L’ange Darc dévoile la taille de son âme

buge

On dit de lui qu’il a passé sa vie à voguer entre paradis et enfer, flirtant avec les deux extrêmes à s’en brûler les doigts, pour ne pas dire la cervelle. Daniel Darc est un rescapé. Un corps cabossé. Moralement, physiquement. Une enveloppe charnelle sur laquelle les tatouages ont, désormais, pansé les plaies avant de recouvrir les cicatrices.
D'aucuns parleraient de cautère sur une jambe de bois. Concernant le jeune quinquagénaire, ce flot d’encre s'étend aujourd'hui sur son épiderme à un point tel qu’il a, sans doute, fini par couler dans ses veines.

L’ex Taxi Girl (Cherchez le garçon, Aussi belle qu’une balle…) aime aujourd’hui tellement l’écriture et suffisamment la vie pour ne pas vouloir faire remonter à la surface certains démons. Ceux qui l’ont presque convaincu que les poudreuses de Colombie étaient plus saines que celles de Haute-Savoie. Et ces autres, qui l’ont poussé, un soir de 1981, à se taillader les veines avec une lame de rasoir sur la scène du Palace, à Paris, pour faire réagir un public jusque-là trop distrait à son goût.

Avec ses potes, Mirwais Stass, Laurent Sinclair et le défunt batteur Pierre Wolfsohn, Daniel Darc connaît le bon, au début des années 80, avant d’attaquer une longue traversée du désert après la séparation de son groupe, en 1986.
C’est l’époque où les opiacés et l’alcool lui apportent, de son propre aveu, plus de solutions que de problèmes. Pourtant, il y a la rue, les hôtels miteux et même la prison (le deal de trop). Darc plie l’échine mais reste debout. La renaissance est proche. Elle se fait par le biais de l’album Crèvecœur, en 2004. Succès artistique, collaboration réussie avec le compositeur Frédéric Lo, le disque remet le chanteur en selle. Le duo se retrouve quatre ans plus tard pour Amours suprêmes.

Laurent Marimbert l’alter ego

Désormais doté d’un répertoire solide, l’ange Darc retrouve ses marques. Et c’est en toute logique que son nom vient, enfin, se greffer aux côtés des Gainsbourg, Bashung et autre Christophe.

Ce dernier lui fait d’ailleurs un beau cadeau en lui présentant Laurent Marimbert, au cours d’une soirée. Malgré les différences de curriculum vitae (le musicien a longtemps officié dans la très large variété avant de se consacrer à des projets plus personnels), le courant passe.

Le premier essai piano-voix s’avère suffisamment bon pour les convaincre de travailler ensemble. De cette collaboration né La taille de mon âme. « Si c’était un film, ce serait comme pour les frères Cohen », confie le chanteur dans la vidéo du making of de l’album. « Ce disque, on l’a vraiment fait à deux. »

Darc commence une phrase, Marimbert la termine, et inversement. Les idées se rejoignent. La complicité entre les deux bonshommes est si parfaite qu’elle transparaît tout au long de ce pur chef-d’œuvre qui se laisse apprécier d’une traite malgré une très grande variété de styles.

Accords brumeux de Wurlitzer, voix délicate sinon hésitante, Ira lance l’album. Les premières lueurs du jour apparaissent. Le morceau a le charme de ces réveils difficiles qu’on accepte sans rechigner parce qu’on sait que la journée va être belle.

Dès l’enjoué Je suis le printemps, on entre dans le vif du sujet. Même si le premier single (avec son clip tourné en Corse) de ce nouvel exercice n’est pas le passage le plus inoubliable du disque, sa mélodie entêtante possède assez d’atouts pour scruter les esprits.

A cette mélodie légère, on préférera néanmoins d’autres moments : les arpèges aériens ravivant le souvenir des Animals (Quelqu’un qui n’a pas besoin de moi), l'ambiance feutrée du premier Tom Waits (Vers l’infini), ces différentes Variations qui lient l’ensemble et qui nous font dire qu’il y a du Syd Barrett chez l’ex junkie... Et ces autres passages, plus pêchus, comme My Baby Left Me qui évoque le Gainsbourg de 68, tout comme les mélodieux Vœux de bonne année rappellent celui de 73.

Fragilité et auto dérision

Si elle tient plus aux arrangements de Marimbert, l’influence du maître semble d’ailleurs bien présente tout au long d’un effort dans lequel on croise un de ces jumeaux maléfiques que se créent certains artistes, sans doute dans un souci d’équilibre. Gainsbourg avait Gainsbarre, Renaud a le Renard, Darc, lui, nous parle de Crad : « Darc est Crad de temps en temps. Crad est Darc à chaque instant » (C’était mieux avant).

Constat sur le temps qui passe : « Les vœux de bonne année/D’année en année/Sont moins longs à rédiger/Moins nombreux à poster » (Les vœux de bonne année), « Et je me dis/Que de ma vie/Un jour de plus/Doucement s’enfuit » (Vers l’infini), « Autrefois, j’étais plus jeune/J’avais plus de facilité » (Ana) ; évocation de la faucheuse : « Fuite et fin. Le premier des deux qui crève attend l’autre » (My Baby Left Me) ; fragilité (Quelqu’un qui n’a pas besoin de moi).

Au-delà de ces questions qui rongent l’auteur et de cette manifeste envie de s’ouvrir un peu plus à l’autre (La taille de mon âme), pour ne pas dire complètement, ce nouveau cru impressionne pourtant par la diversité des émotions qu’il procure. Seul sous la lune est d’une beauté enivrante. C’était mieux avant n’est pas dénué d’humour (« J’ai peur des noix de coco depuis Keith Richards »). Enfin, on retrouve ça et là un sens de l’auto dérision qui rend le disque encore plus attachant : « Je suis doué pour l’addiction, pas pour la diction » (Variation 3), « Dix ans de flamenco pour en arriver là. Ben merde alors… » (en préambule des Femmes aiment les tatouages).

« J’écris des chansons. Je ne sais faire que ça », admet le Parisien. Et ces chansons sont belles. Tout simplement belles. Daniel Darc a assez morflé dans la vie pour pouvoir se payer le luxe de la spontanéité comme en témoignent les multiples ratures présentes sur le livret de la pochette. « J’suis trop vieux pour braquer. Ouais… J’sais faire que ça. » Que ça... Mais Dieu que c'est bien fait.

  • J ai mème ressorti l album,pour la veillée bouillon crue,ture of midnight,un texte envolé depuis j avais publié,bref,
    mon Darc titre fétiche,,Je me souviens je me rappelle,,et ce titre en live sur un plateau TV ou le final killer en spirale crescendo,bref,je me suis refais aussi,,La seule fille sur terre,,encore Bravo et Merci pour cet agrume sanguin sépia pastel,Bonne Bonne soirée a vous.

    · Ago almost 7 years ·
    2012 09 07 12.19.16   copie 92

    Fil,Hip,Oohhh, 18 Rockin Cher

  • Bravo,superbe pastille de menthe adrénaline que votre texte,et chouette velours rendu a ce MR Darc(durant la lecture,de bribes en bulles,j étais sur mon compte Youtube et dé fil,éé les vidéos au lien Christophe seccions,aussi moi aussi,bien ris sur le lexique JAM palmier coco sur Keith,j en parle dans un texte mais zap sur le titre)

    · Ago almost 7 years ·
    2012 09 07 12.19.16   copie 92

    Fil,Hip,Oohhh, 18 Rockin Cher

Report this text