L'aigle noir

Jean Louis Bordessoules

L'aigle noir

Sketch

Jean-Louis BORDESSOULES

bordessoules@orange.fr

Durée approximative : 7 minutes

Synopsis

Un personnage a été témoin d'une scène délirante : l'accouplement d'un aigle et d'une vache...

Personnages

Un homme ou une femme

Décor

Rien

Costumes

Rien

Vous savez qu'en France on a des problèmes avec les animaux ? C'est un peu comme chez nous avant la Révolution. Il y a trois états, trois catégories. Ceux qui ont des vrais noms : un pour les femelles et un pour les mâles : la vache et le taureau... ou le bœuf, la jument et le cheval, la guenon et le singe, etc. Ce sont les plus nobles espèces. Après vous avez les autres, un peu moins gâtées : le chien et la chienne, le lapin et la lapine, le chat et la chatte. On a toujours une femelle et un mâle, mais on s'est contenté de féminiser le nom du mâle. Ce sont les classes moyennes du règne animal. Et tout en bas de l'échelle, on a les espèces qui n'ont qu'un sexe. Le moustique, mais la moustiquette n'existe pas. Le pingouin, mais pas la pingouine ? La mouche, l'aigle, etc. Pour ces espèces-là, c'est très dur. Surtout pour se reproduire. Des mâles sans femelle et des femelles sans mâle, vous imaginez... ça me rappelle une anecdote dont j'ai été témoin l'été dernier..

J'étais en vacances dans les Pyrénées, je faisais une petite pause lors d'une randonnée, je regardais le paysage aux jumelles, et j'admirais un aigle qui tournoyait dans les airs. Il semblait visiblement à la recherche d'un accouplement. Je l'observais attentivement, et je voyais bien qu'il avait les boules ! (le comédien mime l'aigle qui plane) « La peste soit de ces séjours à la montagne l'été ! Pas la moindre femelle pour célébrer l'union charnelle. Si j'avais des dents, je m'en mordrais les serres ! » s'écria-t-il. Animaux assez nobles, les aigles on en effet un langage assez châtié. Tout ce qu'il a trouvé comme animal du genre féminin, c'est une vache. Vous parlez d'une idée... « Il va donc bien me falloir faire contre mauvaise fortune bon cœur et courtiser ce plaisant animal champêtre... » se dit alors le noble animal.

Notre aigle atterrit alors, ou plutôt s'avachit sur la croupe de la vache, essaie de se pencher pour parvenir à ses fins... « Palsembleu, l'animal est séduisant mais point facile d'accès. Essayons dans l'autre sens... » Il se tourne dans un sens, se tourne dans l'autre... La vache, elle, ne se rendait compte de rien. « Y'aurait ben que'que chose qui me gratterait le cul qu'ça m'étonnerait pas ! » dit-elle dans son langage un peu rustre. La voilà que se trémousse, remue du cul et finit par évacuer ce que j'appellerai par égard pour vous, une flatulence fortement nauséabonde... Bien deux ou trois mètres cubes quand même...

Suffoquant sous l'effet de ces effluves dignes des fosses d'aisance de l'enfer s'il existe, notre aigle se trouve mal, suffoque et s'effondre ! « Diable, quelle odeur pestilentielle, je défaille, je chois ! » se dit-il. La pauvre bête à moitié évanouie tombe donc entre les pattes arrière de la vache. Lequel bovidé n'avait même pas remarqué la cour effrénée que lui faisait l'aigle. Et que je te fais des œillades, et que je roucoule... Rien, aucune réaction de la ruminante. Surtout qu'un aigle, si c'est majestueux quand ça plane, ça devient franchement ridicule quand ça sautille sur place. De surcroît sous le cul d'une vache. Je vous laisse imaginer la scène... (en fait le comédien n'arrête pas de mimer tour à tour les deux animaux)

Un truc qu'il n'a pas senti venir, l'aigle, mais qu'il a senti après coup, c'est ce qui lui est tombé dessus ! Flouatch... Une magnifique bouse l'a chapeauté de frais. « et merde ! » s'est-il dit d'une manière extraordinairement grossière pour un animal au langage habituellement si raffiné. « de toute façon, je ne le sentais guère ce coup-là. Mais quelle vache, quand même, celle-là. Maintenant il faut que je me démerde tout seul ! » Il en avait vraiment oublié toute sa bonne éducation.

