Le chevreuil blessé et les keufs

white-hunter

Où se niche la bêtise ? Partout, et encore plus sous les uniformes.


Mes aventures pandoresques font quelque part une suite aussi marrante que possible à la visite que reçut à Paris un ami ayant acheté tout récemment un drilling. Ce fusil possiblement aussi vieux que moi comporte deux canons pour le petit gibier et un troisième pour le gros, c'est aussi pesant qu'un jour sans pain est long. Et jamais, au grand jamais, de l'antiquité à nos jours, un pharmacien parisien n'a commis de massacre au nom d'aucune religion avec une telle arme, même si elle est jolie. L'arme, pas la religion. Mais la police a ses raisons et était fort courtoise.


Moi-même je m'étais rendu loin de ma campagne, en un château magnifique dans cette Lozère des camisards, candidater pour une belle chasse de forêt. Un biotope dont je ne connais rien encore et où je rêve d'occire au moins un sanglier. Plus si affinités.  Tout se passa.


Et je reprends la route, transporté à l'idée de mes futures chasses, et par André qui conduit souplement vers le Mont Lozère. Archer heureux à ses heures, son regard de prédateur freine soudain et nous immobilise au bord de la route. Licence poétique. Un chevreuil blessé, heurté probablement par un véhicule,  agonise discrètement dans le fossé. André est aussi athlétique que je suis malingre et naturellement, c'est lui, prenant son courage d'une main et son canif de l'autre qui met fin aux souffrances du vieux brocard, non sans que celui-ci lui plante d'abord un bois effilé dans la paume, bien profond, mais sans ressortir dessus quand même, blessé qu'il est. Une touche partout, mais seul le brocard meurt. A l'heure qu'il est, en tout cas.

Je propose que nous l'emportions après avoir prévenu la gendarmerie qui ne répond pas au 117, mais bien au 17. Ça peut servir. A Mende. Gendarmerie, amende, ça baigne. Je décline mon nom, mon code postal, mon village, et la voiture d'André, et c'est paré.


Arrivent alors Starsky et Hutch dans une version de chez nous. Tout doucement. La police, c'est marqué dessus la chemise. Jolie casquette à nuque couvrante, genre désert des tartares pour les littéraires, des Agriate pour les autres amateurs de patrimonio. Il nous apprennent qu'appelés à 10:30 du matin, ils arrivent  (15:30 environ) pour achever la bête. En rotant une pizza molle et froide me semble t-il. C'est fait, saigne modestement André en se tenant la main. Ils le troussent de secours gentiment. Et nous informons les deux bleus (ils sont bleus aussi, mais issus du Parc) que nous avons prévenu la gendarmerie. Fins limiers, ils en déduisent finement que nous pensions l'emporter. Ça papote, ça papote ... Et comme ça vous vouliez l'emporter ... Ben oui ... Ben non qu'y dit le méchant flic ... pasqu'ici c'est pas la gendarmerie, c'est NOUS, qu'il ajoute ... Si vous le dites ... Vous aurez quand même quelque chose à manger demain pour votre famille ?  s'inquiète le méchant en regardant ma maigreur auvergnate et mon profil de prolo qui fraie avec l'aristocratie de ces forêts. Bon dieu, c'est vraiment des durs, que je me dis à l'intérieur de mon for, sans bruit. Les keufs de Mende, ils doivent raser les murs ou poser leur RTT quand ces deux là débarquent en ville.


Et dans un élan qui rend grâce à dame Nature et justifie nos impôts, les deux pandores balancent dans le talus (et le ruisselet qui fait suite), le cadavre du pauvre brocard dont je suis ainsi  privé. J'ai une petite jalousie à l'encontre des mouches ou des renards qui auront festin, tout comme les truites s'il y en a, ou les herbivores à l'aval qui dégusteront une eau enrichie au goût sauvage.


On délire en se disant qu'on a eu chaud, en supposant que je n'ai pas réussi à joindre la gendarmerie,  qu'ils arrivent alors que le brocard est juste dans le coffre, que j'aie eu une carabine pour achever l'animal, un couteau trop long, etc ...  Je vais filmer ma vie, désormais, les règlements c'est bien trop dangereux et il faut avoir des preuves.

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