La rencontre

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Un texte qui raconte la rencontre entre deux personnes dans un contexte qui ne favorise pas la chaleur

Il poussa la porte du plat de la main et se glissa dans l'étroite ouverture qu'il s'offrait. Ses yeux rencontrèrent des tennis usées. La jeune fille avait déjà été introduite dans la pièce ; ça lui donna les mains moites.

A mesure qu'il avançait vers elle, ses sourcils se fronçaient, son regard se durcissait et ses mains se crispaient sur ses hanches.

Elle était débout au milieu de la pièce, le visage fermé et les pieds ancrés dans le sol. Elle était en position de force. Il compris qu'il ne pouvait s'asseoir sans lui laisser le pouvoir sur cet entretien. Sauf qu'elle était là grâce à eux et non l'inverse.

- Vous pouvez prendre place.

Il lui désigna une chaise avec un léger sourire qui étira uniquement ses lèvres sans s'épanouir dans ses yeux. Elle continua de le fixa, sans faire le moindre mouvement ni ouvrir la bouche. Elle s'humecta à peine les lèvres avant de les pincer.

Il attendait en silence, la main fermement agrippée au dossier de la chaise. Evidemment, elle ne s'installerait pas.

- Pourquoi m'a-t-on fait venir ici ?

- Vous ne tournez pas autour du pot. Ca nous facilitera la tâche.

Il s'assit calmement et ouvrit le dossier qu'il portait depuis le début mais qu'elle n'avait pas remarqué. Ses sourcils se froncèrent un peu plus. Il avait été certain de faire effet en dégainant son dossier, et ça avait fonctionné à merveille.

Il leva les yeux vers elle avec un sourire pour lui transmettre le message implicite qu'il faudrait qu'elle s'asseye si elle voulait en savoir plus. Elle respira fortement et s'approcha de la chaise. L'idée de s'y asseoir ne lui plaisait pas, comme si une fois qu'elle serait assise des sangles viendraient l'y tenir attachée. Pourtant, rien ne semblait la différencier d'une chaise ordinaire, qu'elle-même possédait autour de sa table de cuisine.

Elle s'installa du bout des fesses pour être prête à se lever, à s'échapper si ce qu'il disait ne lui plaisait pas. Il le remarqua mais ne releva pas ; elle s'était assise, c'était tout ce qu'il pouvait attendre d'elle. Ainsi ils étaient à égalité, au même niveau, aucun d'entre eux n'avait l'ascendant sur l'autre. Ils étaient égaux.

- Qu'est-ce que je fais ici ? Demanda-t-elle une nouvelle fois.

- Nous avons un travail à vous offrir.

- Un travail ? Vraiment ? Mes vêtements vont être de trop ou je vais pouvoir les garder ?

Le masque qu'elle portait depuis le début de l'entretien s'effritait petit à petit. Qu'elle pense immédiatement à cette option lui fit plisser les yeux : qui était-elle ? Qu'avait-elle vécu ? De quoi avait-elle peur ?

Il la regarda longtemps sans bouger ni faire aucun bruit. Il était statique face à elle.

- Si c'est ce travail là que vous me proposez, vous pouvez vous le mettre où je pense.

Elle se leva rapidement grâce à sa position inconfortable. Lorsqu'elle passa à côté de lui, il lui retint le bras calmement. Il n'était ni violent ni brutal mais il était ferme. Elle se retourna vers lui et sentit une certaine satisfaction en elle lorsqu'elle le regarda de haut.

- Ce n'est pas de cela qu'il s'agit.

Elle resta crispée entre ses doigts et son regard sembla accusateur. Elle se dégagea d'un mouvement d'épaule et se positionna derrière la chaise qu'elle venait de quitter. Elle ne s'installerait plus dessus pour ne plus se sentir prisonnière. Il ne se permit pas de faire une remarque et tourna quelques feuilles de son dossier pour sortir une page dactylographiée. Elle y jeta un œil rapide avant de revenir à lui.

- Comment vous vous appelez ?

- Olivia.

- Bonjour Olivia. Nous vous proposons de garder un œil sur un homme. Le contrat se trouve devant vous.

Elle fronça les sourcils plus fort qu'auparavant et se pencha suffisamment pour lire les premières lignes de la feuille qu'il lui avait présentée.

L'homme se pencha également sur la table pour se rapprocher d'elle.

- Nous vous demandons de suivre un homme que nous jugeons dangereux. Il détient des documents qui ne devraient pas se trouver en sa possession. Vous pouvez user de tous les moyens possibles pour le suivre et lui arracher ces papiers. Mais vous devez impérativement nous rapporter ces documents dés que vous les aurez récupérés.

Elle passa la langue sur ses lèvres en lisant l'intégralité du contrat et prit quelques instants avant de rouvrir la bouche. Avant de parler, elle pencha légèrement la tête sur le côté.

- Je ne suis pas d'accord avec cette technique.

- Ca vous surprendra certainement, mais moi non plus. Sachez que si ce n'est pas vous, ce sera quelqu'un d'autre.Quelqu'une autre, vous voulez dire.

Elle le fixa intensément et il haussa les épaules, un peu à la légère. Mais il était sincère avec elle et elle apprécia cela. Elle se retourna et fit quelques pas, le temps de faire de l'ordre dans ses pensées. Devait-elle acceptée ou pas ? Elle avait vu un gros chiffre inscrit sur la page et elle en avait grandement besoin. Il ne la forçait pas à se dévêtir pour obtenir ce qu'ils voulaient, elle pourrait trouver d'autres moyens d'arriver à ses fins. Elle avait toujours été inventive et pacifiste ; elle trouverait comment lui soutirer ces documents sans lui offrir son corps.

- Vous avez un stylo ?

Elle revint s'asseoir sur la chaise et tripota la feuille de papier en attendant qu'il lui tende de quoi signer. Elle savait qu'elle prenait la bonne décision mais ça ne l'empêchait pas de bafouer ses valeurs.

- Vous acceptez ?

- Moi ou une autre, qu'est-ce que ça change ?

Ils se regardèrent un petit moment et chacune de leurs bouches s'étira petit à petit. Il ne succombait pas à sa beauté singulière et elle n'était pas intéressée par les hommes, mais quelque chose crépita entre eux à cet instant.

Un coup sur la porte les fit revenir à la réalité. L'homme se leva et se dirigea vers la sortie.

- Et vous, comment vous vous appelez ?

- Tyler.

Elle attendit qu'il referme la porte pour se pencher sur les papiers. Elle avait perçu un sourire dans sa voix et elle laissa le sien germer dans la solitude de cette pièce close. Elle apposa sa signature à chaque feuille du contrat, un gribouillis à peine lisible qui n'évoquait ni son nom ni son prénom. Mais qui l'immergeaient dans une aventure dont elle ne connaissait pas l'issue.

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