Le collier rouge

Möly Mö

Suite

J'ai regardé, tour à tour, la bague et le collier. Mes yeux n'arrivaient pas à se lever vers son visage. Je scrutais les deux objets, fébrilement, mon cœur battait, battait et battait  je n'entendais plus que lui. Il me releva la tête, d'une main, en appuyant sous mon menton. Là, debout devant moi, il dit d'une voix posée et confiante :


« Alors ? »


Alors...le temps s'étira, longuement et lentement. On m'imposait un choix. Toute ma vie, j'avais rejeté ce concept, qu'on puisse m'imposer quelque chose. Qu'on veuille me priver de liberté. Qu'on m'entrave. C'était inconcevable. J'étais une femme libre, libérée, forte et indépendante. Mais là, il me fallait faire un choix, il me le demandait. Et je me devais de lui donner une réponse. Il me fixait maintenant, un sourcil légèrement relevé, dans son regard apparut une pointe d'agacement.


« Le collier » lui dis-je, sur un ton à la fois assuré et brusque


Il me caressa les cheveux, me fit me relever et m'adressa un immense sourire avant de m'embrasser. Cette odeur, son odeur, envahit mes narines et me fit sombrer dans une vague de désir et de faiblesse. J'étais éprise, je n'arrivais pas à m'en détacher, j'étais complètement saisie par cet homme, par son pouvoir sur moi. Il attrapa le joli collier en cuir rouge qu'une grosse boucle argentée agrémentait, il le passa autour de mon cou et le referma avec délicatesse. Il passa ses mains dessus, puis agrippa mon visage, me poignarda du regard :


« Tu es mienne. »


Puis, d'un geste sec et brutal, il me tira les cheveux et me fit le suivre dans sa chambre.



Les journées étaient longues, je m'ennuyais terriblement. Deux mois plus tôt, j'avais perdu mon travail.Perdu. On m'avait gentiment remercié : « mon poste n'était pas si indispensable ». Ça m'était égal, je n'y attachais pas une importance particulière, je savais que je pouvais retrouver un emploi rapidement, dans le secteur des boulots alimentaires. Vivre du chômage, en attendant, ne me dérangeait pas le moins du monde. Je retrouvais le temps de faire ce que j'aimais, de m'occuper en pensant à moi et à mes envies. Les premières semaines furent actives, les suivantes furent de moins en moins intéressantes. Je me levais à midi, et je passais mes journées à errer dehors en m'émerveillant de ce que j'y voyais ou à lire et relire des livres, dans mon canapé. J'avais presque revisité la moitié de ma bibliothèque. Ce jour-là, après plusieurs minutes plantées devant elle, je me décidai à aller faire un tour dans les rayons de la médiathèque près de chez moi, où travaillait une de mes amies. J'en profiterais pour l'accompagner durant sa pause cigarette.


C'est fou parfois comme la vie, ça peut être comme dans les livres ou dans les films. Les émotions qui semblent si exagérées pour toucher la corde sensible du lecteur.rice ou du spectateur.trice, sont exactement celles que l'on ressent, en vrai. Je n'avais jamais vécu ça auparavant, j'en avais été tourmentée pendant des jours et des nuits. Clarisse me fit entrer dans la salle de pause, réservée aux employé.e.s, le temps de se servir un café et d'aller fumer à l'extérieur. « On fait vite » chuchota-t-elle, comme une gamine qui ne voulait pas se faire prendre à voler des bonbons. Mais, comme dans n'importe quel livre ou film, à cet instant quelqu'un entra dans la pièce.

Et ce quelqu'un n'était pas n'importe qui, je le sentis tout de suite. Ce quelqu'un fit entrer dans la pièce un parfum qui me scia les jambes, me coupa le souffle et me rendis muette. Ce quelqu'un prononça quelques mots :


« Bah, je savais pas qu'on avait une nouvelle collègue ? »


Clarisse, qui n'avait pas compris que son collègue venait d'inonder la pièce de son aura, sursauta et renversa du café sur son gilet.


