vert 123c), savamment utilisés en jolis dégradés ou sous la forme de charmants petits ornements graphiques photoshopés, permettant de faire oublier à mon auditoire ma totale ignorance au sujet des données que je présentais. Mais la plupart du temps, je louchais nerveusement sur l'écran de mon téléphone et sursautais à la moindre vibration de mon toaster de cervelle.

Parfois Lisa m'écrivait un sms dès son départ de l'appartement le lundi matin. Il était écrit :

« Merci pour ce merveilleux Weekend. Je t'embrasse. »

Ou bien : « Le temps me semble déjà long... »

Et à la lecture de la prose laconique de Lisa, je me sentais comme arrivé quelque part après un long voyage. Cet endroit sombre m'effrayait, mais c'était l'endroit où je voulais habiter le restant de mes jours. Souvent après la réception des messages de Lisa, j'hésitais à me rendre sur Tinder. La perspective d'un rendez-vous clandestin, d'une issue de secours à ce naufrage programmé, me rassurait. Je me ravisais chaque fois. Je ferais demi-tour le moment venu, pensais-je avec culpabilité. Je niais ce qui était en train de germer en moi, et qui était le festin favoris du grand aigle (avec la culpabilité) : un chagrin d'amour. Je secouais la tête, et me persuadais une fois de plus de l'imposture de l'existence de l'ombre ailée :

" C'est le fruit chimérique de ton cerveau craintif et anxieux, tu dois t'en convaincre : il n'y a PAS de grand aigle noir. "

En vérité, je reniflais la puanteur soufrée du grand aigle derrière les fragrance Givenchy de Lisa, mais mon cœur ressentait enfin quelque chose depuis ma sortie de l'asile. J'étais comme un bourgeon revenant à la vie après dix années d'hypothermie, et cela valait mieux que de trimballer ma morgue au travail et les longues nuits d'insomnie occasionnées par la moindre toux suspecte,  passées sur Doctissimo à la rubrique cancer du poumon.

Le plus souvent, trois jours s'écoulaient sans nouvelle de Lisa. Dès le mercredi matin, je fumais Camel sur Camel sous le porche du bâtiment de l'entreprise (j'avais repris à fumer sous l'influence de Lisa), faisant les cents pas entre deux réunions, portable à la main, braqué devant moi comme une baguette de sourcier. Les nuits étaient courtes et alcoolisées. Le jeudi (souvent), lorsque Lisa m'écrivait enfin, c'était pour me signifier un reproche déguisé sur mon propre silence :

« Pendant ce temps à Vera Cruz... »

Les trois petits points n'étaient jamais bon signe chez Lisa.

D'autre fois, c'était un simple et neutre :

« Salut, ça va ? »

Et j'imaginais Lisa tourner en rond dans son cabinet d'avocate, à ruminer sur l'incommensurable effort qu'il faudrait déployer et sur la situation dangereuse dans laquelle elle se mettait en prenant l'initiative d'écrire ce banal message. J'étais soulagé que notre crainte et notre prudence fut partagées face l'abominable sentiment qui nous liait malgré nous. Et je répondais du même ton prudent :

" Oui, et toi ? "

Certaine fois, Lisa était euphorique et dix textos suivaient ma réponse :

« Vite ! Le Weekend ! » où «  j'ai envie de ta queue, maintenant ! »

Mais si je me laissais aller à lui répondre :

« Je peux passer ce soir, si tu veux. ;) »

Il s'en suivait invariablement trois jours de disette SMS de la part de Lisa (c'était une variante des calottes de ma mère, suivie des habituels " Mais maman t'aime, mon chéri "). Et des heures d'angoisse mêlées d'excitation fébrile où j'écrivais sans discontinuer en buvant du St Chinian à la bouteille (mes textes étaient toujours un bon prétexte pour contacter Lisa par mail et discrètement m'assurer qu'elle ne m'avait pas débarqué de sa vie - elle répondait toujours à l'envoi de mes œuvres par un commentaire encourageant et admiratif).

Puis le soulagement arrivait.

