Le crapaud et la pustule

Pierre Miglioretti

Au cœur de la sombre Amazonie,

Avait construit un crapaud sa baronnie.

Il s’était doté en guise de couronne,

Sur le dos d’une pustule qui trône.

Elle était à ce point volumineuse,

Que la jugeait-on venimeuse, 

Jusque ses congénères batraciens,

N’ergotant point comme l’académicien.

Dans la crainte de la cloque purulente,

Dans la vue de la pustule inélégante,

Les batraciens battirent en retraite,

Dans une crique tenue secrète.

Le crapaud demeura seul,

Engrossant à vue d’œil,

Remplissant son estomac;

La pustule servait de mat.

Vint alors un groupuscule d’hommes mats,

Car ici leur peau n’est jamais couleur d’ouate.

L’un d’eux, la jambe en l’air, claudiquait,

Sans doute vilaine bête qui l’avait piqué.

Perdant l’équilibre entre ses guiboles,

Posa-t-il le pied par manque de bol,

Sur le dos à une bosse du crapaud,

A la rugosité pire celle du sabot.

Ce qu’il crût un instant être malchance,

Même s’il n’eut le temps dans sa danse,

D’en formuler la moindre conséquence,

Fût belle fortune pour la médecine et la science.

La plaie infectée sur sa voute plantaire,

Qui aurait dû avec le temps le faire grabataire,

Au contact de la suppurante vésicule,

Fût-elle résorbée du germe qu’on inocule.

Cette maladie que l’on ne connaissait pas encore,

Trouvait là de quoi disparaître comme mauvais sort.

Sous bonne escorte et moult protection,

On ramena le crapaud à la civilisation.

Une batterie de tests, pratiquée sur le batracien,

Mobilisa tous les médecins jusqu’au généticien,

Pour qu’enfin l’essence du dos de crapaud

Dote la pharmacopée de nouveaux pots.

On postule sur le dos de la lune

Des cratères qui nous importunent;

Les pustules qui rendent la bête immune

Peuvent aussi offrir la fortune.

Signaler ce texte