L'association - 6

yves


L'association 6/7

J 67 : Salle d'interrogatoire : Marc Ponsail face à l'équipe sans Théo : L'équipe parle de l’installation :

Après le premier coup, on a compris qu’on tenait un business en or.

Comme Théo l’avait dit, il y a un tas de truand prêts à payer très cher un alibi en béton ou une fausse piste insoupçonnable, mais aussi prêts à payer encore plus cher pour mettre un concurrent hors jeu, à le balancer aux flics avec un tas d’indices qui prouvent à coup sur sa participation à je ne sais quelle infraction, fortement punie si possible.

C’est Théo qui prenait les commandes. Il nous a dit qu’il avait les bons contacts à travers un ancien pote à lui, mais on n’a jamais su qui.

Ce qu’on voyait arriver, c’était des demandes. On cogitait, tous ensemble dans le hangar. Avec le temps, on a regardé à peu près tous les films et séries télé avec des plans géniaux.

Tous les vieux Mission Impossible, un paquet de blockbuster ou de séries B d’Hollywood. Ca donnait des idées. On a monté des plans, on a appris ce que chacun pouvait apporter au groupe et on a toujours réussi.

On se faisait payer cher, mais ça ne rapportait quand même pas des millions d’Euros. On pouvait passer trois mois à préparer un coup et on n’a jamais eu deux affaires à préparer en même temps. Heureusement que Franck était pété de thune. Finalement, c’est surtout la vengeance qui nous motivait.

J 67 : Salle d'interrogatoire : Marc Ponsail face à l'équipe sans Théo : L'équipe parle de Tony Nozaki :

Lui, ça a été sans doute notre plus beau coup, le plus risqué aussi.

Théo avait reçu commande pour éliminer Tony, en faisant porter le chapeau aux Russes si possible. On a vite décidé de descendre Nozaki là où c’était le plus dur, chez lui.

Théo a pu obtenir, par les commanditaires, un peu de sang d’un tueur de l’Est. Donc ce serait avec ça que les flics devraient juger ce gars coupable. Il nous a fallu un mois pour trouver une idée et deux mois pour juger qu’elle était réalisable.

D’abord s’introduire chez Nozaki. Franck et Jérôme ont trouvé, en surfant sur le net, une sorte de catapulte silencieuse, comme une plate-forme à ressort.

En fait, c’était un truc de cascadeur, le genre d’engin qui propulse un homme à quinze mètres. On l’a achetée comme « matériel de tournage » au nom de la boîte de vidéo qu’on avait monté fictivement au Luxembourg, on l’a ramenée tranquillement en voiture, en trois très gros colis.

Après pas mal d’essais dans le hangar, Théo arrivait à coup sûr à se faire projeter là où il visait. Démontable et transportable, on a pu l’installer sur le toit de l’immeuble d’en face, c’est comme ça que Théo est « tombé du ciel » sur la terrasse de Nozaki.

Pour la surveillance vidéo, à partir du moment où on pouvait entrer dans le système informatique, on pouvait modifier les images. On l'avait déjà fait une fois, on savait le refaire.

Pour pénétrer le réseau, on a trouvé une faille presque habituelle. Une imprimante avec un port Wi-Fi non désactivé. En connaissant la distribution Linux installée, Jérôme est allé chercher, sur le net comme toujours, les outils d’intrusion et le root-kit qu’il fallait.

Après, c’est nous qui avions la main sur le système de surveillance de Nozaki, à distance depuis l'arrière d'une camionnette garée à vingt mètres de l'immeuble.

Comme sur tout enregistrement numérique, on pouvait introduire un décalage entre les données remontées par les caméras et leur traitement par le système, voire même faire des arrêts sur image.

Avec ça, on pouvait faire ce qu’on voulait sur la terrasse, les gardes devant leurs écrans ne le voyaient que quand on le décidait. Comme on connaissait la maison et les emplois du temps de ses occupants, on a décidé d’agir pendant la sieste de Nozaki sous sa verrière.

C’est Debby qui a géré la séquence vidéo, de façon géniale d’ailleurs. On avait toute la terrasse en séquence vidéo sous les deux angles des caméras de surveillance, Jérôme a tout modélisé, y compris la piscine, la chaise longue et le mini-bar, sans oublier évidemment Tony Nozaki et Théo dans sa belle combinaison étanche.

C’est Debby qui a tout mis en scène puis qui a travaillé les enregistrements, image par image, pour que les incrusts ne soient pas décelables. Même avec des outils pros, c’est toujours la patte de la graphiste qui fait la différence entre un bon effet spécial et un effet spécial indécelable. Et pour ça Debby est sûrement l’une des meilleures en France.

En plus, le boulot était facilité par la qualité, ou plutôt l’absence de qualité, demandée. Il y a un monde entre travailler pour une projection ciné ou DVD à partir de prise de vue cinémascope et travailler pour un enregistrement compressé sur disque dur à partir d’une caméra de surveillance à capteur 3 MégaPixel.

Vous avez vu la séquence, c’est celle qu’on a finalement injecté dans les disques durs de la vidéo surveillance. Parce qu’en vrai, Nozaki n’a jamais eu le temps de dégainer et de tirer sur Théo. Théo a buté Nozaki, proprement, pendant qu’à l’image les gardes voyaient toujours leur patron faire sa sieste.

Après, Théo a tout arrangé sur la terrasse, comme prévu dans le script, en liaison radio cryptée avec Jérôme de l’autre côté de la rue.

Le but de tout ça était double : d’abord neutraliser la surveillance et laisser à Théo le temps de faire son job, y compris avec des débordements s’il y en avait eu ; ensuite justifier la présence de sang du tueur sur place.

Bref, Debby et Jérôme ont fait à la volée les dernières modifs et derniers raccords nécessaires à la simulation, on a injecté la fausse séquence et au moment prévu Théo a tiré deux balles avec le flingue de Nozaki.

Le temps que les gardes réagissent, Théo était déjà sur le muret extérieur et sautait dans un semi-remorque qui s'arrêtait au bon endroit et au bon moment. Dans la semi sans toit, un maxi coussin d’air, toujours du matériel de cascadeur.

Le chauffeur n’a jamais su pour quoi il avait bossé. Il était payé pour conduire d’un point A jusqu’à un point B, en s’arrêtant un certain temps à un certain carrefour et il l’a fait. Dans toute l’histoire, c’est sûr que c’est Théo qui a assumé tous les risques physiques. Sans lui rien n’était possible. Mais ça le botte, l’adrénaline et le risque extrême. On pourrait même dire qu’il le cherche, qu’il cherche ses limites.

Jérôme avait éliminé toutes traces de l’intrusion, mais on avait gardé le retour du système vidéo jusqu’au dernier moment, histoire de voir les conséquences de notre petite intrusion.

C’est là qu’on t’a vu pour la première fois, monsieur le flic.


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