Quand je passais la porte d'entrée de son appartement le vendredi soir, Lisa se suspendait à mon cou  comme une enfant, le regard fébrile. Nous nous enlacions longuement. Le weekend, nous vivions souvent en reclus. Nous nous amusions de nos nombreux points communs. Nous les dénombrions comme si cela était une justification suffisante du naufrage vers lequel nous nous dirigions contre notre volonté. Et aussi un moyen de le retarder. Nous nous asseyions côte à côte sur le balcon, Lisa posait sa tête contre mon épaule, ses cheveux noirs chatouillaient mon cou, et elle disait :

« Tu t'appelles Adam, je m'appelle Badam. »

Je répondais en tirant sur une cigarette :

« Je suis brun, tu es brune. »

Lisa marquait un silence, ses immenses yeux noirs se posaient sur les chats errants se chamaillant dans l'herbe, quatre étages plus bas, et elle disait :

« J'habite au quatrième étage.

– Moi aussi. »

Lisa m'offrait une salve de ses bisous mitraillettes de grand-mère sur le cou et disait :

« Je suis du groupe sanguin B+ »

Je répondais :

« Je suis du groupe sanguin B+ »

Lisa soupirait et murmurait :

« Je vais te sucer. »

Ce fut en ce long weekend du premier novembre, que l'inévitable se produisit : l'un d'entre nous fit un faux pas, s'écartant de la fragile ligne de démarcation et de prudence qui nous protégeait jusqu'alors.

Ce dimanche-là, l'été se prolongeait bien au-delà de ses frontières habituelles, et le thermomètre affichait près de 23 degrés. Lisa entamait une de ses phases up, sans migraine. Elle avait décidé de nous conduire vers la plage. Nous avions descendu le remblai de béton en direction du sable, déplié nos serviettes, puis enfilé nos maillots de bain. En chemin, l'humeur de Lisa avait changé. Elle s'était allongée sur sa serviette et avait commencé à lire un livre intitulé « les personnages célèbres morts par amour », sans prêter attention à ma présence. Je regardais en silence son corps maigre et blanc, allongé sur le dos en bikini noir, en remarquant, comme avec Marianne autrefois, que l'absence de conversation ne me gênait pas (encore un signe que j'avais ignoré). La plage était surpeuplée pour la saison, en raison de cette petite victoire de l'été sur l'automne. Lisa était absorbée par son bouquin et j'étais allé au bord de l'eau ramasser des coquillages sur le sable mouillé. Les pieds dans l'eau glacée, je repérais ceux en forme de glaces italiennes torsadées et en ramassais deux bonnes poignées. Je remontais la plage et les déposais sur la serviette de Lisa, en projetant un peu d'eau de mer glacée sur son corps pâle et maigre cuisant au soleil. Par-dessus la couverture de son livre, Lisa avait souri et jeté un œil à sa serviette en silence ; son visage s'était assombris à la vue des coquillages et elle avait abaissé ses Rayban aviator pour me dévisager. Son regard était celui d'une petite fille effrayée contemplant un père incestueux, et elle avait dit :

« Pourquoi ai-je l'impression qu'une paire de menotte est cachée derrière cette offrande ? »

C'est là que, en s'allongeant à ses côtés, décontenancé par cette réaction imprévue, j'avais prononcé les mots interdits aux esclaves de l'ombre ailée :

« On est plus forts à deux, Lisa. »

Lisa avait pouffé, puis avait roulé sur sa serviette et s'était assise à califourchon sur mon entrejambe. Elle s'était frottée tout contre ma queue sous les yeux ébahis des familles autour,  jusqu'à ce que je bande, et s'était retirée au moment où mon sexe était suffisamment volumineux pour changer mon slip de bain en petit chapiteaux honteux. Je m'étais tourné sur le côté ; Lisa avait poursuivi sa lecture et recouvré son air sombre et distant. A seize heures trente, le vent s'était levé, nous rappelant à l'automne, et nous avions remballé nos affaires sans un mot. Au moment de quitter la plage, Lisa avait fixé longuement les coquillages, et demandé en pointant de la mâchoire ma ridicule offrande d'adolescent :