« Merde ! » lâcha-t-elle, et tout en le fixant d'un air agacé. « C'est une amie, on prenait juste un café... »


Il haussa les épaules, affichant un petit sourire moqueur à l'encontre de Clarisse avant de tourner son visage vers moi et de me finir à coups de pelle sur la tête, en plantant ses yeux verts dans les miens.


-  « Enchanté l'amie de Clarisse. » insista-t-il, sans lancer un regard vers sa collègue, m'adressant un sourire de charmeur.


Une fois dehors, je ne réalisai pas bien ce qu'il venait de se passer. Clarisse s'alluma une clope et m'en tendit une.


« Je peux pas le supporter... Il est relou ce type. Ça fait pas longtemps qu'il bosse ici et il a un comportement qui me saoule... 

Ha ouais...  trouvai-je seulement à répondre

En plus, il a aucun charme. »


A ces mots, j'avais eu envie de lui dire : « Tu déconnes ou quoi ? Il dégage un truc de dingue ce mec ! Il est hot as fuck, meuf ! » étrangement, je préférai me taire. À raison. Car le fameux collègue se tenait non loin de nous, fumant une cigarette. Je jetai un œil vers lui, il ne daigna pas faire de même, écrasa son mégot, le déposa dans le cendrier et rentra dans l'enceinte de la médiathèque sans me calculer. Mon cœur se brisa, et je ne compris pas. C'était quoi ce bordel de me mettre dans cet état pour un type que je venais de croiser quelques secondes à peine.


« Il s'appelle comment ?  demandais-je

Tu vas pas me dire qu'il te plaît ? Eva, pitié...

Ben, il est pas dégueu. Et je te demande ça comme ça, c'est tout.

Bien sûr oui ! s'exclama-t-elle en riant. Je te connais, idiote. Il s'appelle Donovan. »



Son prénom se cogna dans ma tête, toute la journée, toute la nuit et son visage, et son parfum n'arrêtaient pas de me poursuivre. Dans mes lectures, dans mes flâneries, dans mon sommeil. Alors comme toute bonne malade que j'étais, je me rendais à la médiathèque trois fois par semaine. Je n'avais jamais autant pris le temps de lire qu'à ce moment là. Au début, je feignais de venir pour voir Clarisse et uniquement elle, pour avoir des conseils lecture et emprunter des bouquins. Mais je surveillais toujours du coin de l'œil si Donovan travaillait, s'il était dans les parages. On se saluait quand on se croisait, mais ça s'arrêtait là. Un jour, en tombant sur lui en train de ranger des livres dans les rayons, il m'apostropha :


« Salut. Dis-moi, y'a pas de raison que tu connaisses mon prénom et que je ne connaisse pas le tien. »


Mes joues revêtirent leur rouge gêne, je me sentis si mal à l'aise, je bafouillai pendant qu'il me fixait, avec ce petit sourire en coin, attendant que je daigne lui donner mon prénom.


« Heu... Je m'appelle Eva. »


Un truc dans son regard changea, son sourire en coin disparut. Il me fixait maintenant, et son regard était d'un écrasant magnétisme.


« C'est très joli comme prénom. Eva. J'aime beaucoup. »


Puis, il s'en alla sans rien ajouter d'autre, me laissant avec mon émoi en fusion et mon cœur au bord de l'explosion.




Clarisse secouait la tête, en signe d'incompréhension. Elle porta le verre à sa bouche mais s'arrêta avant d'avaler une gorgée, elle secoua une nouvelle fois la tête.


«Qu'est-ce que tu lui trouves à ce mec, sérieux ? Il est trop bizarre...

Je le trouve pas bizarre. Je le trouve extrêmement séduisant, j'y peux rien. »


Elle finit par boire quelques gorgées de sa bière tout en levant les yeux au ciel. Elle esquivait mon regard, c'était pas normal.


« Bon, Clarisse, c'est quoi le problème sérieux ?

Il y en a deux. Lâcha-t-elle froidement. Je t'ai pas tout dit... il est venu me demander des trucs sur toi, aussi. Tu ne le laisses pas indifférent. Et...


J'attendais, pendue, à ses lèvres mais déjà, la première partie de sa réponse m'envoya dans un tourbillon d'émotions.


« J'ai couché avec lui. »


Je m'écrasai, dégringolant de mon tourbillon, comme une merde face sur le bitume.


