La révolution concrète

lingenue

Je lui demande s'il se sent un peu chez lui, "at home", là-bas.
Il me répond que la plupart du temps, il ne se sent pas chez lui sur cette planète.
Qu'il est plutôt un citoyen de l'univers, que ça remonte très loin, au fait d'avoir été abandonné, entre autres.

Je pense au "legal alien" de Sting.

Il me demande ce qu'il en est pour moi.
Je réponds que ça dépend.
Que j'ai la chance d'avoir des racines familiales très stables, y compris géographiquement, depuis des générations. Solides.
Qu'il faut cependant trouver comment croître à partir de là.
Trouver le bon tuteur, l'arbre qui n'étouffe pas tous les rejetons qui poussent à ses pieds.
Et le bon lien avec lui. Celui qui soutient, qui protège, nourrit, tout en laissant grandir librement.

Il me demande si je ressens parfois la pression du conditionnement à l'ombre de cet arbre géant qu'est le conservatisme français.
Je réponds que c'est sûrement ce que je déteste le plus dans ma culture et que c'est une lutte quotidienne.

Dans la voiture, ma fille repère des tags sur les piliers en béton d'une voie rapide.
-Regarde, maman, les beaux dessins !
-Oui, c'est vrai, il y a de belles couleurs.
-Et surtout, ils n'ont pas dépassé.
Il lui aura fallu un an pour apprendre à colorier à l'intérieur des traits.
Elle mettra peut-être toute une vie à ré-apprendre à sortir du cadre.

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