 « Ça t'embête si je ne les emporte pas ? »

Ce soir-là, nous fîmes l'amour quatre fois sans préservatif (pour la première fois). L'attitude de Lisa avait changé ; elle souriait. Pelotonnés l'un contre l'autre sur les draps trempés de sueur, nous évoquèrent notre enfance, notre passé. Les coups que j'avais subis. Le père de Lisa qui ne téléphonait jamais. Lisa se confia sur sa relation précédente (cinq années avec un brave type cocu jusqu'à l'os qui bossait dans l'informatique). Elle m'avoua être tombée enceinte de cet homme, et me confia l'avortement qui s'en suivit. L'horreur et la tristesse que son geste avait engendré ensuite. Elle tremblait dans mes bras. Je me sentais comme au pied d'une forteresse imprenable dont les portes s'ouvraient comme par miracle après des années de siège. Je contemplais l'intérieur de Lisa. Sa peur de la maternité. Sa peur du rejet. Des hommes. Sa peur tout court. Je contemplais ma propre peur de la décevoir. Ce qui était inévitable, elle le savait. Nous portions en nous la même coquille brisée de l'œuf noir.

Nous nous quittèrent un mardi matin, en raison du pont du 1er novembre. Ce matin-là, contre son habitude, Lisa me serra dans ses bras longuement sur le pas de la porte. Puis elle se dégagea de mon étreinte subitement, sa tête s'inclina sur mon épaule et ses immenses yeux noirs prirent à nouveau cet aspect suppliant, ce regard que j'imaginais être celui d'une victime face à son bourreau. Puis elle murmura :

« Ne me fais pas de mal... »

Mais ce regard, en réalité, j'en convint beaucoup plus tard, à la naissance de notre fille Julie, signifiait :

« Désolée, JE vais te faire du mal. »

A la place Lisa dit :

« Tu as été parfait. Ce Weekend était parfait. »

Mon sourire, comme celui de Lisa, était embarrassé, contrit. J'oubliais même de rentrer le ventre. C'était en train de se produire : quelque chose de plus fort que nous tissais avec fascination les sutures de souffrance dont les amoureux se servent pour se déchirer le moment venu. Nous l'admettions avec une résignation tacite et un ébahissement croissant : nous nous aimerions puis nous détruirions tels les deux monstres que l'ombre avait crée. Nous étions né du même œuf noir et étions d'autant plus dangereux que nous avions l'expérience et l'endurance du mal du à notre passé et notre maturité. Nos longs aveux sur l'oreiller avait scellé le pacte.

Ce fut Lisa qui changea le plus.

La semaine qui suivit le premier novembre, elle me bombarda de messages enflammés. A la suite de quoi, les jours suivant, ses sms recouvraient un ton plus administratif quand  elle réalisait la trop grande effusion d'affection dont elle avait fait preuve la veille dans ses messages – en tout cas c'était mon interprétation ; la vérité étant que Lisa courait peut-être plusieurs lièvres à la fois. Mon cœur oscillait dans les montagnes russe, et cela ne fit qu'accentuer le lien monstrueux qui me reliait à Lisa. Je mangeais peu, et buvais beaucoup durant la semaine pour tempérer mon angoisse de la perdre.

Les weekend suivants furent fabuleux. Lisa était radieuse. Elle m'offrait des livres, cuisinait pour moi, m'emmenait voir des expos dont nous avions discuté le weekend précédent. Elle acheta des porte-jarretelle pour me séduire – je lui avais confié dans l'intimité que trouvait cela sexy. Elle me fit roi. Je devins le petit centre tendre autour duquel s'articulait et gravitait la vie de Lisa Badam. De mon côté, je me recroquevillais sous le poids du sentiment éprouvé (cet amour monstrueux dans son ampleur que nous ne nommerions jamais amour - c'était plutôt un apprivoisement). Elle sentait ma réticence croissante (je tâchais de la dissimuler en multipliant les coïts). Et finalement, la nature de Lisa repris le dessus, l'ombre de l'aigle en elle se réveilla, s'indigna de ce qu'on voulu l'enchaîner à une douleur certaine.