« T'es sérieuse là ? » répondis-je, un peu énervée, tentant de cacher mon émoi

Je voulais te le dire, mais j'arrivais pas à trouver le moment. T'es devenue dingue de lui du jour au lendemain aussi !

N'importe quoi ! m'insurgeai-je, tentant de croire moi-même à ce mensonge.


Clarisse me regarda, pas convaincue du tout. Un silence gênant et électrique prit place. Je le brisai.


«  Pourquoi tu as couché avec lui alors qu'il te plaît pas du tout et que tu le trouves chelou et que t'as l'air de pas pouvoir le saquer ?

Je sais pas... souffla Clarisse. C'était une soirée avec les collègues, on avait bu. Il se comportait, soudainement, de manière très sympa et charmante...

Charmeuse, plutôt. rectifiai-je sèchement.

Peu importe, grinça Clarisse. Il m'a séduite, par je ne sais quel tour de magie et j'ai fini dans son lit.

Il t'a séduite parce que c'est un séducteur, mais ça, soit tu voulais pas te l'avouer soit t'es aveugle. dis-je sur un ton méprisant.

Calme toi, Eva. Après tout, c'est pas ton mec. Vous avez à peine échangé quelques mots tout au plus...

C'était quand ? » la coupai-je.



Elle baissa la tête, son visage prit alors la forme du remord. Elle n'osait pas affronter mon regard.


« C'était y'a une semaine... »


Je terminai ma bière, me levai et la laissai patauger dans sa culpabilité. Je lui en voulais tellement. J'étais en colère, je me sentais humiliée. J'avais le cœur brisé. Une fois chez moi, je repris mes esprits. D'où j'allais me brouiller avec une de mes amies pour un type que je ne connaissais pas ? D'où, je me sentais aussi touchée et blessée, à cause d'un type qui n'avait aucune place dans ma vie, aucune importance ? J'en voulais à Clarisse, car elle savait qu'il me plaisait. Mais elle comptait toujours plus que ce mec, et ça ne changerait pas. D'ailleurs, elle m'envoya un message pour s'excuser, me transmettant au passage le numéro de Donovan en m'assurant qu'il n'attendait que ça, d'avoir de mes nouvelles.


Et bien, il n'en aurait pas.



Plusieurs semaines passèrent, je fuyais la médiathèque préférant vaquer à d'autres occupations. Je fis même quelques rencontres qui n'allèrent pas plus loin qu'un soir ou deux, mais cela me fit du bien. Je me forçai à prendre du recul sur ce qu'il s'était passé, mais Donovan, son sourire son regard et son parfum; revenaient sans cesse. C'était un cauchemar. Il n'avait pas tenté de prendre contact avec moi, Clarisse ne m'en parlait plus. Pourtant, je ne pouvais m'empêcher de penser à leur nuit ensemble, au fait qu'il l'ait séduite, au fait qu'il sache parfaitement qu'elle et moi nous étions amies, ça me rendait folle. Moi aussi, je voulais goûter à sa bouche, sentir sa peau contre moi, l'entendre me parler au creux de l'oreille et le long de ma nuque. J'en frémissais. J'avais viscéralement envie de lui. J'hésitai alors : lui envoyer un message ou me pointer à la médiathèque. Je choisis l'option deux mais je n'allais pas apparaître simplement, comme une fleur. Je choisis avec soin ma tenue, pris la peine de me maquiller -ce que je ne faisais plus- et je me parfumai avant d'enfiler des escarpins, que je portai très rarement. Clarisse était en vacances. Lui, je ne savais pas s'il travaillait. C'était un coup de poker.


Je me souviens encore de son regard quand il me vit arriver en haut des escaliers. Un livre glissa de ses mains, son regard s'était ouvert en grand, aucun sourire en coin n'illuminait son visage, il me fixait avec envie. Je le vis, je le savais. Ses lèvres tremblaient de vouloir se poser sur le haut de ma poitrine qui se dévoilait timidement, ses mains sentirent l'impatience de découvrir mon corps. Je le saluai distraitement, sans lui prêter vraiment attention. J'empruntais quelques livres, en vitesse, pour justifier ma présence ici. Je jouais la comédie en demandant à la personne à l'accueil si Clarisse était là, puis je tournai les talons et descendis lentement l'escalier.