Et plus moyen de voler, tout englué qu'il était sous sa gangue fécale ! Il s'est alors mis à sautiller maladroitement vers le lac qui était tout proche... et a piqué une tête histoire de se refaire une beauté. (on continue bien sûr de mimer...)

Et c'est là que l'histoire se corse.

Le bruit de ses ablutions a réveillé cette fainéante de bergère, une certaine Barbara, qui dormait pour récupérer de sa rave partie de la veille au lieu de surveiller ses vaches.

Comme elle était un peu simplette, ce qui est fréquent chez les cow-girls pyrénéennes, elle a décidé d'en faire une chanson. Et c'était parti, voilà ce que ça a donné (chanter si possible avec l'accent des Pyrénées, ou au moins en roulant les r) :

« Un beau jour, ou était-ce une nuit,

près d'un lac, je m'étais endormie »

Ouais, je sais ce que vous allez me dire : « ben quoi, elle est même pas capable de reconnaître le jour de la nuit ? » Je vous rappelle d'une part qu'après une rave partie c'est excusable, et d'autre part que c'est de la poésie. Laissez-vous porter. Détendez-vous... Là... Respirez... Tous va bien... Vous êtes détendus... Et puis, pour en revenir à sa chanson, de toute façon, il lui fallait une rime qui puisse aller avec endormie. Mais vous avez raison. On va améliorer la chose. Je reprends.

« Un beau jour, c'était un vendredi...

Ou un mercredi ou un samedi, si vous préférez, mais il faut trois syllabes. Bon. C'est bien simple, ceux qui préfèrent le vendredi lèvent la main... Bien. Maintenant ceux qui préfèrent le mercredi... Merci... Et pour finir ceux qui préfèrent le samedi... Pff... difficile à dire, vous êtes très partagés, mais il me semble que le samedi semble avoir la préférence. Ce sera donc le samedi.

Je reprends.

« Un beau jour, c'était un samedi...

Non, le samedi, elle ne travaille pas. Je reprends donc avec le vendredi et on n'y revient pas.

« Un beau jour, c'était un vendredi,

près d'un lac, je m'étais endormie, (ça vous va, on continue ?)

Quand soudain, semblant crever le ciel

Et venant de nulle part,

Surgit un aigle noir...

Là, je vous vois venir. La bouse c'est marron et pas noir, et d'autre part, l'aigle ne venait pas de nulle part mais du cul de la vache. Je me permets de vous rappeler qu'elle dormait et ne savait donc pas d'où venait l'aigle, et que d'autre part, la vache était indisposée sur le plan gastrique, en forte diarrhée et que ses selles étaient très foncées, presque noires. C'est moi, le témoin oculaire, ou vous ? D'autre part, en entrant dans l'eau, il a «crevé» le reflet du ciel dans l'eau, l'image poétique est très belle. Bien trop belle pour la bande de mécréants que vous êtes.

Quant à la suite de la chanson... hé, hé ! Seuls la vache et moi avons été témoins de ce qui a suivi. Notre aigle, bien lavé, astiqué, avait toujours les boules, vous vous en souvenez... Et notre bergère était un peu conne et pas sauvage. Alors je ne vous fais pas un dessin, mais écoutez la chanson en entier, et vous comprendrez à demi-mot.

Bande son d'un extrait de l'aigle noir suggérant un coït (les paroles qui suivent le début vont parfaitement...). 

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