C'est elle qui tira la première le weekend suivant.

Ce samedi-là, Lisa voulu voir des loups.

Lisa voulait des naseaux fumants dans le froid et des yeux jaunes cruels brillants dans le jour pâle.  Quelque chose en quoi elle pouvait croire. Elle voulait du sang et de la bave. Quelque chose de vrai. 

Je répondis qu'il suffisait de se rendre dans n'importe quelle galerie commerciale un premier jour de solde.

Nous nous rendîmes au zoo en voiture.  

En vérité, les loups ressemblaient plutôt à des gros chiens de traîneaux. Des cousins Disney ventripotents et lointains de ceux aperçus sur la chaîne Nature, tard le soir, dans mon appartement. Identiques dans leur allure à ces chats-poussahs d'appartements incapables de bondir d'une chaise, qui répandent leur paresse sur le moindre coussin avant de crever du diabète. 

Les loups étaient allongés derrière les grilles, sur les hauteurs d'un rocher, langue pendante, leur panse molle s'étalait comme un magma poilu sur la pierre. En contrebas, une louve avec ses louveteaux nous observaient. La louve s'était avancée vers nous et avait gratté le béton. Elle avait gambadé le long de la fosse la séparant de la grille de protection. Et Lisa avait dit :

« A ton avis, elle sait que nous aussi nous sommes enfermés dehors ? »

Lisa voulait savoir.

Elle voulait quelque chose qui n'était pas propulsé à la une par des millions d'internautes. Elle voulait savoir ce qu'il en était de l'amour. Au delà des images d'Épinal. Des romans à l'eau de rose, des feuilletons du samedi soir et de la famille Kardashian. Elle souhaitait savoir si on pouvait échapper à l'emprise du grand aigle par le cœur (on ne pouvait pas).

La louve trottinait derrière la grille, les pattes hautes. De droite à gauche. De gauche à droite. Tel un cheval de cirque. Puis elle s'était assise face à nous, au garde à vous. Elle louchait sur nous par en dessous et couinait tout bas. Ses pattes blanches grattaient devant elle.

« Ses yeux,  ses yeux... » avait soufflé Lisa.

Puis j'avais vu sa main pâle et fine porter un coin de son écharpe à ses yeux. Le jus noir de tous ces lapins morts coulait du regard de Lisa.

« Elle réclame de la bouffe, Georges. Elle nous fait son numéro d'aguicheuse. Elle mendie. Va faire un tour au guichet des impôts et du pôle emploi, tu verras des tas de gens affichant le même genre de regard. La domestication et la dépendance sont les pires chose qui puissent arriver à un être vivant. Tu comprends ? Tu comprends ? »

Lisa voulait des babines écumantes et des crocs déchiqueteurs. Elle voulait de la cruauté authentique comme dans les contes d'Andersen.  Elle voulait des petits louveteaux aux poils collés d'hémoglobine lapant la panse d'un cerf éventré. Mais ces loups-là,  avait dit Lisa d'une voix étranglée, c'était  juste des polos Lacoste chinois avec le crocodile cousu à l'envers. Et, contre tous ses principes, Lisa avait pleuré plus fort.

Je me sentais idiot de ne pas pleurer (depuis mon épisode délirant, ma tristesse s'exprimait par la constipation et l'abus d'alcool). Alors j'avais raconté à Lisa, en la serrant contre moi, la fois où mon père m'avait emmené au zoo de Thouary (un des rares souvenirs en compagnie de mon père). J'avais six ans et une côte fêlée, et mon père avait dit, en regardant sa montre, que les loups appartenaient aux rares mammifères vivant en société. Comme les lions. Ou les humains. Mon père savait quantité de chose dont personne n'aurait l'idée de se servir pour faire ses courses en ligne, mais c'était utile dans ses dîners d'affaire. Je racontais cette anecdote à Lisa pour la consoler. Pour qu'elle cesse de pleurer. Mais son regard reflétait toute la glace du pôle sur ma silhouette. Elle répondit que notre espèce était  plus proche des bactéries ou du cancer.