- « Eva. Attends. » s'écria une voix


J'avais tout juste passer la porte d'entrée. Il se tenait là, derrière moi, comme prévu. Je jubilai.


- « C'est très fort. dit-il. Bien joué. Je suis conquis. »


Je ne me retournai pas tout de suite, le laissant s'approcher. Il était maintenant à quelques centimètres derrière moi. Il me déposa alors à l'oreille :


« J'ai très, très envie de glisser mes doigts sous cette jupe étroite et de te faire jouir. »





Au début, j'étais persuadée que c'était moi qui menais la danse. J'avais tort, bien évidemment. Il en jouait, il était très fort pour disséquer les gens. Voyant que je jouissais complètement de croire que j'avais le pouvoir, il jouait le jeu, finalement, c'est lui qui obtenait ce qu'il désirait. Moi. Toute entière. Nue. À ses pieds.

La première fois que nous avions baisé -je ne pouvais pas dire faire l'amour car ça ne collait pas du tout avec ce qu'il s'était passé- j'eus l'impression qu'une porte s'était ouverte en moi, libérant un torrent de désirs inavoués, les laissant se répandre sur mon corps cru et brut, qui se donnait à lui. Les mains et les bras liés, entravés par la corde, je ressentais une émotion vive, une envie puissante qu'il me pénètre sans attendre plus. Il évoluait, félin, le regard malicieux approchant ses lèvres humides des miennes, pour les fuir aussitôt. Les lamelles de cuir caressait mes fesses, caresses qui se voulaient de moins en moins tendre et qui déposaient des baisers rouge vif sur ma peau. Du fond de ma gorge s'échappait des cris de douleur exquis, des cris d'envie et d'encore. Encore. Il finissait par m'attirer à lui en attrapant mes longs cheveux, il soufflait des mots durs, des mots sensuels à mon oreille. Mon corps entier palpitait, frissonnait, coulait d'envie. Quand il le décidait, enfin, il rentrait en moi, ne s'arrêtait plus jusqu'à ce que mon corps obtienne ce qu'il réclamait. Et ça marchait, à chaque fois.

J'étais devenue addict à son être tout entier, accro à son corps et ses mots. Il me menait par le bout du nez et me tenait en laisse, c'était le cas de le dire. Je jouais le jeu, éprise, pleine d'une curiosité et assoiffé de désir.


Plus que les jeux du corps, après plusieurs mois, je tombai amoureuse de lui. Follement, passionnément. Un amour de feu, de flamme, de vagues et de torrents. Un amour-tsunami, un amour-incendie. Une catastrophe amoureuse dont mon corps et mon esprit étaient victimes. Je voyais dans quoi j'étais en train de sombrer, mais il m'était impossible d'arrêter. Clarisse avait tenté de me raisonner. Mon frère aussi. Des proches qui me connaissaient bien. Toustes avaient fini par détester Donovan et ne plus vouloir le voir, pensant peut-être lancer un mouvement que je suivrais. Iels avaient eu tort car pour rien au monde je n'aurais cessé de fréquenter cet homme, de l'aimer et de coucher avec lui. Nos séances de sexe étaient d'une intensité volcanique. Noyée dans cette lave de plaisirs, je me laissais brûler vive. Toujours en ayant, en tête, une petite partie de moi qui parfois me murmurait d'arrêter cette histoire, que c'était un jeu dangereux qui finirait mal.


