L’anticyclone Anathema

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Les disques d’Anathema sont un peu comme ces photos qu’on ne se lasse pas de regarder. Parce qu’il y a un détail qui nous a échappés, parce que la lumière, les couleurs, l’endroit ou la situation vous ramène à quelque chose de précis. L’avantage avec les frères Cavanagh et leurs potes, c’est que la nostalgie, aussi douce soit-elle, n’est pas de mise. Au placard le "C’était mieux avant". Car depuis deux ans, les Liverpuldiens mettent les petits plats dans les grands.
Au printemps 2010, We’re Here Because We’re Here marquait leur retour discographique. Un album d’une rare beauté, aérien à souhait qui, huit saisons plus tard, s’apprécie encore comme au premier jour.
En septembre dernier, une vraie-fausse nouvelle galette lui succédait. Mais Falling Deeper n’était, en fait, qu’une compilation d’anciens titres transformés en pièces orchestrales. Sonnant comme une excellente mais simple bande originale, l’ensemble n’était toutefois pas dénué de qualités. Beaucoup s’en seraient d’ailleurs contentés pour se donner deux ou trois années de répit avant d’attaquer la suite. Pas nos ex-doom metalleux.
En véritable état de grâce sur le plan de l’inspiration, Vincent, Danny et les autres travaillaient déjà, avec le producteur Christer-André Cederberg, sur ce qui allait devenir Weather Systems alors qu’ils n’avaient pas encore mis la touche finale à leur projet estival. « Nous avons enregistré ces deux albums au même moment, en faisant un peu de jonglage », confiait récemment Vinnie Cavanagh au mensuel RockHard. « Nous avons commencé par une semaine de boulot sur Falling Deeper, puis nous avons marqué une courte pause, sommes revenus au studio et avons commencé à travailler sur Weather Systems. Durant des mois, nous n’avons pas arrêté de faire des allers-retours entre ces deux disques. »


Quatre titres issus des sessions précédentes
Enfin disponible, Weather Systems, neuvième véritable album studio du groupe s’impose comme une suite logique de We’re Here Because We’re Here. Et pour cause ! Pas moins de quatre des neufs titres présents sur l’album datent des sessions de 2010 : The Gathering of the Clouds, Lightning Song, Sunlight et The Storm Before the Calm. « Ces titres ont toujours été pensés comme formant un tout et il était hors de question de les séparer. Du coup, ils n’ont pas trouvé leur place sur We’re Here Because We’re Here mais nous savions qu’ils serviraient de fondations à Weather Systems. » (1)
Musicalement, cela se traduit, une nouvelle fois, par des longues suites orchestrales (The Lost Child), des atmosphères éthérées où viennent se poser, sinon se marier, les voix de Vincent Cavanagh (dont le timbre, nous l’avions déjà noté, se rapproche de plus en plus de celui de Roland Orzabal de Tears For Fears) et de la chanteuse Lee Douglas. C’est le cas du sublime The Gathering of the Clouds ou des deux parties d’Untouchable avec une mention toute particulière pour la seconde où l’on croirait retrouver quelques phrasés du génial Hindsight.
Notons au passage que cette dernière aurait pu constituer une parfaite conclusion d’album s’il n’y avait pas eu Internal Landscapes. Le morceau (qui a failli donner son nom à l’opus) inclut le discours de cet homme aujourd’hui octogénaire, Joe Geraci, racontant, dans un documentaire de 1991, son expérience de mort imminente. Une pièce de plus de huit minutes sur laquelle repose toute la thématique de l’album dont le concept évoque les sentiments intérieurs illustrés, presqu'une heure durant, par l’image des changements climatiques.
L’alternance entre tensions et passages calmes est, par ailleurs, magnifiquement traduite dans l’épique The Storm Before The Calm, où les phrasés électro finissent par laisser place à une coda symphonique. L’obscur avant le céleste dans un morceau qui n’est pas loin de s’imposer comme le sommet d’un disque qu’on peut préférer ou non à son prédécesseur.
Ce n’est qu’une affaire de goût. Après tout, il n’est pas ici question de répondre à l’éternel débat "Plutôt Beatles ou plutôt Rolling Stones ?". Non, dans ce cas précis, on en serait carrément à se demander si l’on préfère Rubber Soul ou Revolver, Le Parrain 1 ou Le Parrain II. Certains esprits avisés (ou supposés tels) penchent, par exemple, pour les premiers. De là à expliquer pourquoi…

(1) Itv Vincent Cavanagh, RockHard, avril 2012.

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