C'est à peu près à ce moment-là l'ombre ailée déploya de nouveau ses ailes sur ma vie et m'ouvrit les yeux sur notre relation (mais il était trop tard, j'avais ignoré les nombreux signes que l'ombre m'avait envoyé. Comment avais-je pu douter que cela ce produirait ?).

Un vendredi soir, à mon arrivée à l'appartement de Lisa, je remarquai pour la première fois les étranges statuettes blanches aux silhouettes étirées et au ventre gonflé disposées sur les étagères du salon. L'une d'entre elles avait de grand yeux globuleux et serrait dans ses bras un enfant monstrueux et sans regard. Une autre palpait son ventre hypertrophié de ses mains démesurément longues aux ongles griffus. Toutes des femmes enceintes. Des femmes-gargouilles enceintes de l'avortement de Lisa.

« C'est moi qui les aies sculptées. Tu aimes ? » demandait Lisa.

Pour la première fois, je remarquai le strabisme de Lisa en période de migraine et de fatigue. La manière dont ses yeux tremblaient rapidement de droite à gauche sans raison lorsque je l'embrassais un peu trop. Je notais ces moments où elle s'arrangeait pour m'éloigner de l'appartement en m'envoyant chercher des cigarettes ou des légumes à la supérette. Je m'apercevais qu'à mon retour du bureau de tabac, elle tapotait sur son téléphone en souriant. Je réalisais que son téléphone vibrait souvent. Un soir, assis sur le canapé de Lisa, je surpris l'arrivée d'un message qui disait : Comment peux-tu me faire ça, salope ?

« C'est un ex, s'était justifié Lisa. Je ne veux pas le faire souffrir, mais il est tombé amoureux de moi. »

Elle semblait flattée par ce message, attristée aussi, et en même temps fasciné de l'immense pouvoir de domination qu'elle exerçait sur son expéditeur. Elle ricanait (le même ricanement glaçant que l'ombre ailée) et soupirait à mesure qu'elle lisait le contenu de la longue diatribe du malheureux expéditeur sur l'écran de son I-phone. Son regard se plissait et semblait par moment au bord des larmes. Je dérobais quelques mots sur l'écran du portable du coin de l'œil :

« Après tout ce temps...»

« C'est tout ce .... te fait ? »

« Comment peux-tu me...»

Je notais que le lendemain matin suivant ce message, Lisa subit une nouvelle crise de violente migraine qui la fit vomir la moitié de l'après midi.

Il s'ensuivit de longues heures de retard de sa part, lors de nos rares rendez-vous à l'extérieur, dans un bar ou à mon appartement. Elle prit l'habitude de ne jamais s'en excuser. Je fus témoin de cette nuit où elle se pointa à la porte de chez moi en mini-jupe et talons hauts, la crinière emmêlée, avec plus de trois heures de retard. Son arrivée suivait une joute par sms entre elle et moi au sujet de l'heure de notre rendez-vous, où elle avait finit par conclure:

« Je viendrais à 20 heures !!! Sauf  intercalage d'un plan cul !!! »

Avant d'écrire à suivre :

« Non, non, non !!! Je ne voulais pas écrire ça !!! Je voudrais me couper les doigts !!! Pardon ( petit regard de chat triste) !!! »

Lorsqu'elle avait sonné à l'interphone et que j'avais ouvert la porte trois heures plus tard que l'heure convenue ensemble, je remarquais son air de minou contrarié, légèrement factice. Sa manière de me sauter aux épaules, enroulant ses jambes autour de ma taille, jusqu'à me faire chuter dans le vestibule. Les baisers trop nombreux qui s'en suivirent sur le carrelage, la fougue avec laquelle elle m'avait sucé, comme on maquille un crime.