Malgré tout, un an passa. Donovan me mit devant le fait accompli. Ou je devenais sa femme officiellement et pour toujours, ou je devenais sa soumise officiellement et pour toujours. L'option numéro un me fit très peur, l'option numéro deux m'excita beaucoup effaçant le doute et les craintes. J'acceptai, sans trop y réfléchir. J'étais sienne, j'appartenais à ses mains, à sa langue, à ses doigts et plus encore. Mon corps était sien, il pouvait en user, en faire ce qu'il voulait. Ce collier, je le portai dès que je passais la porte de chez lui, ou de chez moi. Quand bien même, il n'était pas là. J'avais interdiction de recevoir des gens sans son accord préalable. Encore moins des hommes. S'il apprenait que j'avais enfreint les règles, il jurait que n'en sortirai pas indemne quand on se verrait. Je posai à peine un pied chez lui, mon collier m'attendait à l'entrée, il me chopait par le cou et m'ordonnait de me mettre sur le lit. Jamais je n'avais autant joui d'être punie. À la fois craintive quand j'arrivais, une fois entre ses mains dans la chambre, j'étais une autre, mon corps n'était plus celui qui existait dehors, devant les autres. Il devenait sueur, il devenait mouille, il devenait fureur et rougeurs, il devenait désir et jouissance, une surface charnelle prête à être dévorée, pétrie, pénétrée.

Une grande partie de moi adorait ça et ne pouvait plus s'en défaire.







« Agenouille-toi. » dit-il posément, sachant pertinemment que j'obéirai.


Je le fis. Il banda mes yeux.


« Ouvre la bouche. » poursuit-il


Je m'exécutai. Les mains liées dans mon dos, les chevilles attachées, j'étais vulnérable au possible. C'était exactement ce qui l'excitait. Seul.e.s, dans mon salon, volets fermés.


« Prends. » ordonna-t-il


Je n'eus pas le temps de pouvoir dire « ok » ou de contester, son sexe dur avait déjà envahi ma bouche avec fermeté. J'entendais qu'il prenait du plaisir et rien ne me faisait plus plaisir. Une main dans mes cheveux, l'autre qui agrippait tantôt mon visage, tantôt son sexe. Il s'enfonçait, de plus en plus loin.


«  Tire la langue, petite soumise. »


Je ne réfléchissais plus, j'étais un automate. J'étais programmée pour répondre à ses demandes, ses envies, ses exigences. J'étais folle, folle de lui. J'étais perdue, dépendante. Affaiblie et désespérément amoureuse.


Le liquide chaud coula sur ma langue, il laissa échapper un cri rauque du fond de sa gorge pendant que dans la mienne se répandait un peu de lui. Fluide de magie noire, était-ce cela qui me rendait enchaînée à lui ?


Il me fit me relever, détacha le bandeau qui entravait ma vue et m'embrassa à pleine bouche.


« J'y vais. Je dois rentrer. Je te rappelle. Tu restes bien sagement ici, ma belle. C'est clair ? »


J'acquiesçai de la tête. Il m'attrapa fermement le visage et me donna une petite claque.


« C'est clair ? »


Je baissai les yeux.


« Oui, maître. »


Il sourit, caressa tendrement mes cheveux et quitta mon appartement.



Une semaine passa, sans avoir aucune nouvelles de lui. Je ne sortais que pour faire des courses. Il finit par m'écrire un texto, sans me donner de détails, il me disait simplement qu'il avait des obligations et qu'il n'avait pas eu la possibilité de me prévenir. Je ne me posai même pas de questions, je le croyais. Une semaine après, il exigea de moi que je fasses mes courses en ligne et que je sorte de chez moi uniquement pour cause d'urgences. Un jour, au téléphone, il me demanda de cesser mes recherches d'emploi.


« Tu n'en as pas besoin. Si tu as besoin d'aide, je suis là ma belle. Ok ?


Quand est-ce que je te revois ? Disais-je, suppliante, en guise de réponse.

Ne quémande pas, insolente. Dis-moi que tu vas arrêter tes recherches d'emploi !


Oui. Promis.


Très bien. On se revoit bientôt, ne t'inquiète pas. En attendant, ce soir, je veux que tu m'envoies une vidéo de toi, me prouvant que j'ai bien fait de te prendre comme soumise, pour toujours. »


Et il raccrocha. Légèrement abasourdie, je pris note de ses demandes. Je mis un terme à mes recherches d'emploi. Clarisse tentait de me contacter, je répondais évasivement. Lui faisant croire que j'étais malade ou absente. Elle n'était pas dupe, bien sûr. Comme toustes mes proches. Mais ça m'étais égale, je l'aimais cet homme, je lui vouais un désir dément.


Je ne voulais que lui, tous les jours, chaque heure. Son absence était un puits de tourment, mon corps réclamait ses mains, ses coups, de langue ou de martinet. Ma peau se mourrait de ne plus avoir le contact de son corps contre elle. Ses yeux, sa voix. J'étais devenue sa chose, un être composé uniquement de désir pour lui, entièrement dévoué à son plaisir et à ses désirs à lui.


Je ne sortais plus, je ne mangeais presque plus. Tous les soirs, j'envoyais une vidéo à Donovan. Il répondait simplement par un « c'est bien, ma soumise ». Je n'avais rien en retour, hormis le silence et l'attente. Je passai des journées à me masturber en pensant à lui, je le lui dis, pensant lui faire comprendre qu'il me manquait terriblement.


Sa réponse fut sans précédent.


« Arrête ça tout de suite, petite chienne. Tu te touches quand je te donne le droit de le faire. Je suis seul maître de ton plaisir, c'est clair ? »


J'étais bouleversée. Je pensais bien faire. J'étais une droguée en manque. Il me mettait en période de sevrage imposé, j'étais au bout de ma vie, face à moi-même et je me détestais.


Il réapparut au bout d'un mois. Avant de débarquer chez moi, il m'avait prévenu qu'il passerait dans la semaine me voir, qu'il ne pouvait me dire quel jour exactement mais qu'il attendait de moi une tenue irréprochable, et cent pour cent de ma disponibilité. Je devais être prête, pour lui.


Encore une fois, je m'exécutai. Chaque jour, je me préparai avec attention, ne laissant rien au hasard dans ma tenue, mon maquillage. Il ne venait pas.


Ce jour-là était le bon. Enfin, j'allais pouvoir le sentir contre moi, en moi, près de moi. À moi, pour moi. Il passa la porte, je me tenais agenouillée au sol devant lui. Je lus dans son regard la satisfaction.


« Je vois que tu comprends vite. »


Il m'ordonna de ne pas bouger. Il ouvrit une bouteille de champagne, se servit une coupe, s'installa dans un fauteuil et but son verre sans un mot en me scrutant. Je n'avais ni le droit de parler, ni de bouger.


J'eus le droit à une séance comme tant d'autres auparavant, obéissant, donnant tout de moi pour le satisfaire. Je jouissais. Il s'en gargarisait.



Ce soir, encore, il rentrait chez lui après m'avoir baisée. Je voulais ses bras, de la tendresse, un peu d'attention. Un moment de douceur, ne fut-ce que quelques minutes pour avoir la preuve qu'il m'aimait, que tout ceci n'était qu'un jeu entre adultes consentants mais qu'il y avait autre chose. Que notre relation était au dessus des autres, qu'elle surpassait l'amour banal que vivait les autres.


Ce soir-là, je compris que ça n'était pas le cas, que ça n'avait jamais été le cas. Je compris que cet homme n'était qu'un monstre, un manipulateur, un pervers. Il n'avait aucun sentiment pour moi, il aimait le pouvoir qu'il avait sur moi, il était amoureux de l'autorité qu'il exerçait sur ses proies. Il n'était qu'un chasseur, il cachait ses pulsions latentes d'agresseur derrière un pseudo fétiche BDSM.


Les autres avaient raison, il était dangereux et je m'étais fait avoir. J'étais engluée dans sa toile, prise au piège. Il me manipulait, faisait ce qu'il voulait de moi. Se donnait le droit d'avoir un comportement humiliant avec moi, de faire ce qu'il voulait de moi sans que je ne lui dise jamais non. Jamais je n'avais été à l'encontre de ses exigences, jamais je n'avais dit non.


Il me laissa, seule, implorante, les larmes aux yeux. Ma détresse le dégoûta presque, je vis dans son regard le mépris. Il me repoussa, en quittant mon appartement il me lança sèchement :


« Reprends-toi, Eva. Ça ne me plaît pas du tout ça ! »


Je passai la nuit à pleurer, à me détester. J'étais à deux doigts de m'enfiler les boîtes de médicaments qui traînaient chez moi pour supprimer la douleur, la douleur liée à la honte et la culpabilité. La douleur liée au manque et au rejet.


J'étais détruite.

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