Je remarquais ces dimanche où Lisa quittait une pièce lorsque j'y entrais. Son obsession pour le ménage. Les documentaires sordides qu'elle m'infligeait les longs dimanche pluvieux – des vidéos You tube relatant des enquêtes et des procès sur des crimes atroces et non élucidés ; des meurtres d'enfants au couteau, des maris jaloux empoisonnés ou démembrés à la hache, puis enterrés dans les bois. Je notais sa manière d'agripper ma cuisse durant le visionnage des images et des témoignages, comme pour me rendre complice des propos atroces qui s'enchainaient à l'écran. Je remarquais qu'elle essayait de me prévenir : tu vois ? C'est ça, ce que je suis. C'est ça, vouloir m'aimer.

Un samedi, elle me montra sur Instagram les œuvres de cette plasticienne qui mettait en scène et photographiait des poupées Barbie trucidant Ken à la tronçonneuse, à la kalash nikov, dans une baignoire, une cuisine, ou une chambre à couché. Le visage de Barbie, maculé du sang de son amant, au milieu d'un décor de poupée, affichait le même sourire figé que Lisa, qui contrastait avec son regard fasciné. Ses paupières maquillées clignaient sur l'écran, quand elle faisait défiler les différentes photos sanglantes sur l'ordinateur. Après chaque diapositive, elle lançait :

« C'est génial, non ? »

J'entendis l'ombre ailée ricaner.

Ma rémission de mon passage psychiatrique et ma victoire sur l'ombre ailée était encore jeune et fragile. Je n'osais croire au tiré de rideau qui se déroulait sous mes yeux, révélant l'aigle noir, majestueux et impitoyable, qui habitait en elle depuis la naissance. Lisa avait décidé de lui ôter ses chaines alors que celui qui dormait en moi, abruti de médicament, peinait encore à lisser son plumage. Mais j'étais désormais parfaitement lucide sur la situation : Lisa avait fait son choix ; elle ne pouvait tolérer la concurrence que je représentais, et avait décider de me détruire avant que je ne prenne l'avantage. L'ombre ne peut se lier à l'ombre ; l'ombre détruit ses semblables. Comme un jumeau mange son frère pour ne jamais souffrir d'une séparation inévitable.

Fair play, Lisa tentait de me prévenir.

Elle prononçait sur un ton badin à des moments impromptus et sans cohérence avec la conversation en cours des phrases d'avertissements :

« Je ne veux pas perdre ma liberté, Georges. »

« Je ne veux pas souffrir. »

Je remarquais sa mine triste et embarrassée lorsque je l'avais présenté à Anna, (une de mes amies de faculté) dans une crêperie, une après-midi ensoleillée de novembre, et qu'Anna avait dit :

« Georges est enfin en couple ! C'est un scoop ! »

Je remarquais son air tendre et affligé, lorsque quelques heures plus tard nous nous étions attablés à la terrasse du Molière et que j'avais du m'expliquer maladroitement sur les propos de mon amie, et camoufler derrière une demi-vérité ma propension à accumuler les histoires de cul sans lendemain depuis la gifle infligée à Marianne, mon amour d'adolescent :

« Anna voulait dire qu'elle ne m'avait pas vu heureux avec une femme depuis longtemps. »

Je remarquais qu'à mesure que les mots sortaient de ma bouche, ils reflétaient la vérité. Lisa avait penché la tête sur son épaule, serré mes doigts sur la table et avait répondu, les sourcils inclinés, avec le regard effrayé d'une souris prise dans un piège :

« Moi, je te dirais ce que je ressens, quand je saurais poser les mots. »

Quelque chose que les médicaments avaient affaibli, rendu pareil à une vieille photo jaunie, réduits à un l'ombre d'un passé révolu à jamais, se réveilla devant cette dérobade (Lisa avait raison, m'avouer son amour à ce moment-là, m'aurait conduit à la fuite). L'ombre ailée, l'aigle en moi qui s'était assoupi, affuta ses serres. J'eus l'envie brûlante de gifler Lisa. Mais elle ajouta en allumant une cigarette :

" Au fait, je suis enceinte. "

Mes poings se relâchèrent sous la table. Je souris sans m'en rendre compte. Je le savais, l'avenir s'annonçait drapé d'une ombre ailée et destructrice. Celle là même qui nous avait rapprochée pour mieux se reproduire. Et c'était inévitable.

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